Plus de 1500 ménages consacrent la moitié de leur salaire pour se loger 

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Par Erika Aubin
Plus de 1500 ménages consacrent la moitié de leur salaire pour se loger 
La crise du logement comporte deux aspects : l’accessibilité et l’abordabilité. (Photo : Ghyslain Bergeron)

À Drummondville, plus de 1500 ménages doivent consacrer la moitié de leurs revenus pour se loger et près du tiers de la population doit y mettre plus de 30 % pour se trouver un toit.

Ces deux statistiques, qui proviennent de sources différentes, traduisent bien les difficultés qui sont liées à la rareté non seulement des logements accessibles, mais également des logements abordables. Deux aspects d’une même crise.

L’une des données inquiétantes que l’on retrouve dans le document baptisé Logement et pauvreté au Québec – dossier noir et publié en juin 2018 par le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), indique en effet que plus de 1500 ménages doivent débourser la moitié de leurs salaires pour leur logement. Dans ce même document, on apprend aussi que 490 ménages drummondvillois consacrent même jusqu’à 80 % de leur revenu mensuel pour leurs dépenses de logement.

Alors que le seuil d’équilibre du taux d’inoccupation est de 3 %, celui qui prévaut actuellement à Drummondville se situe à 1,7 %, ce qui a compliqué – ou qui complique – la période de renouvellement de bail pour de nombreux locataires.

Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU, une association québécoise qui lutte pour le droit aux logements, n’a pas de mal à admettre que les démarches peuvent être longues et pénibles pour trouver un logement convenable, mais elle ajoute que la baisse drastique du taux d’inoccupation dans la plupart des villes du Québec amène son lot de conséquences néfastes, incluant des cas de discrimination.

«Des familles nombreuses, qui auraient besoin d’un grand appartement, vont donc devoir se contenter de moins de pièces ou encore elles devront verser une grosse partie de leur salaire pour se loger», explique Mme Laflamme. Normalement, un ménage devrait consacrer 25 % de son revenu brut pour se loger. En plus, les gens sont jugés selon leur appartenance ethnique, s’ils sont à l’aide sociale, leur âge ou encore le nombre d’enfants. Nous invitions les locataires à la vigilance et à contacter la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse si nécessaire.»

Mme Laflamme rappelle aux gens en quête d’un toit d’être vigilants et de toujours vérifier le prix que le locataire précédent payait avant de signer un nouveau bail. «Bien souvent, les hausses abusives de loyer se font par les propriétaires lors d’un changement de locataire. Il faut être attentif. L’information se trouve dans la section «G» du bail.»

Une autre statistique n’est pas sans inquiéter le directeur général de l’Office municipal d’habitation Drummond (OMH). «Ce qu’on constate, c’est que 31 % des ménages doivent consacrer plus de 30 % de leurs revenus pour se loger, c’est énorme, a exprimé David Bélanger, directeur général de l’OMH, qui a été invité à commenter la situation. La moyenne provinciale est de 33,7 %, mais il faut être prudent avec cette dernière statistique, car il y a des territoires qui ont des caractéristiques particulières au Québec».

Selon lui, ce problème en crée d’autres. «Quand tu dois mettre près du tiers de ton revenu sur ton logement, il y a évidemment d’autres besoins qui ne sont pas comblés. Nous, on a des projets en élaboration pour avoir plus de logements abordables. Car la crise du logement comporte deux aspects : l’accessibilité et l’abordabilité. C’est bien beau qu’un entrepreneur construise 1000 logements, mais à quel prix seront-ils disponibles? Il faut que des nouveaux loyers soient disponibles en bas du coût de loyer médian, si on veut diminuer le nombre de familles qui doivent consacrer plus de 30 % de leurs revenus pour se loger», soumet-il.

Avec la collaboration de Jean-Pierre Boisvert

Aussitôt construits, aussitôt loués

Les propriétaires sont bien conscients de cette pénurie de logements à Drummondville, mais ils doivent composer eux aussi avec une hausse des coûts. L’exemple de Charlène Sarrazin et son conjoint est éloquent; ils possèdent deux blocs, un dans le quartier plateau Saint-Nicolas; l’autre, dans le secteur de la Commune, pour un total de huit portes.

«La dernière fois qu’on avait un appartement de libre, c’était en février. Après l’avoir mis sur le marché, ça nous a pris seulement deux jours pour louer ce 5 ½ neuf à 930 $ par mois. On se fait souvent dire que nos loyers sont chers, mais en calculant les taxes et les dépenses versus le revenu, on n’a pas le choix de les mettre à ce prix-là», de raconter Mme Sarrazin.

C’est qu’en juillet 2018, la construction de leur immeuble à logements a nécessité un investissement de 615 000 $. En décembre de la même année,  la construction d’un immeuble tout à fait identique a coûté 632 000 $; une augmentation de 2,7 % en seulement six mois, attribuable à la hausse des prix des terrains, des matériaux et de la main d’œuvre.

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