Alain Labonté se met à nu dans une démarche artistique inédite

Photo de Lise Tremblay
Par Lise Tremblay
Alain Labonté se met à nu dans une démarche artistique inédite
Alain Labonté est auteur et attaché de presse. (Photo : Ghyslain Bergeron)

MAGAZINE. On dirait que le temps n’a pas d’emprise sur Alain Labonté, cet auteur de 55 ans qui en a étonné plus d’un avec son livre Moi aussi j’aime les hommes et sa récidive Moi aussi j’aime les femmes parue deux ans plus tard. Dans une démarche artistique totalement incarnée, voilà qu’il a choisi d’aller un peu plus loin en acceptant de poser nu dans un livre à paraître. Une photo coup de poing, qui rappelle que la communauté LGBTQ+ est aussi concernée par le mouvement #MeToo. 

Un jour ma tête a plié les genoux. Il s’agit du titre du nouveau livre qu’Alain Labonté proposera aux Québécois dès janvier 2022. Composé de 31 textes et d’autant d’œuvres visuelles créées par Denis Nadeau, ce bouquin, totalement fictif, atteindra assurément plus d’une corde sensible.

«C’est un livre-objet, un livre d’art, qui traite du thème de la santé mentale. Le personnage principal vient de la communauté LGBTQ+ et il vit de la violence conjugale. Quand l’artiste multidisciplinaire Denis Nadeau m’a proposé le projet, j’ai accepté, car je voulais qu’il se remette à son art. Cependant, je lui ai dit que je n’avais pas le souffle pour écrire 200 pages. Ainsi, j’ai écrit de courts textes à partir desquels il s’est inspiré pour créer des œuvres. On a travaillé sur le projet durant plusieurs mois», expose Alain Labonté.

L’homme de 55 ans publiera une photo inédite de lui prise par l’artiste Denis Nadeau (La Bête noire), dans son livre à paraître qui s’intitulera «Un jour ma tête a plié les genoux». (Photo La Bête noire)

Extrait : Un jour, il y a eu toi. Pour la première fois, mon cœur s’est abandonné. Je t’ai ouvert la porte. T’es entré par toutes les fenêtres. Puis j’ai bu dans ta main tellement tu étais beau. Je t’ai placé au centre de tout. Lentement, mes lèvres sur les tiennes. J’ai bâti mes premiers châteaux de cartes. À petit feu, ma tête s’est mise à plier des genoux.

Parmi les œuvres qui composeront le nouvel ouvrage d’Alain Labonté, il y aura cette photo de lui, prise de dos, devant le corps d’une femme sculptée et crucifiée sur une croix.

«C’est pour montrer l’impact qu’a eu la religion sur les femmes. Si nos grands-mères ont eu douze enfants, c’est juste à cause de la religion. Et pour la photo, j’incarne le personnage de la communauté LGBTQ+ qui vit de la violence conjugale dans le livre. Avec ses ailes, il veut simplement exprimer qu’il comprend les femmes qui ont été victimes de violence sexuelle, d’autant plus que lui aussi, la religion le pointe du doigt», explique M. Labonté, en ajoutant que la photo, dans son ensemble, est l’œuvre de Denis Nadeau qui utilise le pseudonyme La Bête noire pour ses créations.

Pourquoi poser nu? «Aujourd’hui, je regarde la photo, je me vois, mais je vois surtout le contexte. Que j’aille de belles fesses ou non, ça n’a pas d’importance. Ça s’insère dans une démarche artistique. J’aurais pu le faire à 30 ans, mais ça arrive maintenant, à 55 ans.»

Un livre totalement local

Pour la première fois, Alain Labonté a décidé de ne pas soumettre le manuscrit de son livre à son éditeur habituel. Il a plutôt choisi d’y aller avec une approche totalement locale.

«J’ai voulu le faire avec des gens de la région. Donc, le livre sera imprimé par le Groupe Chicoine (Saint-Germain-de-Grantham) et j’ai aussi reçu une petite subvention de la MRC de Drummond. C’est tellement inspirant», informe celui qui a pris possession, il y a un an, d’une petite maison sur le bord de la rivière Saint-François à Drummondville, après ce qu’il appelle un «exil de 24 ans à Montréal».

