«On s’assure que les gens qui vivent de l’endettement ne se privent pas de manger» – Rachel Nadeau

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Par Claude-Hélène Desrosiers
«On s’assure que les gens qui vivent de l’endettement ne se privent pas de manger» – Rachel Nadeau
Rachel Nadeau, intervenante en consultation budgétaire. (Photo : Claude-Hélène Desrosiers)

CONSOMMATION. Le Carrefour d’entraide Drummond existe depuis 47 ans. Sa mission : accompagner les gens dans le développement de leur autonomie et les aider à répondre à leurs besoins de base dans le but de favoriser leur inclusion sociale.

Pour ce faire, l’organisme offre différents services : de la consultation budgétaire, un service de fiducie volontaire, des cuisines collectives et du dépannage de biens de première nécessité. Au cœur de chacune des interventions, il s’agit de redonner aux personnes du pouvoir sur leur vie, de les aider à développer leur autonomie.

«Nous voulons aider les gens à répondre à leurs besoins de base en général, pour reprendre le contrôle sur leurs finances», précise Rachel Nadeau, intervenante en consultation budgétaire. «On a la consultation budgétaire qui explique comment ça se fait un budget en misant d’abord sur les besoins de base, mais en payant les comptes aussi. On s’assure que les gens qui vivent de l’endettement ne se privent pas de manger. On essaie de trouver des solutions en faisant de l’éducation financière et en faisant un budget avec eux, en les rendant autonomes dans la gestion de leur argent. Ça les aide évidemment dans le futur».

Il y a autant de gens qu’il y a d’histoires parmi ceux qui viennent cogner aux portes du Carrefour d’entraide Drummond. Une rente de retraite qui ne comble pas les besoins de base, un parent monoparental qui ne peut pas joindre les deux bouts… «Peu importe ce qui arrive dans la vie, l’argent c’est à la base de tout. Il n’y a pas client-type pour nous», précise Mme Nadeau. Sans compter que l’argent touche aussi les émotions. Nos expériences passées teintent notre vision de l’argent et nos comportements.

Crédits et achats impulsifs

Vivre dans une société qui encourage beaucoup la consommation ne facilite pas les choses. Le crédit est très accessible et banalisé. Il est simple d’avoir accès à une carte de crédit, sans nécessairement avoir l’éducation qui va avec. On peut voir des gens en faillite ou encore sur l’aide sociale avoir une carte de crédit. «Souvent, les taux d’intérêt sont plus élevés sur ces cartes-là. Gardons en tête que les personnes sur l’aide sociale sont constamment en mode survie. Le montant qu’elles reçoivent est vraiment insuffisant pour couvrir les besoins de base, les études le prouvent : c’est pratiquement la moitié de ce que ça prend pour pouvoir répondre aux besoins élémentaires, selon les recherches qui ont été faites. C’est humain aussi de vouloir s’en sortir… Dans les magasins, on se fait proposer des cartes de crédit, on reçoit des lettres par la poste de prêt préautorisé… On n’a pas besoin de demander le crédit, il nous est offert. Quand on est en situation de survie, c’est tentant», observe-t-elle.

Il y a aussi les prêts personnels qu’on peut faire rapidement sur Internet, à des taux d’intérêt plutôt exorbitants. «Avec les frais qui s’y ajoutent, c’est pratiquement du 50 % d’intérêt!». Ajoutons à ces offres les essais gratuits pendant 30 jours qu’on oublie d’annuler et les jeux sur lesquels on peut dépenser 2 $ ici, 3 $ là pour avoir des vies supplémentaires, par exemple. Quand on ne va pas bien et que le jeu est notre seule source de distraction, c’est plus facile de céder à la tentation.

Prendre le temps

Au Carrefour d’entraide Drummond, ce n’est pas un conseiller financier que l’on rencontre, mais bien un intervenant, qui prend le temps de bien voir la situation dans son ensemble. «La première rencontre, c’est une prise de contact, pour apprendre à se connaître, sans parler de chiffres. C’est assez incroyable ce qui sort de cette première rencontre parfois. C’est impressionnant, quand on donne le droit de parole, tout ce qui peut sortir. Si la personne arrive en détresse, je vais prendre un espace pour l’apaiser ou la référer. Parce que si elle est en détresse, elle n’est pas en mesure de faire des apprentissages de toute façon», explique Mme Nadeau.

Les gens essaient souvent de s’en sortir seuls, ce qui fait que lorsqu’ils arrivent au Carrefour d’entraide Drummond, c’est parce qu’ils sont au pied du mur. «Plus vite les gens viennent nous voir, plus ils auront de choix. Dès qu’ils ressentent un stress par rapport à leurs finances, ils sont invités à venir nous voir. Il n’y a pas de critères d’admission, c’est pour quiconque a besoin d’aide. Demander de l’aide ça peut être confrontant, mais on n’est pas là pour juger, on est là pour enlever le poids des problèmes de budget».

L’organisme observe une augmentation marquée de la détresse des gens depuis la pandémie, ce qui amène beaucoup de désorganisation. Apporter des changements à ses habitudes réclame une énergie qui n’est pas toujours là. «Le stress est un grugeur d’énergie invisible. La mobilisation devient plus difficile. On s’en demande beaucoup d’un coup alors on vit un échec… On exige beaucoup des gens, il faut aller bien et vite. Est-ce qu’on peut se permettre de faire un apprentissage à la fois?» questionne Rachel Nadeau. «Accordons-nous de l’importance, permettons-nous de prendre le temps et faisons-nous le cadeau de demander de l’aide», conclut-elle.

 

Pour contacter le Carrefour d’entraide Drummond : 819-474-1203.

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