L’industrie du voyage en mode gestion de crise

L’industrie du voyage en mode gestion de crise
Les agences de voyages de Drummondville doivent conjuguer avec un lot de difficultés en raison de la crise du coronavirus. (Photo : Jaimie Harmsen, Unsplash )

CORONAVIRUS. Les temps sont durs pour l’industrie du voyage. À Drummondville, les entreprises spécialistes du tourisme n’échappent pas aux impacts de la crise mondiale du coronavirus.

Depuis bientôt trois semaines, les agences de voyages de la région sont complètement débordées. Au premier chef par le rapatriement hâtif de leurs clients, mais aussi par de nombreux reports et annulations de vacances prévues depuis longtemps. Un branle-bas de combat qui survient au moment où un important creux de vague se dessine à l’horizon.

Chez Club Voyages Conseil, pas moins de 28 employés –soit 80 % de leurs effectifs à Drummondville et en Estrie– ont été mis à pied de façon temporaire. Afin de répondre aux exigences du gouvernement québécois, le personnel toujours en place travaille désormais de la maison.

«Depuis le début de la crise, on a vendu zéro voyage, a résumé le président de l’agence, Pierre Couture. On travaille comme des fous, mais c’est pour rapatrier des gens, annuler ou reporter des voyages. On vient d’ailleurs de ramener notre dernier groupe du Guatemala. On avait des gens coincés un peu partout en Europe et en Afrique. On passe aussi beaucoup de temps à répondre à des clients insécures.»

Pour l’instant, l’agence drummondvilloise tentent tout simplement de maintenir son bateau à flot. «En ce moment, la confiance des gens est à zéro, a affirmé Pierre Couture. Leurs priorités sont axées sur des besoins primaires, à commencer par la nourriture. Nous [l’industrie du voyage], c’est ce qui va revenir en dernier.»

Une confiance à regagner

Selon Pierre Couture, seule la découverte d’un médicament permettant de soigner les personnes atteintes de la COVID-19 ramènera un certain sentiment de sécurité chez les voyageurs.

Pierre Couture.

«Ça pourrait survenir rapidement, car c’est devenu une maladie de riches. Quand le virus sévissait en Chine, c’était encore loin de chez nous. Maintenant que l’Europe et l’Amérique du Nord sont touchées, c’est la panique totale, même si on est encore loin de la grippe saisonnière qui tue 650 000 personnes par année sur la Terre. Comme les pays riches sont touchés, je m’attends à ce que les choses bougent plus vite. Avec un médicament, la pression va retomber», a prédit le passionné d’aventures, qui a mis les pieds dans près de 60 pays au fil des ans.

En ce qui concerne les croisières, les voyagistes devront mettre les bouchées doubles pour regagner la confiance des touristes. «Ce sera plus difficile. Dans un tout-inclus ou un voyage sur le continent, on a un certain contrôle, mais en croisière, on est pris sur un bateau. De plus, ce sont surtout des gens plus âgés qui sont amateurs de cette façon de voyager. C’est la dernière place où la confiance va revenir», s’est dit d’avis Pierre Couture.

L’homme d’affaires drummondvillois ne s’attend pas à une reprise de l’industrie avant quelques mois, possiblement vers l’automne. Il estime toutefois que la crise laissera des traces.

«Les programmes d’aide annoncés par le gouvernement vont nous permettre de reprendre nos employés, mais rien n’a encore été mis en place. Pour le moment, on ne vend rien, alors on n’a aucun revenu. On a d’ailleurs demandé un moratoire de trois à six mois aux propriétaires de nos locaux. Ils comprennent, mais la situation est difficile pour eux aussi. Cette crise a un effet domino sur toute l’économie», a laissé tomber l’ancien directeur général de la Tablée populaire de Drummondville.

D’autres mises à pied

Le portrait de la situation est tout aussi sombre chez Voyage Louise Drouin, une agence spécialisée dans les circuits de groupe qui vient à peine de s’installer dans de nouveaux locaux sur le boulevard Saint-Joseph. Au cours des derniers jours, l’entreprise qui possède aussi une succursale à Sorel-Tracy a mis à pied 11 employés, soit la moitié de ses effectifs.

«Pendant trois semaines, toutes nos équipes ont géré la crise à temps plein, a raconté le directeur général Christian Guillet. On a travaillé très fort pour ramener nos clients d’Europe et des destinations soleil. C’était très demandant, parce que souvent, on ne pouvait pas rejoindre les transporteurs ni les compagnies aériennes. On est passé au travers grâce à notre expérience de plus de 30 ans dans le domaine. Ça nous a beaucoup aidés.»

«Pour l’instant, on cherche à sauver les meubles», laisse tomber le dg de Voyage Louise Drouin. (Photo : Unsplash)

«On va continuer d’appuyer nos clients, a-t-il ajouté. Il nous reste encore à gérer des questions de remboursement, d’assurances et de protection du consommateur. On a aussi des groupes dont le départ est prévu en juin ou plus tard. Ces voyages ne sont pas encore annulés. On doit attendre la décision de ces compagnies.»

Bien qu’il s’attende à ce que l’industrie traverse un creux de vague, Christian Guillet demeure optimiste. «Il va y avoir une fin à cette crise, même si elle sera probablement loin. On s’attend encore à recevoir de mauvaises nouvelles pour quelque temps. Pour l’instant, on cherche à sauver les meubles. On reste en mode gestion de crise. Le retour à la normale ne se fera pas tout de suite. On ne s’attend pas à ce que les gens fassent la file devant nos bureaux d’ici un mois ou deux! On parle plutôt d’un scénario d’environ six mois.»

Comme ses homologues, le dg de Voyage Louise Drouin estime que les croisières n’auront pas la cote au cours des prochains mois.

«Ça reste une formule appréciée par beaucoup de gens, mais tant que le virus ne sera pas réglé, ce sera difficile. Graduellement, les gens vont reprendre confiance, mais ils risquent de nous poser beaucoup de questions. Il va falloir qu’il y ait zéro risque. Au début, ils vont probablement privilégier les croisières qui vont moins loin et sur de plus petits navires», a-t-il suggéré.

«Bref, il va falloir se donner du temps pour laisser passer la crise. Chez nous, on peut patienter, mais ce n’est pas le cas dans toutes les agences. Chose certaine, l’industrie du voyage risque d’être différente dans l’avenir», a conclu Christian Guillet.

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