La préface du livre sera signée par Ingrid Falaise. L’ouvrage sera imprimé par le Groupe Chicoine. (Photo Gracieuseté)

«J’aime tellement être dans mon petit cul-de-sac. Je ne m’ennuie jamais. Ça faisait un bout de temps que je rêvais d’une petite maison à la campagne. La pandémie m’a amené à mettre ce projet en action», précise-t-il.

Les Impatients

Travaillant toujours sur une panoplie de projets simultanément, Alain Labonté investit aussi beaucoup de temps et d’énergie aux Impatients, un organisme qui vient en aide aux personnes ayant un problème de santé mentale par le biais de l’expression artistique. Il en est le fier porte-parole.

«Les Impatients, c’est le premier client que j’ai eu il y a 21 ans à titre d’attaché de presse. Entre autres, je travaille fort pour essayer de trouver des œuvres qui seront mises en vente afin de recueillir des dons», informe-t-il.

La prochaine exposition, qui s’intitulera Parle-moi d’amour, aura lieu du 4 au 16 décembre prochain, à la Maison des arts Desjardins de Drummondville. Des tableaux de Michel Tremblay, Francine Simonin, Louis Boudreault, Kieff Antonio Grediaga, Jean Goguen sans oublier une lettre d’amour signée par Yvon Deschamps seront disponibles.

«J’ai toujours dit : j’adore être lumineux dans l’ombre. J’aime faire avancer ce genre de cause. Bientôt, on va annoncer qu’on va ouvrir un troisième lieu et ce sera au Musée national de la photographie de Drummondville. Ça fait partie de mon épanouissement de m’impliquer dans ma communauté. Comme on dit, dans la vie, on donne ce qu’on peut. Il y en a qui donne du temps, de l’argent; d’autres, des idées. Il n’y a aucune raison de ne rien faire. On a tous la capacité de faire quelque chose», est d’avis Alain Labonté, qui est aussi bénévole à la Maison de la culture de L’Avenir.

Qui plus est, l’homme vient d’achever une formation qui lui permettra de célébrer des cérémonies funéraires. Il a d’ailleurs présidé son premier événement le 31 octobre dernier.

«L’affaire que j’aime tellement dans la vie, c’est d’avoir le vertige. C’est comme la première fois qu’on prend l’avion, c’est excitant. Et j’ai le courage de mes vertiges. Malgré que ça me rend nerveux, je plonge tête première dans cette aventure, qui m’amènera à rencontrer des gens. J’accompagnerai des gens qui traverseront des épreuves», communique-t-il.

Et comme pour toutes ces chansons qu’il a écrites pour des artistes québécois, le choix des mots qui seront utilisés durant ces cérémonies sera d’une importance capitale.

«J’ai toujours aimé les mots. Je vais aller puiser des citations dans la littérature québécoise et étrangère et je vais partir de là, en essayant de mouler mon discours à la personne disparue.»

Peut-être même qu’Alain Labonté trouvera l’inspiration et les mots justes dans les chansons qu’il a lui-même écrites comme Si ton étoile fait des jaloux, une pièce interprétée par Martine St-Clair pour la Fondation René-Verrier de Drummondville en 2012.

Si ton étoile fait des jaloux

Tu peux bien revenir chez nous

Moi je t’attends

Le livre Un jour ma tête a plié les genoux sera disponible en prévente dès le mois de novembre à l’adresse suivante : https://mateteaplielesgenous.myshopify.com/ . Tous les profits seront versés aux Impatients de Drummondville. La préface est signée par Ingrid Falaise.

Écrits aussi par Alain Labonté

Livres

-Ma tête, mon amie, mon ennemie : visages inspirants (2019, coécrit avec Florence Meney)

-Une âme et sa quincaillerie (2015)

-Disparus d’Ély (2020, collectif d’auteurs)

Chansons

-Ma vie (Bruno Pelletier)

-Mon héros (Annie Villeneuve)

-Tant qu’il y aura (Marc Hervieux)

-Apprendre à dire je t’aime (Marie-Pier Perreault)

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