Suzanne Desjardins, une victime collatérale de la pandémie?

Suzanne Desjardins, une victime collatérale de la pandémie?
Suzanne Desjardins. (Photo : tirée de Facebook)

SANTÉ MENTALE. Suzanne Desjardins pourrait en quelque sorte être l’une des victimes collatérales de la pandémie de COVID-19.

Aux yeux d’Isabelle Brunelle, de l’Association des proches de la personne atteinte de maladie mentale (APPAMM) Drummond, l’actuelle crise sociosanitaire accentue cruellement les problématiques de santé mentale déjà bien installées au sein de la population.

Ayant demandé l’assistance des policiers afin de forcer son fils à subir une évaluation psychiatrique, la veille, Suzanne Desjardins a été retrouvée morte dans sa résidence de la rue Pinard, lundi. Son corps portait des marques de violence. Son fils autiste, Jean-Luc Ferland, a comparu au palais de justice de Drummondville mardi où il a été accusé du meurtre au deuxième degré de sa mère.

Isabelle Brunelle.

«C’est ce genre de drame qu’on veut éviter à tout prix. Malheureusement, il y a beaucoup de gens atteints de problématiques de santé mentale au Québec, mais la pandémie ne fait qu’accentuer cette situation. Cette crise qu’on vit depuis le mois de mars, c’en est une de santé publique, mais ça va devenir une crise de santé mentale, car la normalité qu’on recherche ne reviendra pas dans un horizon proche», explique Isabelle Brunelle.

«Quelqu’un qui était dans un état dépressif avant la pandémie, ce n’est rien pour l’aider. Avec le confinement, certaines ressources ont été mises sur pause. Les gens se retrouvent dans une situation où ils vivent plus de stress qu’à l’habitude, mais où ils ont accès à moins de ressources et à moins de répit. C’est un cocktail qui peut devenir explosif», ajoute la directrice générale de l’APPAMM Drummond.

Selon Isabelle Brunelle, les proches d’une personne atteinte d’une maladie mentale ne doivent pas attendre d’être au bout du rouleau avant de demander de l’aide.

«Les gens ne doivent pas hésiter à faire appel à un organisme comme le nôtre, même si ça peut être difficile de demander de l’aide. Les gens ont peur d’entacher la relation avec leur proche, mais il faut savoir que tous nos services sont confidentiels. La personne atteinte d’une maladie mentale n’est obligée d’être présente pour qu’on offre nos services à ses proches.»

Existant depuis une vingtaine d’années, l’APPAMM Drummond vise à contribuer à maintenir l’équilibre et à préserver la santé mentale des proches de la personne atteinte de maladie mentale. L’organisme propose à ses quelque 300 membres de les écouter, les soutenir, les informer, les outiller ainsi que leur permettre de partager leur vécu, de briser l’isolement et de se ressourcer.

«Notre organisme est là pour soutenir les gens dans leurs démarches, par exemple pour la curatelle ou encore pour faire évaluer la dangerosité de leur proche atteint d’une maladie mentale auprès d’un psychiatre. On est là aussi pour leur montrer comment prendre soin d’eux, comment s’accorder du répit quand ils en ont besoin», indique Isabelle Brunelle, en invitant les gens à consulter des capsules vidéo diffusées sur la page Facebook de l’organisme.

«J’ai tout sacrifié pour m’occuper de mon fils»

En juillet 2018, Suzanne Desjardins avait dénoncé sur sa page Facebook l’absence d’aide gouvernementale pour les proches de personnes vivant avec une maladie mentale. Réagissant à un texte d’opinion publié dans La Presse, elle s’était exprimée en ces termes.

«Prendre soin d’un enfant handicapé de nos jours demande effectivement beaucoup de sacrifices. Moi aussi, j’ai tout sacrifié pour m’occuper de mon fils. Aucune aide du gouvernement. Plutôt le contraire! Que des coupures dans les services. Que des maux de tête… J’en ai tu versé des larmes de désespoir vous pensez? Je ne souhaite ça à personne. Un vrai cauchemar. Une chance que les mères existent!»

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