Hôpital Sainte-Croix : un autre son de cloche dans le dossier de l’employé alerté par les policiers

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Par Cynthia Martel
Hôpital Sainte-Croix : un autre son de cloche dans le dossier de l’employé alerté par les policiers
L'employé travaille depuis quatre mois à l'Hôpital Sainte-Croix comme aide de service. (Photo : Archives, Ghyslain Bergeron)

SANTÉ. Des employés de l’Hôpital Sainte-Croix, qui désirent garder l’anonymat, apportent un autre son de cloche dans le dossier de Mathieu Roy, un aide de service qui s’est fait réveiller par des policiers, le week-end dernier, parce qu’il ne s’était pas présenté au travail.

Mathieu Roy, 22 ans, devait travailler vendredi soir dernier, mais n’est pas rentré au travail pour des raisons de santé. N’ayant aucune nouvelle, une personne en autorité aurait alerté les policiers, lesquels se sont présentés à son domicile vers 2 h 30 du matin. Selon nos sources, cet employé cumule les absences et est reconnu pour entrer travailler et quitter son quart sans aviser personne.

«Il est un employé qui cumule les absences et avise parfois et certaines fois, non. Ses absences ne sont pas motivées par un billet médical. Il a déjà quitté le travail en plein milieu de son quart sans en aviser personne. L’employeur commençait à monter un dossier sur son comportement», raconte une source.

Un autre employé affirme que M. Roy n’était pas apprécié au sein de ses collègues.

Le soir des événements, toujours d’après des employés, la coordonnatrice, très inquiète de n’avoir aucune nouvelle, a réagi en se basant sur le protocole appliqué aux médecins de garde.

«La même version se tient partout dans l’hôpital. La nuit que la police est allée chez lui, il n’avait pas appelé pour dire qu’il était malade. La coordonnatrice, inquiète, a décidé d’appliquer un protocole qui s’applique aux médecins. Précisément, si un médecin est de garde la nuit et qu’il ne répond pas au téléphone, la coordonnatrice a le devoir d’envoyer la police pour vérifier sa sécurité», nous indique-t-on.

Avec son absence, M. Roy a mis une partie du personnel dans l’embarras.

«La nuit que Mathieu n’est pas rentré, il avait accepté volontairement un quart supplémentaire. De plus, il devait surveiller un patient à l’urgence. À cause qu’il n’était pas là, un seul agent de sécurité était disponible pour tout l’hôpital, car l’autre était occupé à remplacer Mathieu pour une surveillance. Donc, s’il y avait eu un code blanc, un seul agent aurait été disponible pour aider le personnel dans l’hôpital, ce qui est risqué. La coordonnatrice a seulement agi avec un regard de sécurité. Et apparemment, elle n’a pas appelé la police non plus. Elle a vu des policiers à l’urgence avec un patient et leur a demandé de vérifier si Mathieu était à son appartement, seulement s’ils passaient dans le coin.»

Une situation «inacceptable»

Mardi, en fin de journée, la direction du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, quelques heures après avoir pris état de la situation, a adressé ses excuses à Mathieu Roy, soulignant être en désaccord avec le geste posé par la coordonnatrice.

À la lumière des informations recueillies jusqu’à maintenant par le CIUSSS, rien ne laisse croire qu’il s’agissait d’une situation dans laquelle on craignait pour la santé ou la sécurité de l’employé, selon Antranik Handoyan, directeur adjoint à la direction des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques au CIUSSS MCQ.

«Il y a un contexte évidemment qu’on ne peut pas vous faire part parce qu’il y a plusieurs aspects confidentiels, néanmoins, peu importe la situation, à moins que ce soit une situation de santé et sécurité, ce qui n’est pas le cas dans notre contexte, cette chose-là ne se fait pas. Ce n’est pas une pratique de gestion. Par contre, dans le cas contraire, c’est le bon jugement du gestionnaire qui s’applique», précise-t-il, indiquant que tous les gestionnaires ont été rencontrés pour un rappel en ce qui a trait à la gestion des absences des employés.

«On a déjà tout mis en application pour que ça ne se reproduise plus. De plus, on aura à revoir avec la coordonnatrice plus en détail ce qui s’est passé», indique M. Handoyan.

Questionné à savoir si cet employé avait des notes à son dossier, ce dernier s’est limité dans sa réponse, considérant la nature confidentielle de certains éléments.

«Je ne suis pas en mesure de répondre à cette question, étant donné qu’il y a des éléments confidentiels. Par contre, c’est très rare qu’un gestionnaire va poser tout bêtement un tel geste. Il y a toujours un contexte qui est associé à une action, dont je ne peux pas vous faire part, néanmoins malgré ce contexte-là, ce n’était pas la chose à faire», soutient-il, soulignant que M. Roy n’avait pas déclaré son absence.

Du côté du syndicat, Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS MCQ, avoue avoir été très surpris par cette situation, qualifiant M. Roy de «très travaillant».

«C’est un jeune homme qui est à l’emploi du CIUSSS depuis quatre mois, il va à l’école et est reconnu comme étant très travaillant. Le soir des événements, il n’y avait aucune information qui laissait croire qu’il y avait un risque pour sa santé et sa sécurité (…) Je suis vraiment surpris de ce geste. Mathieu a été extrêmement ébranlé aussi. Après vérification, c’est la première fois qu’une telle situation arrive au Québec», indique-t-il.

«À l’heure actuelle, nous avons beaucoup de questions, mais peu de réponses. Chose certaine, nous allons représenter notre membre jusqu’au bout, peu importe les actions qui doivent être prises, pour qu’il puisse se prévaloir de ses droits fondamentaux comme n’importe quel Québécois», laisse entendre le représentant syndical.

Mathieu Roy n’est pas retourné au travail depuis.

«Il est présentement à la maison pour se reposer. Nous ne savons pas quand sera son retour», fait savoir M. Bastarache.

Quant à la gestionnaire, aucune sanction n’a été déposée.

«On est au stade de recueillir l’information. On analysera ensuite ce qu’on a à faire, s’il y a lieu de faire quoique ce soit», conclut M. Handoyan.

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