La réduction des services en transport adapté à Drummondville dénoncée

Photo de Emmanuelle LeBlond
Par Emmanuelle LeBlond
La réduction des services en transport adapté à Drummondville dénoncée
Sandrine Mariotti en compagnie de sa mère Antoinette (gauche) et sa sœur Angeline (droite). (Photo : Emmanuelle LeBlond)

MOBILITÉ. Sandrine Mariotti est atteinte de sclérose en plaques. Depuis les dernières années, elle se déplace en fauteuil motorisé. La réduction de l’offre de service en transport adapté à Drummondville entraîne des conséquences pour cette usagère qui s’épanouit à travers les activités de loisirs.

La quinquagénaire réside au Centre d’hébergement Frederick-George-Heriot depuis trois ans. Elle ne s’est jamais laissée freiner par sa maladie. Accompagnée de sa fidèle acolyte, sa sœur Angéline, elle fait toutes sortes d’activités.

Un lien fort s’est tissé entre les deux femmes. «Quand on a su pour sa maladie, ça nous a beaucoup rapprochés. J’ai ressenti le besoin de créer des moments avec elle. On a cinq ans de différence. La musique, c’est toujours ce qui nous a rassemblés. On adore assister à des concerts. C’est notre petit plaisir. Depuis 30 ans, je l’amène partout», raconte Angéline Mariotti.

Montréal, Québec, Sherbrooke. Les complices n’hésitaient pas à sortir de Drummondville pour aller à la rencontre de leurs artistes préférés. «Avant, je pouvais prendre Sandrine dans mes bras et la déposer dans la voiture. Je la transportais moi-même. Avec son fauteuil motorisé, je ne peux plus.»

Dorénavant, Sandrine Mariotti utilise le service de transport adapté offert par la Ville de Drummondville. «Je n’ai jamais été confinée nulle part. Quand je voulais quelque chose, j’y allais. Je lâchais un coup de fil à Transport Diligence (l’organisme délégué). Ils m’apportaient où je voulais à l’heure que je voulais. Je me sentais libre.»

Cet automne, les sœurs se sont rendues à l’Espace Mandeville pour voir sur la scène l’auteur-compositeur-interprète Fuso. «J’adore les spectacles. C’est une façon de me sentir vivante», soutient Sandrine Mariotti, les yeux brillants.

Angéline Mariotti a récemment offert à sa sœur des billets à la Maison des arts. C’est en faisant les démarches pour réserver une plage horaire avec Transport Diligence qu’elle a appris que l’offre de service a été réduite.

Du lundi au mercredi, l’organisme cesse ses activités à compter de 18 h. Ainsi, il n’y a pas de service disponible en soirée, et ce, depuis le mois de novembre.

Sur le coup, Angéline Mariotti a vécu un choc. D’un côté, elle a une paire de billets en main et de l’autre, sa sœur n’a aucun moyen pour se déplacer.

Le directeur général de l’Association des personnes handicapées de Drummond, Daniel Mailhot. (Photo Ghyslain Bergeron)

«On est en 2024. On parle d’inclusion sociale. Ces gens-là sont des citoyens dans notre société. Ils comptent autant que tout le monde. Personne ne devrait décider quand ils doivent gérer et vivre leur vie. Ils ont le droit aux mêmes services et aux mêmes opportunités que tous. C’est inconcevable de les laisser en marge.»

Sandrine Mariotti se sent brimée. «Je trouve ça difficile. C’est comme si on n’était pas considérés comme de vrais êtres humains. On a le droit de s’amuser.»

Pour sa part, le président de l’Association des personnes handicapées de Drummond, Daniel Mailhot, est d’avis que la situation est préoccupante.

L’effritement des services en transport adapté freine le développement des initiatives qui visent l’épanouissement des personnes ayant un handicap. «C’est essentiel pour ne pas se sentir isolé. Pas de transport, pas de loisir. Pas de loisir, pas d’intégration.»

Un manque de financement

Le manque de financement est la cause de la réduction de l’offre de service en transport adapté, affirme la directrice générale de Transport Diligence, Caroline Demanche.

L’organisme est tributaire des subventions du ministère des Transports, de la Ville de Drummondville et de la municipalité de Saint-Cyrille-de-Wendover. «Je suis en poste depuis huit ans. La subvention du ministère n’a jamais changé. Il n’y a pas eu de grosse augmentation», fait-elle savoir.

