La bière sans alcool, Le BockAle en a fait son affaire

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Par Jean-Pierre Boisvert
La bière sans alcool, Le BockAle en a fait son affaire
Michael Jean, fondateur et directeur général du BockAle. (Photo : Ghyslain Bergeron)

MAGAZINE. L’alcool est-il un ingrédient nécessaire pour savourer une bonne bière? Avant de répondre «bin-oui-voyons-don», attendez de voir le succès que remporte la microbrasserie Le BockAle avec ses trois bières sans alcool distribuées dans plus de 1500 points de vente au Québec, en Ontario et même au Colorado.

L’entreprise drummondvilloise en est à sa quatrième année, mais, deux ans seulement après le démarrage, elle s’attaquait déjà au marché de la bière sans alcool, avec l’instinct d’un marqueur naturel au hockey. «En fait, on est la seule microbrasserie au Québec qui se concentre là-dessus, clame son fondateur et directeur général Michael Jean. C’est notre recette qui a fait notre renommée presque immédiatement. On a réalisé qu’on venait de mettre au point une bière de bon goût sans alcool, s’inscrivant dans la tendance internationale de saines habitudes de vie, et on s’est lancé à fond dans ce créneau-là, qui n’avait pas beaucoup de compétition. On a développé une bière, puis une autre, puis une autre».

La bière sans alcool est appréciée en raison de son goût. (Photo Ghyslain Bergeron)

Le Trou noir, IPA la Découverte et la Berliner Sonne, cette dernière contenant 10 fois moins de calories qu’une bière ordinaire, sont actuellement les trois sortes conçues et brassées dans l’usine de la rue Canadien, un bâtiment de 17 000 pieds carrés, où s’activent une quinzaine d’employés.

Démarrer une telle entreprise dans une niche aussi pointue n’a-t-il pas été facile? À cette question, Michael Jean répond sèchement non.

«À cause du zonage industriel, qui nous interdisait d’aller dans la bouffe, ç’a été compliqué. La Ville nous a donné une dérogation de zonage pour ouvrir un salon de dégustation, mais très restrictive. On n’a jamais eu le droit de faire une terrasse. Dans le cas d’une microbrasserie, tu es à la fois dans le commercial et dans l’industriel. Il n’existe aucun zonage mixte. Au départ, je me suis dit que si je fais beaucoup d’efforts et que je m’investis, comme siéger sur le comité de tourisme et partir notre festival «Drummond en bière», peut-être qu’un jour ça va me revenir. Je reste un peu amer. Mais, de toute façon, notre plan d’affaires concerne surtout la distribution. On a 1500 points de vente présentement et on veut passer à plus de 2000 d’ici quelques mois».

Puis est arrivé un truc assez spécial : Le Bockale s’est associé avec la Fondation Jean Lapointe dans le cadre du Défi 28 jours, qui consiste à faire un don minimum de 28 $ et de ne pas boire d’alcool durant le mois de février. «L’événement a permis d’amasser une somme record d’un demi-million de dollars et cela nous a donné un gros élan. On a été invité sur de nombreuses tribunes à la radio et à la télé. C’est drôle à dire, mais on est comme devenu la bière officielle de la Fondation Jean Lapointe. Là, vraiment, on a décidé de bâtir là-dessus pour développer d’autres bières sans alcool», met-il en perspective.

Découvrir un produit qui n’existe pas

(Photo Ghyslain Bergeron)

L’an prochain, l’équipe du Bockale a comme objectif de concevoir trois nouvelles bières. L’entreprise compte investir près de 250 000 $ en recherche et développement en 2020, notamment pour mettre au point des bières fruitées ou «barriquées» sans alcool.

C’est ici que Michael Jean parle d’innovation. À sa manière. «Nous n’avons pas le choix de poursuivre nos efforts dans le sens de l’innovation. Il faut continuer de maintenir nos acquis en tant que référence dans notre marché. Ce n’est pas un processus facile. On plonge dans l’inconnu. Je ne sais pas ce que sera l’innovation de demain, mais il ne faut surtout pas se dire que les essais que l’on fait ne marcheront pas. Le produit que l’on cherche n’existe pas, mais on sait qu’il devra combler un besoin qui lui non plus n’existe pas et qu’il faudra découvrir. Bien sûr, cela crée de l’inconfort. C’est comme sauter dans le vide. Comme un saut en parachute. Après une fois, on veut y retourner à cause de l’adrénaline que cela procure. Et puis, on finit par créer une situation confortable dans cet inconfort parce qu’on devient accro à ça. À travers ce processus, on peut même avoir peur, peur de manquer de bonnes idées. C’est pour ça que lorsque j’ai une idée folle, je la place dans mon téléphone, dans la rubrique Idées de grandeur. Pour ne pas l’oublier», confie-t-il, amusé de sa propre technique.

L’une de ses idées folles est d’ouvrir son propre pub à Drummondville. «Ce n’est pas une priorité», dit-il. Mais elle est inscrite quelque part dans son téléphone!

Une clientèle qui se dessine

L’équipe du Bockale : Francis Caron, Maxime Tremblay, Kariana Bourret, Steve Blanchette, Annie-Claude Morin, Michael Jean, Maxime Ratia, Bryan Richard, Audrey Cournoyer, Olivier Leblanc et Jonathan Dubé (absents : Renaud Lépine et Sébastien Arcand) (Photo Ghyslain Bergeron)

Les bières sans alcool ont maintenant à leur petite section dans les épiceries grande surface, comme c’est le cas au IGA des Forges à Drummondville. «On a commencé par faire des dégustations et on a vu qu’il y a plus de gens qui aimaient que ceux qui n’aimaient pas, raconte l’assistant-gérant Christian Raîche. Une des tendances est que certains consommateurs boivent deux bières alcoolisées et ensuite deux bières sans alcool, question de contrôler leur alcoolémie». Selon M. Raîche, la IPA Découverte de la microbrasserie Le Bockale se vend bien. «On doit en acheter environ quatre caisses de 24 aux trois semaines».

Une recherche sur différents sites web, dont celui de Bières et plaisirs, montre que la demande pour le sans alcool a bondi d’au moins 100 % depuis les derniers huit mois et représente aujourd’hui entre 3 et 5 % des ventes de bières.

 

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