Un ex-itinérant se raconte  

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Par Erika Aubin
Un ex-itinérant se raconte  
(Photo : Gracieuseté de La Piaule)

ITINÉRANCE. Pendant deux ans, David Lemaire a vécu en errant dans les rues et en ne sachant pas sous quel toit il allait dormir la nuit venue. Celui qui a repris sa vie en main, en commençant par fréquenter l’école La Rue’L, a maintenant des projets pour son avenir.

À 20 ans, David Lemaire s’est retrouvé sans logement et consommait tout ce qu’il trouvait dans la rue, en particulier de la méthamphétamine et de l’ectasie. «En premier, je me suis fait enlever ma fille, qui avait 8 mois, à cause d’une histoire de violence conjugale. J’ai pété les plombs un soir et je me suis mis à frapper partout dans l’appartement. Le DPJ (Directeur de la protection de la jeunesse) s’en est mêlé», raconte M. Lemaire.

À la suite de cet événement, il devait aller, au moins deux fois par semaine, à des rendez-vous avec le DPJ. «Évidemment, j’ai perdu ma job. Aucun employeur ne peut supporter ça. Je me suis fait enlever la garde de ma fille et à partir de ce moment-là, ça a vraiment dégénéré. J’ai perdu mon logement et mon permis d’auto assez rapidement parce que je n’avais plus d’argent pour payer. Je préférais consommer avant tout», se remémore-t-il.

Pendant deux années, David Lemaire ne savait pas où il allait dormir la nuit prochaine. Parfois, c’était dans les rues; d’autres fois il s’endormait sur le sofa de ses amis après une soirée passée à consommer.

«J’avais un sac à dos et je me débrouillais avec ça. Je consommais beaucoup de pot et de speed, bref ce qui ne coûtait pas cher», explique-t-il.

Un soir, son revendeur de drogue est arrivé lui porter sa commande et il avait avec lui un chien très maigre. «Je lui ai demandé ce que son chien avait et il m’a répondu qu’il sortait de prison et que personne n’avait pu prendre soin de son animal. Après une engueulade, il est reparti sans chien et c’est moi qui ai gardé Mia», raconte-t-il.

Il s’est un peu retrouvé à la rue pour cette raison. Les gens avaient peur du pitbull et ne voulaient pas les héberger. «Je vivais beaucoup dans le bois derrière l’école Poudrière. Il y a des ruines, donc ça me protégeait du froid et je me faisais des feux la nuit. Personne ne m’achalait là-bas», ajoute l’ancien sans-abri.

Depuis un moment, David Lemaire avait l’idée de retourner à l’école, mais puisqu’il ne recevait pas de chèque d’aide sociale, il ne pouvait pas s’inscrire à l’école des adultes Sainte-Thérèse.

Reprendre sa vie en main

«Je connaissais déjà l’organisme La Piaule ainsi que tous les travailleurs de rue. L’école La Rue’L, un service de La Piaule, a accepté que j’amène mon chien en classe, car je n’avais pas d’endroit où le laisser. Puis, dans les mêmes moments, j’ai rencontré une ancienne belle-mère qui m’a offert un toit gratuitement. Je ne sais pas où j’en serais sans son aide», dit-il.

«J’avoue avoir été difficile avec les enseignants de La Rue’L. J’arrivais aux cours complètement drogué et soul. Parfois, ça faisait trois jours que je n’avais pas dormi. Ils m’ont toujours supporté», admet celui qui a maintenant un diplôme d’études professionnelles en mécanique agricole.

Depuis qu’il a repris le contrôle de sa vie, David Lemaire habite à Québec et travaille comme livreur de nourriture pour animaux. Prochainement, il souhaite passer un examen afin d’avoir son permis de conducteur de véhicules lourds.

«Est-ce que tu consommes encore ?», lui a demandé la journaliste de L’Express. «Je suis alcoolique et ça, tu l’es pour toujours. Je fume aussi du pot, environ deux fois par semaine», a répondu celui qui a aujourd’hui 34 ans. Il entretient aussi une bonne relation avec sa jeune fille et il va la voir le plus souvent possible dans la région de Drummondville.

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