Depuis la crise sanitaire, Transport Diligence doit composer avec une explosion des coûts liée à la mécanique et l’essence des autobus. Afin de garder le service disponible sept jours sur sept, l’organisme a fait le choix de réduire ses plages horaires, sacrifiant quelques heures au début de la semaine. De plus, les tarifs ont été ajustés.

La Ville a la responsabilité d’assurer l’accès au service de transport adapté sur son territoire. Ce service est confié à Transport Diligence. (Photo: archives)

En 2023, Transport Diligence a effectué plus de 32 000 transports, ce qui représente un nombre record. Le service n’a jamais été autant sollicité. Les autobus sont au maximum de leur capacité. Les réservations s’envolent rapidement.

«Un peu avant la pandémie, le service de taxi a arrêté de faire du transport pour les personnes handicapées à partir de 18 h, du lundi au vendredi. Ils n’en font pas du tout le week-end. Les gens qui prenaient le taxi en temps normal se sont tournés vers nous.»

De son côté, la Ville de Drummondville reconnait qu’il s’agit d’un service essentiel.

En ce sens, la mairesse Stéphanie Lacoste a lancé à plusieurs reprises un appel au gouvernement du Québec. Selon elle, les besoins en transport en commun dépassent la capacité de payer de la Ville.

«Il y a une crise de financement dans le transport en commun en général. Le transport adapté en écope. On va s’assurer de faire les pressions au bon palier de gouvernement, c’est-à-dire au provincial, pour qu’il y ait un financement adéquat de ce service à travers le Québec.»

«Je travaille présentement avec Patrick Paulin, directeur général du Regroupement d’organismes de personnes handicapées du Centre-du-Québec, pour voir ce qu’on peut faire pour améliorer les choses à plusieurs échelles», complète-t-elle.

Dans tous les cas, les sœurs Mariotti ne comptent pas lâcher le morceau. Déterminée, Angéline multiplie les démarches pour avoir gain de cause.

«Aller voir un spectacle un mercredi soir, ça ne devrait pas être un enjeu de société», conclut-elle.

Mobilibus, une offre complémentaire

La MRC de Drummond a mis en place un nouveau service en transport collectif sur le territoire, soit le Mobilibus. «C’est un projet pilote qui s’adresse aux personnes des municipalités autres que la Ville de Drummondville pour se déplacer d’une municipalité rurale vers le grand centre», explique la préfète de la MRC, Line Fréchette.

La MRC de Drummond lance son service de transport collectif, le Mobilibus. (Photo: Ghyslain Bergeron)

Un service de transport adapté est également offert aux usagers. «Avec le transport collectif, il y a des points d’embarquement et de débarquement sur le territoire. Avec le transport adapté, c’est un service de porte-à-porte. On embarque les gens à leur domicile et on les dépose à l’endroit où ils veulent aller», informe le directeur du service de planification et de gestion du territoire, John Husk.

La MRC de Drummond s’est associée à Taxi Central pour la prochaine année. «Au départ, on n’avait pas eu de soumissionnaire. La compagnie de taxi a bien voulu embarquer avec nous dans ce projet. On comprend qu’il faut respecter certaines disponibilités. On est allé aux horaires qui nous semblaient le plus importants», soutient Line Fréchette.

Le service en transport adapté est offert du lundi au vendredi de 7h à 18 h. Éventuellement il est prévu de bonifier l’offre de service, en fonction de la demande. «Dans le cadre du projet pilote, ce sont des heures restreintes. Pour l’instant, c’est déjà une grande amélioration de l’offre. Il n’y avait rien avant dans le milieu rural», souligne John Husk.

Simple et toujours gratuit

Meta (Facebook et Instagram) bloque désormais vos nouvelles de L’Express en réponse à la loi C-18.

Pour rester connecté à la source, L’Express vous invite à télécharger son application. Vous pourrez ainsi continuer de lire vos nouvelles gratuitement, et ce, en temps réel. N’oubliez pas d’activer les notifications!

Apple : https://apps.apple.com/ca/app/lexpress-de-drummondville/id1575799821?l=fr-CA

Androïd : https://play.google.com/store/apps/details?id=ca.journalexpress.app&hl=fr

Partager cet article