Les infirmières de l’urgence au front malgré leurs inquiétudes

Les infirmières de l’urgence au front malgré leurs inquiétudes
La pandémie de coronavirus sème l’inquiétude parmi les infirmière de l’urgence de l’hôpital Sainte-Croix.  (Photo : Ani Kolleshi, Unsplash)

CORONAVIRUS. L’ambiance de travail est de plus en plus tendue à l’urgence de l’hôpital Sainte-Croix. La pandémie de coronavirus, qui a gagné la région de Drummondville au cours des derniers jours, sème l’inquiétude au sein du personnel soignant de l’établissement.

Selon deux infirmières de l’urgence contactées par L’Express, le stress et la peur sont bien palpables parmi leurs collègues de travail. Les deux employées ont requis l’anonymat afin de pouvoir s’exprimer librement.

«L’ambiance n’est pas toujours évidente, car nous sommes toujours dans l’interrogation et l’inquiétude, lance une infirmière qui est également mère de famille. C’est une situation totalement inconnue, puisque chacun d’entre nous vit cette crise pour la première fois. Chaque jour, nous avons énormément de questionnements et parfois, nous restons sans réponses. Par contre, nous sommes une belle équipe. Nous nous entraidons énormément.»

Postés aux premières lignes de cette crise sociosanitaire mondiale, les employés de l’urgence sont conscients qu’ils seront les premiers à tomber au combat si la situation devient incontrôlable. «L’inconnu fait très peur. Nous avons peur de finir infectés et surtout de devoir nous séparer de notre famille.»

«Tomber malade, c’est sûr que c’est notre première peur. On y pense à toutes les minutes», renchérit sa collègue, également une mère de famille.

À travers cette situation sans précédent, les infirmières de l’urgence se sentent néanmoins appuyées par leurs patrons.

«Au début, j’ai senti mes supérieurs tendus, car c’est de l’inconnu pour eux aussi. Je peux comprendre que ce n’est pas évident : il y a nous d’un bord et le gouvernement de l’autre. Dans notre département, on nous écoute beaucoup et on prend nos idées.»

Une prime de danger demandée

En ce qui concerne une éventuelle pénurie d’équipements de protection, un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre au Québec ces derniers jours, la situation serait sous contrôle à Drummondville.

«Par contre, tout est calculé. Pour les masques N95, il y a un décompte comme pour les narcotiques. Les équipements sont dans le bureau de la chef, mais ce n’est pas barré», précisent les infirmières consultées par le journal.

Cette semaine, la tension a d’ailleurs monté d’un cran à l’urgence quand les infirmières ont appris que seuls les médecins auraient droit aux uniformes fournis et lavés ainsi qu’aux cagoules de protection lors des intubations. «Nous avons souligné haut et fort notre mécontentement et le lendemain, la situation était réglée.»

L’urgence de l’hôpital Sainte-Croix. (Photo d’archives, Ghyslain Bergeron)

Une infirmière a d’ailleurs informé son chef de service qu’elle n’entrerait pas travailler tant qu’elle n’aurait pas d’uniforme fourni par l’employeur. «Le lendemain, les uniformes étaient là. Ils arrivent au compte-goutte, mais ils sont là. Les directives changent aux heures, alors on ne sait jamais si on est protégé adéquatement. Mais nos supérieurs font leur possible. C’est pour ça qu’on prend notre mal en patience.»

La question des conditions d’emploi ainsi que la suspension de la convention collective par le ministère de la Santé ont évidemment fait réagir les infirmières de l’hôpital Sainte-Croix au cours des derniers jours.

«Cette décision me paraît logique dans l’optique où la situation deviendrait incontrôlable, comme en Italie ou Chine. Ça serait impensable d’envoyer des travailleurs en vacances dans ces circonstances. Par contre, ça serait logique d’avoir une certaine prime de danger ou de reconnaissance. Et ce, pour tous les services essentiels et tous les corps de métiers confondus», exprime l’une de nos sources.

Enfin, les infirmières de l’urgence demandent à la population de Drummondville et des environs de continuer à y mettre du sien et de rester à la maison.

«En ce moment, nous voyons une grande différence dans le taux d’achalandage à l’urgence. L’affluence a diminué considérablement. Il y a même des salles d’attente vides, ce qui nous permet de nous préparer adéquatement à la venue de grosses urgences. Nous nous permettons souvent des brainstormings et quelques simulations entre préposés, infirmières et médecins. Je pense que nous sommes assez prêts dans le département de l’urgence.»

Selon le plus récent bilan dévoilé par le gouvernement du Québec, on compte actuellement 46 travailleurs de la santé infectés par la maladie COVID-19 dans la province.

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