Décès de Patricia Lemay : un dossier médical à revoir, dit le coroner

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Par Jean-Pierre Boisvert
Décès de Patricia Lemay : un dossier médical à revoir, dit le coroner
Yvon Garneau. (Photo : Archives Ghyslain Bergeron)

INVESTIGATION. Est-il normal qu’une personne qui entre à l’hôpital pour des «maux de tête invasifs» reçoive son congé avec un simple diagnostic de migraine et qu’elle décède 17 jours plus tard? Il faudrait à tout le moins revoir le dossier de cette patiente.

C’est ce que recommande le coroner Yvon Garneau à la suite de son investigation suivant le décès de Patricia Lemay, à l’âge de 50 ans, survenu le 10 juillet 2018 à son domicile de L’Avenir.

Lors d’une hospitalisation pour des maux de tête invasifs le 22 juin 2018, la patiente est mise en congé le lendemain alors qu’est cité un diagnostic de migraine. Elle est décédée 17 jours plus tard «des suites d’une intoxication aigue au méthanol», conclut le coroner, le méthanol étant un liquide toxique, inflammable, utilisé par exemple dans le lave-glace et les poêles à fondue.

«Il semble que le diagnostic d’intoxication au méthanol avec pancréatite n’ait pas été évoqué lors de la visite du 22 juin. Pourtant, les manifestations cliniques principales étaient connues tout comme les résultats d’examen de laboratoire. Ceux-ci pouvaient-ils permettre de poser un diagnostic à ce moment? C’est une question à se poser puisque la patiente se plaignait de perte de vision et que le lendemain se confirmait une acidose métabolique (NDLR : trouble de l’équilibre acido-basique, désignant un état pathologique dû à une baisse du pH du sang). La présence d’une concentration élevée de méthanol en post-mortem ainsi que celle d’une pancréatite diagnostiquée à l’autopsie suggèrent une acidose métabolique importante», écrit le coroner Garneau, pour qui il est probable que Mme Lemay s’est intoxiquée une nouvelle fois suivant son retour à domicile.

Durant cette période, le rapport relève que Mme Lemay était en proie à de vives émotions. La veille de son décès, elle parle avec un proche au téléphone et lui dit : je suis en train de mourir. Le 8 juillet, l’avant-veille, elle demande à son ex-conjoint de revenir. Celui-ci lui répond par la négative. Cette réponse l’aurait sévèrement bouleversée selon des proches, dit le coroner. A-t-elle commis un geste suicidaire? Aurait-il été possible de détecter ce comportement lors de son hospitalisation le 22 juin?

En tout état de cause, le coroner Garneau recommande au Collège des médecins du Québec ainsi qu’au Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens de l’Hôpital Sainte-Croix de revoir le dossier de Patricia Lemay pour des événements survenus les 22 et 23 juin 2018 «afin de prendre les actions appropriées».

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