«C’est un soulagement d’être enfin ici» —Fany, réfugiée camerounaise

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Par Erika Aubin
«C’est un soulagement d’être enfin ici» —Fany, réfugiée camerounaise
Les trois familles réfugiées sont heureuses d’être au Canada. (Photo : Ghyslain Bergeron)

RÉFUGIÉS. Drummondville a ouvert ses bras à trois familles monoparentales africaines qui ont chacune fui leur pays parce qu’elles craignaient pour leur vie. Obtenir le statut de réfugié est un long processus, rempli d’embûches, mais qui leur permettra maintenant de reprendre leur souffle. 

Fany, Diallo, Estelle et leurs enfants sont arrivés en terre canadienne ce lundi, complètement déboussolés, mais grandement attendus par le ministère de l’Immigration, Diversité et Inclusion du Québec.

Les trois courageuses mères de famille ont toutes pris la fuite de leur pays d’origine vers le Maroc, un pays d’asile, il y a plus de 5 ans dans l’espoir de retrouver une vie sécuritaire pour elles et leurs enfants.

Arrivées là-bas, elles ont obtenu un statut de réfugié grâce au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui a pour but de défendre les droits et la sécurité des réfugiés et des demandeurs d’asile.

Fuir pour sauver sa vie

Fany habitait le Maroc depuis près de 10 ans, mais avant cela, elle vivait au Cameroun. «J’étais souvent persécutée au Cameroun. Je devais accepter quelque chose que je ne voulais pas. Puis, on m’a fait des menaces de mort alors j’ai décidé de fuir pour sauver ma vie et celles de mes deux garçons», a-t-elle relaté lors d’une entrevue avec L’Express dans l’appartement du Regroupement interculturel de Drummondville (RID). Elle a sauté à bord d’une caravane clandestine jusqu’à sa nouvelle terre d’accueil.

Quant à Diallo, elle a fui son mari qui lui faisait vivre l’horreur quotidiennement. «Moi aussi j’ai quitté la Guinée dans une voiture clandestine. On m’a obligée à me marier quand j’avais 13 ou 14 ans. Je suis partie après un an, car je vivais beaucoup de souffrance. J’étais enceinte. Je suis restée environ 6 ans au Maroc, mais il y avait beaucoup d’agressions là-bas», a-t-elle rapporté dans un français convenable.

Estelle s’est elle aussi sauvée de son mari violent. «J’habitais en Côte d’Ivoire et je vivais de la maltraitance dans le foyer de mon mari. Une amie m’a parlé du Maroc. Ce pays pouvait m’offrir une sécurité. J’ai pris un transport clandestin avec mes deux enfants», a-t-elle raconté, légèrement craintive de s’ouvrir sur son passé.

Les trois femmes vivent toujours dans la peur d’être retrouvées par leur famille ou leur mari, puisqu’elles sont parties illégalement.

Si elles ont choisi de finalement immigrer au Canada, c’est évidemment pour la sécurité et les droits humanitaires que le pays garantit. «Ici, il y a du travail, une sécurité et un avenir pour nos enfants», a lancé Fany.

«Elles ont quitté leur pays parce qu’elles se sentaient en danger. Tout le mouvement des migrants qu’on voit dans le monde, lorsqu’ils fuient pour sauver leur vie, fonctionne de cette façon. Il y a de l’insécurité dans plusieurs pays d’Afrique et nous en avons ici des exemples évidents», a expliqué Fouzia Benelhadj-Djelloul, agente de liaison au RID.

Repartir à zéro

Présentement, les trois nouvelles familles drummondvilloises résident dans les appartements mis à leur disposition par le RID. L’organisme les parrainera pendant plusieurs années afin de faciliter leur intégration.

«La première semaine suivant leur arrivée est très mouvementée. Le RID les accompagne pour obtenir un numéro d’assurance sociale, une carte d’assurance maladie et un appartement», a ajouté Mme Benelhadj-Djelloul.

Selon ses informations, Drummondville accueillera, pour l’année 2018, 94 réfugiés. D’ailleurs, ce vendredi, une femme monoparentale arrivera au RID avec ses sept enfants.

Questionnées à savoir quels sont les défis qu’elles anticipaient, Fany, Diallo et Estelle se sont plutôt montrées confiantes face à leur avenir.

«Nous avons vécu des déceptions avant d’arriver au Canada. C’est un soulagement pour nous d’être enfin ici. Nous serons bien et en sécurité», a lancé joyeusement Fany pendant que les deux autres femmes à ses côtés approuvaient ses paroles.

Le RID, un organisme indispensable pour ces immigrants

Le RID accompagne tous les immigrants qui arrivent à Drummondville et plus particulièrement lorsqu’il s’agit de familles réfugiées. «Pendant une semaine, le gouvernement nous soutient financièrement pour loger et nourrir les familles. Donc, nous devons leur trouver un logement en sept jours. Après, notre rôle est de les aider dans leur vie quotidienne et faire en sorte que leur intégration se passe bien», a expliqué Normand Bernier, directeur général du RID. Ce sont de grands défis qui attendent les intervenants, car parfois, ils doivent commencer par leur expliquer comment fonctionne une salle de bain.

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