Protection du territoire agricole : les producteurs de la région sonnent l’alarme (mise à jour)

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Par Emmanuelle LeBlond
Protection du territoire agricole : les producteurs de la région sonnent l’alarme (mise à jour)
La Fédération de l’UPA du Centre-du-Québec a fait état  publiquement des inquiétudes des producteurs agricoles de la région à l’égard de la protection de leurs terres ainsi que leurs activités. (Photo : Ghyslain Bergeron)

AGRICULTURE. La Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Centre-du-Québec, les membres des syndicats locaux et spécialisés ainsi que les producteurs locaux sonnent l’alarme. Mercredi matin, ils ont uni leurs voix afin de réclamer la protection du territoire agricole et de ses activités.

«Ce territoire, qui par le fait même agit comme garde-manger des Québécois, est mis à mal depuis plusieurs années, et ce, malgré l’application d’une loi, celle de la protection du territoire et des activités agricoles qui a été introduite en 1978. Malgré cette loi, nous sommes à même de constater aujourd’hui que l’outil ne joue pas pleinement le rôle qui lui avait été dédié initialement», a fait savoir Daniel Habel, président de la Fédération de l’UPA du Centre-du-Québec, lors d’une conférence de presse tenue mercredi à Sainte-Brigitte-des-Saults.

Une conférence de presse s’est tenue mercredi matin à Sainte-Brigitte-des-Saults. (Photo : Ghyslain Bergeron)

Depuis les trente-cinq dernières années, pas moins de 730 hectares, soit l’équivalent de 1460 terrains de football, ont été exclus de la zone agricole pour des fins de dézonage au Centre-du-Québec. «De 1998 à 2022, la Commission de la protection du territoire agricole du Québec a consenti à autoriser au-delà de 5000 hectares en usage autre qu’agricole», a-t-il mentionné, en précisant que ces pertes se font au profit de l’urbanisation et d’usages résidentiels, commerciaux et industriels.

Le phénomène n’échappe pas à la MRC de Drummond. «Il a beaucoup de demandes de dézonage pour la région, que ce soit pour l’agrandissement du périmètre urbain ou les zones de protection des milieux humides», a affirmé le président du syndicat de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de Drummond, Pierre Gauthier.

Des terres sont également sacrifiées au profit de la spéculation dans la région. «Il y a deux ans, je voulais acheter une terre à Saint-Cyrille-de-Wendover pour faire les rotations de culture. J’ai lui ai offert un prix et il a refusé. Un acheteur de Saint-Bruno-de-Montarville avait une meilleure offre», a raconté le propriétaire des Cultures de chez nous, Louis-Marie Jutras.

Louis-Marie Jutras est le propriétaire des Cultures de chez nous. (Photo : Ghyslain Bergeron)

Pour sa part, le président général de l’UPA, Martin Caron, a insisté sur l’importance de préserver les zones agricoles à travers la province. «Au Québec, le territoire agricole cultivable représente moins de 2 %. Il faut se rappeler que le sol agricole est limité et non renouvelable. C’est essentiel de le conserver surtout à l’heure des changements climatiques.»

La relève

L’intrusion non agricole en zone verte n’est pas sans conséquence. Au cours des dix dernières années, la valeur commerciale des terres agricoles a augmenté de 9 % en moyenne chaque année au Centre-du-Québec, selon Financement agricole Canada.

En ce sens, la relève agricole éprouve plusieurs difficultés autant sur le plan financier que celui de la disponibilité. «On dénombre plus d’aspirants-relèves que de cédants. Tous ces aspirants-relèves ont des projets d’établissements. Ils ne trouvent pas nécessairement l’endroit pour le réaliser. Si c’est le cas, il est brièvement mis sur le marché et soudainement la terre est vendue au plus offrant», a témoigné Christine Schmucki, présidente du Groupe de la Relève agricole du Centre-du-Québec.

Ces derniers ont réclamé le principe de zéro perte qui vise à ce qu’aucune nouvelle superficie cultivable agricole ou forestière ne soit perdue.

Une pression constante

La pression constante sur la zone agricole est plus forte que jamais, a soutenu M. Habel. «Nos producteurs sont inquiets quant à l’importance des prochaines pertes et je le suis tout autant. On ne peut plus rester là à ne rien faire.»

L’augmentation de la production d’énergie éolienne fait partie des préoccupations des producteurs. Entre autres, Hydro-Québec a lancé un appel d’offres à la fin du mois d’avril dernier, visant la production de 1500 mégawatts supplémentaires d’énergie éolienne afin de combler la demande croissante d’électricité anticipée pour la prochaine décennie.

Dans la MRC de Drummond, les municipalités de Saint-Cyrille-de-Wendover, Sainte-Brigitte-des-Saults et Notre-Dame-du-Bon-Conseil pourraient héberger les premières tours éoliennes entre 2027 et 2029.

La pression constante sur la zone agricole est plus forte que jamais. (Photo : Ghyslain Bergeron)

L’UPA est favorable au développement de l’énergie verte, mais pas au profit de la perte de terres agricoles, a affirmé M. Habel. «Selon l’historique d’implantation des parcs éoliens au Québec, la perte de territoire se traduit approximativement à 1 hectare par éolien.»

L’organisation souhaite être un acteur incontournable dans le processus d’appel d’offres. «On veut avoir une place reconnue dans les discussions pour positionner ces infrastructures. On a l’habilité et l’expertise pour intervenir dans le volet agricole», a insisté M. Habel.

De plus, le prochain développement de la filière batterie à Bécancour comporte de nombreux défis mettant en péril la protection des terres et des activités agricoles dans ce secteur, a indiqué Daniel Hebel. «L’ajout de 3000 emplois, comme annoncé par le ministère de l’Économie, de l’innovation et de l’énergie, vient accentuer la pression sur les milieux urbains.»

Rappelons que l’installation sera construite par un consortium formé de Ford Motor Company et des entreprises coréennes EcoPro BM et SK On. L’usine produira en moyenne 45 000 tonnes de matériaux actifs de cathode par année.

Le ministre André Lamontagne réagit

Invité à commenter la situation, André Lamontagne, ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation et ministre responsable de la région du Centre-du-Québec, n’a pas caché ses préoccupations à l’égard de la protection des terres agricoles.

«Les terres agricoles contribuent à nourrir les Québécois et sont à la base de notre autonomie alimentaire, souligne-t-il. La Consultation nationale sur le territoire et les activités agricoles que j’ai lancée en juin dernier vise justement à se pencher sur la perte de superficies cultivées, les contraintes sur les activités agricoles et l’accroissement de la valeur des terres qui affecte particulièrement la relève agricole. Cette démarche de consultation permettra d’identifier des mesures qui assureront la pérennité du secteur agricole et la vitalité des collectivités. On a la responsabilité collective de les préserver et de les valoriser et j’invite toutes les personnes intéressées à y participer.»

 

Statistiques saillantes sur l’agriculture au Centre-du-Québec

10,2 % de terres en culture au Québec sont situées au Centre-du-Québec

470 M$ PIB généré par la région en agriculture

5 500 emplois directement liés à l’agriculture

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