La main sur le coeur de Sophie Bourgeois

La main sur le coeur de Sophie Bourgeois

Crédit photo : Josyane Cloutier

PERSONNES ÂGÉES. Sophie Bourgeois a toujours eu la main sur le cœur. Longtemps famille d’accueil pour la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), elle se consacre désormais à rendre le sourire aux personnes âgées.

Dans les faits, Sophie Bourgeois est une accompagnante privée pour les personnes âgées. À sa connaissance, elles ne sont que deux à Drummondville à faire ce métier.

Famille d’accueil pendant 17 ans, Sophie Bourgeois irradie de compassion. Toutefois, ses débuts en tant qu’accompagnante relèvent du pur hasard. «Quand j’ai fermé ma famille d’accueil, j’ai pris un peu de temps pour me retrouver avec mes enfants et me reposer. Quand les gens me demandaient si j’étais heureuse, ma réponse était toujours la même : oui, mais il me semble qu’il me manque quelque chose. Je me suis longtemps demandé qui j’allais aider, maintenant», confie-t-elle.

Son premier suivi : une certaine madame Laforest, 98 ans, qui vivait encore à son domicile. «La famille voulait avoir quelqu’un qui veille sur elle, juste au cas. J’ai donc commencé à prendre soin d’elle tous les jours, du matin au soir. On mangeait des frites de chez McDonald’s parce qu’elle adorait ça. Je la coiffais, je la parfumais, je faisais du vélo en réadaptation avec elle…», raconte Sophie Bourgeois d’un air tendre.

À ce jour, l’accompagnante a trois suivis, tous au Centre hospitalier de soins longue durée (CHSLD) Frederick-George-Heriot. Elle est recrutée, souvent grâce au bouche-à-oreille, par les familles, avec qui elle a une grande collaboration.

Ses tâches sont extrêmement variées et sont adaptées en fonction de la personne dont elle s’occupe : des sorties au cinéma à l’accompagnement aux rendez-vous médicaux, en passant par des petits soins esthétiques comme de la coiffure ou même de la cuisine.

«Il y avait une dame que je suivais qui adorait la politique, alors avant d’aller la voir, je m’informais vite et j’en discutais avec elle. Je n’ai pas de moule défini. Je m’occupe de faire des petits gestes qui leur font du bien. Mon rôle, c’est les rendre heureux», expose-t-elle avec un sourire.

La dame, qui travaille beaucoup avec des gens atteints de troubles cognitifs comme l’Alzheimer, se donne aussi comme mission de faire travailler leur mémoire. «On regarde des photos de famille, on récite des prières de l’époque, on chante des chansons de leur enfance ensemble. La musique, c’est la chose qui vient le plus les chercher, à mon avis. C’est étonnant. Ce sont des petites victoires lorsqu’ils réussissent à se remémorer de bons souvenirs.»

Elle explique qu’elle n’aura pas la même approche avec quelqu’un qui réside en centre de soins qu’avec une personne âgée qui est encore autonome. «Je les aide à cuisiner, à se rappeler les petites choses de la vie, comme éteindre le four ou fermer le robinet. Mon but est de faire en sorte de garder les personnes âgées le plus longtemps possible chez eux, lorsque leur santé le leur permet.»

Sophie Bourgeois considère important de mentionner qu’elle n’a pas de formation en soin. «J’ai suivi une formation au sujet du lève-personne au CHSLD, mais je ne suis pas préposée», précise-t-elle.

D’ailleurs, les professionnels de la santé qui œuvrent au centre Frederick-George-Heriot voient généralement l’accompagnante d’un bon œil, même que certaines envisagent de faire ce métier à leur retraite. «On m’accueille avec le sourire. C’est sûr que plus j’y vais, plus les professionnels apprennent à me connaître et à me faire confiance. C’est une relation de collaboration», dévoile Mme Bourgeois.

Cependant, il est hors de question pour elle de retourner sur les bancs d’école pour compléter son cours de préposée aux bénéficiaires. «Je suis privilégiée d’avoir le temps de m’occuper d’une personne à la fois. Je peux jaser, chanter, prier. Les préposés et les infirmières rêvent d’avoir du temps, mais la réalité du milieu, c’est qu’ils n’en ont pas. Ils font des miracles avec ce qu’ils ont, et c’est très peu», explique la dame, en ajoutant qu’elle admire les professionnels pour cela.

La solitude des personnes âgées

Sophie Bourgeois remarque aussi que plusieurs personnes âgées souffrent de solitude, et c’est d’autant plus vrai à quelques jours de Noël. «Il y en a beaucoup qui sont laissées à elles-mêmes. Ça existe en tout temps, mais le temps des Fêtes, où ils vont voir leurs collègues de chambre sortir et avoir des visites, c’est là que ça les ramène à leur solitude», exprime-t-elle d’un ton désolé.

D’après elle, l’éducation des jeunes générations est primordiale afin de résoudre ce problème. «Je pense qu’une des choses qu’on peut faire, c’est d’en parler à nos enfants très tôt. J’ai déjà parlé de mon futur à ma fille et à mon garçon. Ça commence là, d’exposer notre vision de la vieillesse», croit Sophie Bourgeois.