«Le hockey fait grandir, la maladie encore plus»

Justin Doucet accompagne sa mère dans son épreuve


Publié le 1 février 2017

La mère de Justin Doucet, Myriam Barriault, est sa principale source d'inspiration.

©Gracieuseté

HOCKEY. Du haut de ses 6'04'', fort de ses 234 livres, Justin Doucet a toujours joué les durs sur la surface glacée. Derrière ce voile de matamore se cache cependant un jeune homme de 19 ans au grand cœur. Il ne suffit que d'un bref échange verbal pour voir sa magnanimité.

Droit comme un chêne, empreint d'une grande maturité, Doucet admet lui-même ne pas toujours avoir été un enfant de cœur. Repêché en troisième ronde par les Voltigeurs de Drummondville en 2014, le colosse a souvent joué les cabotins en dehors de la surface glacée, le plaçant parfois dans des situations gênantes. La fatalité de la vie lui a fait subir un intense électrochoc.

Sa vie, et celle de sa famille, a basculé en avril 2015. Sa mère, Myriam, a reçu un diagnostic à fendre l'âme, celui d'une tumeur au cerveau devenue sans attendre un cancer incurable généralisé.

La rayonnante femme de 47 ans a toujours refusé d'abdiquer. La semaine prochaine, elle subira une intervention chirurgicale au cerveau. Justin Doucet délaissera les Tigres durant quelques jours pour l'accompagner, ce qu'il n'aurait possiblement pas pu faire s'il avait endossé les couleurs du Drakkar de Baie-Comeau en raison de l'éloignement géographique.

La maladie goûte à la médecine de sa mère, résiliente et farouche combattante. Jusqu'ici, elle a déjoué les pronostics. Il y a près de deux ans, son espérance de vie était estimée à neuf mois. «Et, dans les circonstances, elle va encore bien aujourd'hui», lance le hockeyeur.

Cette rude épreuve l'a fait grandir d'un seul coup. D'adolescent un tantinet immature, il est devenu un homme beaucoup plus responsable. S'il accepte de s'ouvrir aujourd'hui, c'est surtout pour sensibiliser les gens vivant une épreuve semblable. «J'ai d'abord appelé ma mère pour savoir si elle voulait qu'on en parle. Après tout, c'est d'abord et avant tout son épreuve. C'est elle qui doit vivre avec cela tous les jours. Je n'ai pas été surpris de la voir accepter. Elle est très généreuse. D'ailleurs, elle a toujours été engagée dans la communauté. Elle fait des conférences, participe à plusieurs groupes sociaux. Elle a toujours été active. La maladie touche bien des gens au Québec. Le message que je veux lancer, c'est qu'il ne faut pas abandonner et ne pas s'apitoyer sur son sort. Il faut foncer. Il faut être là pour nos proches. Je veux aussi faire honneur à ma mère, qui nous montre qu'il faut être fort dans la vie. Elle avait le choix de se battre ou non. Elle a choisi de passer à l'attaque, en sachant qu'elle ne s'en sortirait peut-être pas. Ça met les choses en perspectives. Finalement, c'est juste du hockey, aussi passionnant que ça puisse être…», partage-t-il.

Doucet ne joue pas à l'autruche. Cette épreuve n'a pas été de tout repos pour sa famille. Il a même songé cesser le hockey pour être plus près de sa mère.

«Mais si j'avais lâché le hockey, ça aurait été contraire aux valeurs qu'elle m'a inculquées. Pour ma mère, c'est important que je vive mes passions, que je continue d'avancer et que je réalise mes rêves. C'est ça qui la rend fière», souligne l'attaquant.

Myriam Barriault et Justin Doucet
Gracieuseté

Le hasard a bien fait les choses, malgré tout. Lorsqu'il a appris la maladie de sa mère, il évoluait pour les Voltigeurs. Louis Robitaille, actuel entraîneur-chef des Tigres, secondait, à l'époque, Martin Raymond derrière le banc drummondvillois.

«J'ai frappé un mur. Louis m'a épaulé. J'ai dû prendre du recul. C'était très difficile. L'échange à Baie-Comeau m'a forcé à prendre une grosse décision. Aujourd'hui, je réalise que j'ai fait le bon choix en me joignant au Drakkar. Sans cela, je ne serais pas un Tigre aujourd'hui. Je ne serais pas sur le point de terminer mon Cégep en administration non plus. Je ne serais pas là à profiter de la vie et à tenter de réaliser mes rêves, entre autres, au niveau professionnel, dans le milieu des affaires», a-t-il enchaîné.

La maladie a rapproché les siens. Elle l'a également rapproché de ses coéquipiers. En peu de temps, il a notamment tissé des liens avec Vincent Lanoue, dont Doucet vante la grande écoute. Pascal Laberge, qui a également vécu une rude épreuve la saison dernière, lui prête aussi main-forte.

«Le hockey fait grandir, la maladie encore plus. Ça resserre les liens familiaux. On apprend à s'adapter, puisque d'une journée à l'autre, ce n'est jamais la même chose… On vit au jour le jour. On apprécie davantage chaque moment», laisse-t-il tomber.

Au hockey, le drame ne se joue pas toujours sur la glace. Derrière les feintes, les buts, les mises en échec et les bagarres, on retrouve bien souvent une dose intense d'humanité. Les Tigres n'ont peut-être pas connu beaucoup de succès au cours de la dernière décennie, il est difficile de rester insensible à leur histoire. Dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, les Victoriavillois sont devenus l'équipe des grandes épreuves… Celle de Phillip Devos, celle de Pascal Laberge, celle de Patrick Villeneuve, celle de Daniel Fréchette et, maintenant, celle de la famille Doucet.

«J'ai toujours hâte de voir ma mère. Ça me rappelle que je suis avec les Tigres pour les bonnes raisons, que je ne perds pas mon temps. Elle aime le hockey. En fait, elle a toujours été une grande hockey mom», raconte-t-il. À savoir si elle aime voir fiston jeter les gants, lui qui est reconnu comme étant l'un des plus redoutables durs à cuire du circuit, Doucet rigole. «Ça, on est mieux de ne pas en parler. Elle n'aime pas que je me batte, c'est sûr. Heureusement, je donne plus de coups que je n'en reçois», conclut-il avec une touche d'humour.