Compensation gouvernementale : elle anticipe le délaissement du secteur caprin

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Par Frederic Marcoux
Compensation gouvernementale : elle anticipe le délaissement du secteur caprin
Maude Caron. (Photo : Photo : Frédéric Marcoux)

AGRICULTURE. Ayant appris dans les médias que les producteurs caprins canadiens pourraient être exclus du programme fédéral de compensation découlant de deux ententes de libre-échange, l’agricultrice Maude Caron avoue être déçue, mais elle n’est «pas surprise de la situation».

Le journal La Terre de chez nous révélait récemment que le gouvernement n’avait pas encore déterminé quels producteurs pourront profiter des programmes de compensation qui suivront l’Accord Canada—États-Unis—Mexique (ACEUM) et du Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) et que les producteurs caprins pourraient donc être exclus.

«Je ne suis pas surprise. À l’époque, on n’avait pas été inclus dans le programme d’investissement pour les fermes laitières, car le gouvernement disait qu’on n’était pas touchés par l’Accord entre le Canada et l’Europe. Présentement, les Américains sont moins présents dans les fromages fins, mais c’est sûr qu’on va être affectés par le dumping américain», soutient Maude Caron, une éleveuse de plus de 800 chèvres à Notre-Dame-du-Bon-Conseil.

Maude Caron.

Elle déplore que le faible nombre d’éleveurs caprins québécois semble motiver les élus à «faire du déni» à leur endroit. Le Syndicat des producteurs de chèvres du Québec (SPCQ) regroupe d’ailleurs près de 70 producteurs de lait de chèvre pour l’ensemble du Québec, dont 30 éleveurs situés dans la région du Centre-du-Québec.

Prise de conscience

L’agricultrice âgée de 34 ans admet cependant que son plus grand souhait n’est pas de recevoir de compensations gouvernementales. Celles-ci, souvent offertes aux agriculteurs sous forme de soutien à l’investissement dans le passé, gonflent le problème d’endettement de plusieurs agriculteurs, a-t-elle constaté lors des dernières années. Maude Caron espère que la population réalisera que le coût élevé des aliments canadiens n’est pas causé strictement par les éleveurs, mais aussi par des décisions sociales qui transcendent l’agriculture.

«On est obligés de respecter des plans environnementaux et la paperasse qu’on doit faire, c’est épouvantable! Les Américains n’ont pas à faire tout ça pour l’environnement. Pour cet aspect, on dépense beaucoup d’argent. On devrait aussi nous permettre d’avoir accès à des médicaments homologués pour les chèvres que les Européens ont pour les aider qu’on ne peut pas avoir ici. On ne lutte pas à armes égales avec les producteurs des autres pays», affirme Maude Caron.

À cet effet, la principale intéressée ne cache pas son désir de voir un meilleur étiquetage des produits québécois sur les tablettes des épiceries, et ce,  pour faciliter la tâche des consommateurs.

Par ailleurs, Agropur n’a toujours pas confirmé sa volonté de se réapprovisionner de lait de chèvre de la Belle province, après le 30 avril prochain. Rappelons que la coopérative représente près de 30% du marché des producteurs caprins québécois. Même si elle se dit préoccupée par la situation, Maude Caron garde espoir. Elle aimerait toutefois voir les élus en faire davantage.

Un chevreau âgé de quelques semaines.

«Le ministre André Lamontagne semblait sensible à notre dossier, mais on n’a pas de nouvelle», soupire-t-elle.

Tout juste après avoir été nommé ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Pêcheries (MAPAQ), André Lamontagne avait réitéré son appui aux producteurs caprins du Québec.

Guide alimentaire : «on est devenu la risée de la population»

Au sujet du nouveau Guide alimentaire canadien, Maude Caron juge qu’il est «dommageable» pour les producteurs. À ses yeux, le lait est relégué aux oubliettes.

«Tout ce qui est production animale est présentement mis de côté, estime-t-elle. Il y a des gagnants, comme les producteurs maraîchers, mais ce n’est pas le cas en ce qui a trait au lait et à la viande. On est devenu la risée de la population, parce que le véganisme prend de l’ampleur. Ça paraît aussi en politique. On est relégués très loin dans les priorités.»

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