Un métier qui ne date pas d’hier, mais qui ne cessera pas demain

Un métier qui ne date pas d’hier, mais qui ne cessera pas demain

Bernard Gagnon dans la grande salle de Reliure Travaction.

Crédit photo : (Photo Jean-Pierre Boisvert)

ENTREPRISE. C’est l’un des plus vieux métiers du monde. Avis aux esprits mal tournés, on parle ici de la reliure de livres, la spécialité d’une entreprise cinquantenaire à Drummondville, Reliure Travaction.

Les services offerts par Bernard Gagnon et son équipe d’une quinzaine d’employés, méconnus du public, visent surtout à donner une meilleure protection aux livres, principalement en remplaçant la couverture souple par une couverture rigide, comme l’exigent les bibliothèques et les commissions scolaires.

Si l’exercice paraît simple à prime abord, il l’est beaucoup moins quand on voit les multiples opérations qui se succèdent les unes aux autres dans la grande salle de l’entreprise située sur la Rocheleau, fondée en 1971.

Bien sûr, la mécanique de la reliure a évolué considérablement depuis l’invention de l’imprimerie par Gutenberg au 15e siècle, mais le travail se fait encore beaucoup à la main, bien que des machineries robotisées soient nécessaires, notamment pour le découpage.

Quand une bibliothèque achète des livres, ceux-ci sont livrés avec la couverture originale qui est habituellement souple, comme ceux qui sont vendus dans les librairies. Sauf que la bibliothèque, avant de les mettre en circulation, les achemine chez Reliure Travaction pour qu’une couverture rigide y soit apposée, cela dans le but évident de les faire durer plus longtemps.

«Si les bibliothèques et les commissions scolaires ne prenaient pas cette précaution, les livres seraient brisés en quelques mois», fait observer Bernard Gagnon, directeur des opérations, qui doit reconnaître du même souffle que les budgets annuels de ces institutions sont nettement à la baisse en matière de reliure.

Comment ça se fait?

La première procédure est d’enlever la couverture existante, après quoi il faut couper le dos du livre, de sorte que les pages se trouvent lousses. L’opération suivante est d’appliquer une nouvelle colle sur le dos du livre avant de procéder à la coupe des trois faces, de manière à les égaliser. Il faut ensuite installer le mors mécanique, qui a l’air de faire bomber le dos du livre, un peu à la manière d’une arche au-dessus d’un pont. Viennent ensuite la fabrication de la caisse du livre selon les dimensions de ce dernier. Les images désirées sont enfin collées sur la couverture avant et arrière de la caisse et le tour est joué.

«C’est l’un des plus vieux métiers du monde, lance Bernard Gagnon, en souriant. Même avant Gutenberg, les moines s’appliquaient à cette technique. Et aujourd’hui, elle est encore très utile. On a beau dire que l’ère du numérique va envoyer le papier dans l’histoire, le livre est là pour rester. On ne construirait pas des bibliothèques si le livre était voué à la disparition. Et de plus en plus, on voit des particuliers qui s’informent sur les services de reliure, c’est parfois pour protéger un document familial de grande valeur à laisser aux petits-enfants, ou un livre de recettes de grand-maman, ou des religieuses qui désirent relier leur bible, ou encore un livre de musique que l’on désire conserver en raison d’une valeur sentimentale. Il y a même des étudiants qui tiennent à faire relier leur thèse», soumet le directeur de l’entreprise qui appartient aux sœurs Maude et Mélissa Durand. Selon lui, il en coûte environ 18 $ (en moyenne) pour relier un livre.

Reliure Travaction est avantageusement connue à travers le Québec, faisant affaire avec des gens de Montréal, Québec et même Rimouski.

Si ce n’est pas d’hier que la reliure existe, ce n’est pas demain qu’elle cessera, paroles de Bernard Gagnon.