Reconsidérer le projet de règlement sur l’enseignement à la maison (Tribune libre)

Reconsidérer le projet de règlement sur l’enseignement à la maison (Tribune libre)
Lettre aux lecteurs (Photo : Illustration, L'Express)

(NDLR : lettre d’un lecteur envoyée au ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur Jean-François Roberge)

Monsieur le ministre,

Nous éduquons consciencieusement nos enfants à la maison, dans le respect du règlement actuel. Nos enfants seront des citoyens exemplaires qui contribueront à la société québécoise de demain. Loin d’être un phénomène marginal de repli, l’école-maison est une option d’avenir en progression dans le monde entier. Elle vient complémenter l’offre éducative, avec le modèle scolaire auquel nous sommes habitués.

Nous ne faisons pas partie du problème soulevé dans les médias, c’est-à-dire, celui des écoles dites clandestines. Or, selon nous, le projet de révision du règlement déposé le 27 mars 2019 dépasse largement le problème évoqué et porte atteinte au droit de tous les enfants québécois d’être éduqués par leurs parents et de tous les parents québécois d’éduquer leurs enfants. Toujours selon nous, il est au contraire dans l’intérêt de la société québécoise, à moyen et long terme, de protéger et préserver ce droit des enfants et des parents, de prévenir toute usurpation prévisible de celui-ci et de garder intacte, pour toutes les Québécoises et tous les Québécois, l’option de l’école-maison, même pour celles et ceux qui choisissent de ne pas s’en prévaloir.

C’est pourquoi nous vous demandons de considérer revoir le projet de règlement et de le modifier en retirant de celui-ci les notions de suivi des cycles, d’épreuves ministérielles fondées sur ces cycles et d’équivalence des cours/programmes. En effet, celles-ci renversent complètement l’esprit de l’école-maison, comme nos représentants vous l’expliqueront en détail, placent un fardeau indu sur les enfants et leurs parents et abolissent l’avantage offert par l’école-maison pour celles et ceux qui choisissent de s’en prévaloir. Ces notions nous enlèvent la souplesse nécessaire quant à la forme et au contenu dont nous avons besoin pour faire de l’école-maison une expérience éducative riche et diversifiée. Nous offrons une expérience éducative équivalente dans son ensemble, et non pas une scolarisation équivalente étape par étape, ce qui serait reproduire l’expérience de l’école.

Si une application rigoureuse et soutenue du règlement actuel ne suffit pas pour freiner le problème – très marginal – d’écoles dites clandestines exprimant une négligence éducative volontaire et soutenue de la part de parents, plutôt que de pénaliser tous les enfants et parents du Québec en insérant les notions susmentionnées dans le règlement, renforcez plutôt celui-ci comme suit : « Pendant les périodes de scolarisation normales, l’enfant éduqué à domicile doit être en tout temps éduqué par son parent ou tuteur légal, et non pas être confié à une tierce partie. Sont exclus de cette définition les besoins ponctuels et récurrents sous supervision parentale qui viennent augmenter l’expérience éducative à domicile; ceux-ci sont l’exception, et non la norme. » Ainsi, d’autres solutions sont possibles, qui donneront à vos fonctionnaires et délégués tous les outils nécessaires pour faire leur travail, sans toutefois sacrifier nos droits et libertés.

Nous vous remercions de votre considération. Monsieur le ministre, nous souhaitons que la défense assidue de nos droits et libertés soit la marque d’honneur de votre gouvernement, pour toutes les Québécoises et les Québécois, ceux d’aujourd’hui comme ceux de demain.

Veuillez agréer, Monsieur le ministre, mes salutations distinguées.

Alexandre Grondin, parent-éducateur

 

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