Vers une résolution pacifique des conflits à la bibliothèque

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Par Emmanuelle LeBlond
Vers une résolution pacifique des conflits à la bibliothèque
Célina travaille à la bibliothèque publique de Drummondville depuis environ six mois. (Photo : Emmanuelle LeBlond)

COMMUNAUTÉ. La bibliothèque publique de Drummondville mène un projet pilote qui se distingue à l’échelle de la province. Une intervenante de milieu a été embauchée pour offrir un soutien aux citoyens qui ont des besoins particuliers, tout en encourageant une résolution pacifique des conflits.

Ce poste a vu le jour grâce à un partenariat avec la Ville de Drummondville et l’organisme La Piaule. Le projet pilote a été mis sur pied pour contribuer à un meilleur «vivre-ensemble» pour les différents usagers de la bibliothèque.

«Dès l’ouverture de l’édifice Francine-Ruest-Jutras, notre équipe a constaté un besoin en intervention de milieu, indique Jean-François Fortin, chef de division à la bibliothèque. Notre succursale dessert une population de plus de 80 000 citoyens. Avec cette affluence, on a remarqué que les conflits augmentaient.»

Si certaines personnes fréquentent la bibliothèque pour l’emprunt de livres ou de documents, d’autres personnes l’utilisent comme un troisième lieu, c’est-à-dire un lieu de socialisation, de rencontre ou de vie. «Il y avait de plus en plus de tensions. Assez rapidement, on est venu à la conclusion que l’approche traditionnelle ne fonctionnait pas avec tout le monde. Ce n’était pas constructif sur le long terme d’adopter un règlement ou d’appliquer de la coercition. On voulait plutôt une approche alternative basée sur la relation avec l’usager», explique-t-il.

Il s’agit d’un projet novateur dans le monde municipal. Rares sont les bibliothèques au Québec qui embauchent un intervenant de milieu. «On retrouve de telles initiatives au Canada, comme en Saskatchewan, en Alberta, au Manitoba et en Nouvelle-Écosse. C’est un peu plus populaire aux États-Unis», informe Jean-François Fortin.

Ce dernier ajoute que l’initiative a suscité de l’intérêt auprès de quelques bibliothèques à travers la province. «On a fréquemment des collègues d’autres villes qui entrent en contact avec nous pour savoir comment ça marche. On a fait quelques présentations au cours de l’année.»

Jusqu’à présent, Jean-François Fortin, chef de division à la bibliothèque, tire un bilan positif de la présence de Célina. (Photo: Emmanuelle LeBlond)

Un projet concluant

La présence de Célina est lumineuse à la bibliothèque. Sac à dos à l’épaule, l’intervenante de milieu arpente les couloirs pour aller à la rencontre des usagers. Parfois, elle prête une oreille attentive; d’autre fois, elle propose de l’aide.

Elle consacre 25 heures par semaine en ces lieux, depuis le mois de septembre.

Son emploi du temps diffère d’une journée à l’autre. Elle se promène autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du bâtiment. «Je fais de la sensibilisation et de la réduction des méfaits. Je discute avec les gens. Dernièrement, j’ai fait beaucoup de recherche de logements sur les postes informatiques. Cet hiver, j’ai fait des références alimentaires», énumère celle qui préfère taire son nom de famille.

L’intervenante de milieu offre un service d’expertise-conseil aux employés. Elle les accompagne dans leur encadrement de la clientèle. Jusqu’à présent, Jean-François Fortin tire un bilan positif du projet pilote.

Dans tous les cas, elle se plaît à son travail. En plus d’être à la bibliothèque, elle est aussi travailleuse de rue dans le secteur. «Ça me permet de recroiser les mêmes personnes. J’ai réussi à bâtir de belles relations. C’est un privilège quand quelqu’un me raconte sa vie», souligne-t-elle.

L’accès au réseau

Célina a remarqué que des personnes en situation d’itinérance se réfugient à la bibliothèque. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène. «Ils sont à la recherche de repos, d’une connexion Internet, d’un toit sur la tête qui est climatisée l’été et chauffée l’hiver, amène-t-elle. L’itinérance a beaucoup augmenté à Drummondville. Je croise de nouvelles personnes chaque semaine.»

Pour éviter les attroupements, l’équipe a décidé de retirer l’accès à la connexion Internet en dehors des heures d’ouverture. «On a vécu une problématique à la fin du mois de juin et au début du mois de juillet. Il y avait beaucoup de gens qui venaient dormir autour de l’édifice. En soi, ce n’est pas vraiment un problème. En journée, il y avait beaucoup de consommation visible sur le terrain et près des entrées. Pour nous, c’est important que le lieu reste sécuritaire et accueillant pour tout le monde. C’est pour cette raison qu’on a enlever l’accès au réseau», mentionne Jean-François Fortin, en précisant que cette décision est temporaire.

Quoi qu’il en soit, le projet pilote est d’une durée d’un an. Il se termine en décembre. Par la suite, ce sera à la Ville de Drummondville à décider si l’initiative sera reconduite.

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