Un tabou qui a la vie dure

Un tabou qui a la vie dure

La vie sexuelle des personnes ayant une déficience intellectuelle demeure un sujet encore tabou.

Quatre femmes sur cinq et un homme sur trois souffrant d’une déficience intellectuelle seront victimes d’une agression sexuelle au cours de leur vie. Dans 90% des cas, ils connaissent l’agresseur. Or, le silence entourant cette réalité reflète un tabou qui perdure.

Au Centre communautaire Drummondville-Sud, vendredi dernier, une cinquantaine d’intervenants se sont réunis dans le cadre de la journée thématique  «Quand je ne veux pas, je dis non» et à laquelle participaient d’éminents invités, venus les informer à cet effet et explorer avec eux différentes pistes de solutions. 

«On sait que les femmes handicapées vivent plus de violence et c’est encore plus vrai chez les femmes ayant une déficience intellectuelle. Et moi, ça m’interpelle personnellement, car j’ai une fille qui est trisomique», signale  Anik Larose, directrice générale de l’Association du Québec pour l’intégration sociale, partenaire dans l’organisation de cette journée.

Étude révélatrice

Germain Couture, chercheur à l’Institut universitaire en déficience intellectuelle et troubles du spectre de l’autiste du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec,  l’un des invités du jour, a mené une enquête dans le Centre-du-Québec en 2011 auprès de 21 victimes atteintes de déficience intellectuelle.

Il a découvert que 50% d’entre elles avaient subi des attouchements sexuels, 30 % s’étaient vues forcées de faire des fellations ou des cunnilingus et 20 % avaient été pénétrées. Près de la moitié de ces «agressions» s’étaient déroulées au domicile des victimes.

Défis éducatifs

L’AQUIS s’inquiète.  «Il est tellement important de lever le voile sur cette triste réalité de la violence et des abus vécus par les personnes ayant une déficience intellectuelle», soulève Mme Larose.

Selon cette dernière, les parents d’enfants déficients font face à de réels défis dans l’éducation. «Ces personnes (déficientes intellectuelles) sont très vulnérables. Elles n’ont pas une forte estime d’elles. Elles sont souvent rejetées, aussi quand quelqu’un leur porte une attention particulière, elles ne décodent pas l’intention derrière. Et parce qu’elles ont une déficience intellectuelle, elles ne sont pas crues si elles dénoncent.»

Il y aurait toutefois eu une amélioration notable au cours des dernières années, selon Jean Lauzière, du Centre de services en déficience intellectuelle et trouble du spectre de l’autisme. La mobilisation se fait désormais rapidement entre intervenants de tout milieu et les services publics. Après une dénonciation, le cas est vite étudié. En 48 heures, spécifie-t-il.

Mais pour dénoncer, encore faut-il que les personnes déficientes comprennent  la différence entre une manifestation affective acceptable et un comportement abusif non acceptable, clament certains.

Depuis juin, les parents de Drummondville ont la possibilité d’inscrire leur jeune ayant une déficience intellectuelle à ÉVAAS, un programme de deux ans proposant des rencontres régulières et exploratoires portant sur différentes thématiques autour de l’Éducation sur la vie Affective, Amoureuse et Sexuelle.

Ce programme implanté depuis 2001 dans la métropole et dans plusieurs régions était réclamé depuis longtemps par des parents de Drummondville. D’autres groupes pourraient s’ouvrir, dépendamment de la demande et de la disponibilité de l’équipe d’intervenants.