La gonorrhée en forte progression à Drummondville

Photo de Erika Aubin
Par Erika Aubin
La gonorrhée en forte progression à Drummondville
Le phénomène qui s’observe partout au Québec. (Photo : Depositphoto)

SANTÉ. Le nombre de cas d’infections transmissibles sexuellement (ITS), et plus particulièrement les cas de gonorrhée, est en forte augmentation à Drummondville depuis dix ans. Un phénomène qui s’observe partout au Québec.  

Pour l’année 2018, pas moins de 38 cas d’infections gonococcique – la gonorrhée – ont été recensés à Drummondville alors qu’il en avait eu 23 en 2014. Près de 70% des personnes infectées sont des hommes.

«Chaque cas de gonorrhée est enquêté. La plupart du temps, les personnes infectées sont des hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes. On voit que ça se transmet dans ce groupe», a indiqué Linda Milette, médecin en santé publique et en médecine préventive pour le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ).

À plus grande échelle, 156 cas de gonorrhée ont été détectés en 2018 dans les régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec tandis qu’il en avait eu 31 en 2008, soit 10 ans plus tôt. «Les cas de gonorrhée augmentent de façon générale au Québec et Drummondville ne fait pas exception», a  observé Dre Milette.

Le nombre de cas de chlamydioses génitales – la chlamydia – s’accentue lui aussi, même s’il est moins marqué, selon les statistiques obtenues.

Toujours plus de chlamydias

Au CIUSSS MCQ, la chlamydia est la maladie à déclaration obligatoire la plus fréquente.

Linda Milette est médecin en santé publique et en médecine préventive pour le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-Centre-du-Québec. (Photo gracieuseté – Le Nouvelliste)

«On pense toutefois qu’un cas sur deux ne serait pas diagnostiqué puisqu’il n’y a pas toujours de symptôme chez les personnes infectées. Les gens ne savent donc pas qu’ils ont la maladie. Ce qu’on voit dans les statistiques, c’est la pointe de l’iceberg», a revélé Mme Milette.

À Drummondville, le nombre de cas d’infection à chlamydia était de 301 en 2014 et de 348 en 2018.

À plus grande échelle, 1790 cas de chlamydia ont été détectés en 2018 dans les régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec et il y en avait eu 1047 en 2008. La plupart des personnes infectées sont des femmes.

«On pense qu’il y a plus de chlamydia chez les femmes, car elles sont plus enclines à passer un test de dépistage», a constaté Mme Milette. Puis, plus de 65% des cas de chlamydia ont été dépistés chez des jeunes âgés entre 17 à 24 ans.

Mais, lorsque l’on regarde les statistiques des cas d’ITS de façon générale, on remarque que le nombre de cas est en augmentation constante depuis les dix dernières années.

Augmentation marquée des ITS

Selon la Dre Milette, il y a deux hypothèses qui expliquent ce phénomène. «Nous en sommes seulement au stade des hypothèses, puisque ce sont des maladies où plusieurs causes peuvent entrer en ligne de compte, a-t-elle fait savoir.

En ce qui concerne le domaine de la santé, nous avons deux théories, mais il est possible que d’autres secteurs, notamment le milieu scolaire, aient aussi leurs idées à ce sujet.»

D’abord, elle remarque que les jeunes délaissent de plus en plus le condom. «Ce sont des infections qui ne donnent pas de symptôme, donc les gens oublient peut-être de mettre des condoms lors de leurs relations sexuelles. Puis, le traitement pour guérir une ITS est simple alors ils se disent : “Si je l’attrape, je prends une pilule et j’en suis guéri”», a expliqué la docteure lors d’une entrevue téléphonique avec L’Express.

«Dans les années 1990, les gens avaient très peur du VIH/sida qui avait été découvert dans la décennie précédente. On en entendait beaucoup parler et on mettait le condom pour l’éviter, mais ce n’est plus une maladie que l’on craint autant», a-t-elle ajouté pour expliquer pourquoi les gens délaissent le condom.

Dans un deuxième temps, Linda Milette est d’avis que l’augmentation du nombre de dépistages fait en sorte que plus de cas se retrouvent dans les statistiques.

«Peut-être qu’il y avait beaucoup de cas aussi avant, mais on ne les dépistait pas autant qu’aujourd’hui. Le test de dépistage est rendu très simple, rapide et sans douleur», a partagé Mme Milette.

Selon elle, ce sont deux hypothèses qui ne vont pas nécessairement dans le même sens, mais elle croit «qu’il y a un peu de vrai dans chacune d’elles».

Les conséquences d’une ITS non traitée sont graves, la majorité des cas évoluent vers des complications telles que l’infertilité, des douleurs chroniques au bas du ventre, des grossesses ectopiques, des infections de la prostate ou même des testicules.

Le CIUSSS MCQ proactif

«Comme médecin de santé publique, je souhaite vraiment qu’il n’y ait plus aucun cas d’ITS parce qu’ils sont évitables», est d’avis Linda Milette.

Puisque les ITS non traitées peuvent s’avérer lourdes de conséquences, le CIUSSS MCQ a mis sur pieds plusieurs solutions. Entre autres, le centre de service se rend dans les milieux où l’on retrouve des gens plus vulnérables, tel que les milieux de prostitution.

«On offre le dépistage sur place. C’est important d’aller vers ces gens qui autrement ne fréquenteraient pas nécessairement le système de santé», a souligné Mme Milette.

Le CIUSSS MCQ se déplace également dans les cégeps et les universités pour offrir des journées de dépistage et a mis sur pied le site web soispasbete.ca qui géolocalise les distributrices de condoms dans les établissements scolaires ainsi que les centres locaux de services communautaires (CLSC) qui offrent le dépistage.

Enfin, Linda Milette se réjouit que les cours d’éducation à la sexualité soient de retour dans les milieux scolaires. «C’est certain que nous sommes contents que les cours d’éducation sexuelle soient revenus. Chaque fois que nous améliorons les connaissances et que nous faisons de la sensibilisation, c’est positif», a-t-elle conclu.

Partager cet article