L’aide médicale à mourir : une loi incomprise

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Par Erika Aubin
L’aide médicale à mourir : une loi incomprise
La loi sur l’aide médicale à mourir est en vigueur depuis décembre 2015. (Photo : Deposit)

FIN DE VIE. Manon Gardner, qui était atteinte de sclérose en plaques progressive, a décidé de mettre fin à ses jours en cessant à de s’alimenter et de s’hydrater. Elle a pris cette décision, car privée de sa mobilité et de son autonomie, elle souffrait. En lisant cette histoire, une question se pose : n’aurait-il pas eu un moyen pour qu’elle puisse partir en douceur, sans endurer davantage de misère ?

En 2015, la loi sur l’aide médicale à mourir (AMM) a été adoptée au Québec. Depuis, ce sont environ 755 personnes qui y ont eu recours. Pourtant, trois ans plus tard, les conditions d’éligibilité restent encore incomprises, voire méconnues, par le public et les médecins.

«Plusieurs patients se font dire par leur médecin qu’ils n’ont pas droit à l’AMM, car ils ne sont pas atteints d’un cancer incurable. Dans les faits, les critères sont beaucoup plus larges. Il faut que la bonne information circule auprès du public», a informé au bout du fil Claude Rivard, médecin pratiquant dans la région de Montréal.

Selon lui, Manon Gardner aurait eu droit à l’AMM puisqu’elle était atteinte d’une maladie incurable et que son état et sa mobilité se dégradaient à vue d’œil. Bientôt, elle aurait été alitée avec les complications qui en découlent.

Depuis l’entrée en vigueur de la loi, la Maison René-Verrier donne l’accès à l’AMM. «Ce qu’il faut comprendre, pour qu’un patient soit admissible, celui-ci doit avoir reçu un diagnostic de fin de vie. Tous ceux qui séjournent à la Maison René-Verrier ont d’emblée ce pronostic. Jamais, nous allons proposer l’AMM : le patient doit lui-même en faire la demande», a expliqué Marie-Julie Tschiember, directrice générale de l’institution.

Cette dernière n’a pas voulu commenter le cas de Manon Gardner. «Je ne sais pas si elle avait pu avoir à l’AMM. Je n’ai pas vu son dossier et je ne suis pas médecin», a-t-elle émis. Par contre, la directrice générale a insisté sur le fait qu’une personne doit être en fin de vie pour y avoir droit.

Comment définir la «fin de vie» ?

«Une dame m’a déjà rapporté que selon son rhumatologue, elle n’était pas éligible à l’AMM. Si le spécialiste considère juste son petit bout de maladie, c’est vrai qu’elle ne correspond pas aux critères. Mais elle est âgée de 96 ans, en perte d’autonomie, aveugle et elle a des conditions pulmonaires et cardiaques. Il faut voir le patient dans sa globalité. Être en “fin de vie”, ça ne veut pas dire que l’on va mourir dans quelques jours. Ça peut être dans six mois, voire un an», a expliqué M. Rivard.

«Tous les patients que j’ai rencontrés et qui ont demandé l’AMM savaient ce qui les attendaient : l’agonie. Ils étaient dans une situation qui dégénérait et ils ont préféré mettre fin à leur souffrance», a-t-il soutenu.

Celui qui travaille à démystifier la loi aimerait offrir une formation en ligne sur l’AMM. «Les médecins pourraient ainsi comprendre que la loi est beaucoup plus large, au niveau de l’interprétation, que ce qu’on pense», a conclu Claude Rivard.

Selon le praticien, il y a encore un malaise à parler de la mort à cause de notre héritage religieux. Il est tout de même sûr que les mentalités changeront dans les prochaines années. D’ailleurs, les demandes d’AMM ont «explosé» depuis trois ans.

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