Leurs demandes? D’abord une entente tripartite de financement sur 3 ans au lieu de devoir redemander leur financement année après année comme c’est le cas en ce moment, ce qui rend extrêmement difficile toute planification à long terme. Cette entente impliquerait l’Agence régionale, la TROC et la ministre elle-même. Ensuite une consolidation du financement des organismes communautaires et, enfin, une recherche-action visant à mesurer l’impact de l’action communautaire, notamment sur les services publics.
Alors s’il y a une faute, elle n’est pas sur les panneaux, mais dans la décision de la ministre d’opposer une fin de non-recevoir aux demandes des organismes, en les renvoyant à l’Agence de Santé.
Pourquoi est-ce une faute? On trouve au moins une partie de la réponse dans ces informations échangées lors d’une rencontre informelle des responsables d’organismes communautaires organisée par la Corporation de développement communautaire, Drummond (CDC), il y a à peine deux semaines.
Natalie Belletête, directrice du Comptoir alimentaire Drummond, mentionnait à ses collègues que, depuis le début de son année financière, les demandes d’aide alimentaire sont en hausse de 10 % à 18 % par rapport au même mois de l’année dernière. L’an dernier, déjà, le Comptoir avait fait face à une hausse de 7 % par rapport à l’année précédente. Cette année, elle prévoit une hausse de 10 %.
Additionnées sur les trois années, ces hausses deviennent énormes. Elle admet avoir reçu une aide financière spéciale de l’Agence Régionale de Santé et Services sociaux au cours des deux dernières années, mais il s’agit d’une subvention ponctuelle non récurrente. Il n’est même pas sûr que cette aide soit disponible pour l’année qui vient. La subvention annuelle du Programme de Soutien aux Organismes communautaires (PSOC), elle, n’a pas été bonifiée si ce n’est une indexation…
Lise Ledoux, directrice du Carrefour d’entraide Drummond ajoutait alors que l’an dernier (2009-2010) son organisme recevait une moyenne de 250 demandes de dépannage et de consultation budgétaire par mois. Actuellement, la moyenne est de 265. En novembre 2010 la demande a été de 396 dépannages et consultations. Une augmentation de 16 % par rapport au mois de novembre 2009.
Pour sa part, Guy Châteauneuf, directeur du Réseau d’aide le Tremplin, organisme en santé mentale, a vu sur trois ans une augmentation de 50 % des demandes en aide au logement autonome avec soutien. Il signale que cela veut dire aider et rencontrer 50 % plus de gens, mais que tout ce travail n’est appuyé par aucun financement gouvernemental supplémentaire. En fait, ce soutien aux personnes est financé localement, à même les dons recueillis par la Fondation le Tremplin. Cela est nettement insuffisant pour répondre à la demande, bien que le gouvernement ait reconnu depuis plus de 5 ans que le logement autonome avec soutien pour les personnes souffrant de problèmes de santé mentale est une «priorité».
Jean-Guy Moreau, directeur de l’APAME (Association des parents et amis du malade émotionnel) a enchaîné en signalant pour sa part avoir constaté une augmentation de 20 % de la demande de service depuis un an.
On voit que la situation est la même pour de nombreux organismes communautaires : quelle que soit la cause du phénomène, de plus en plus de gens ont besoin de leur aide, que ce soit pour des difficultés économiques, des problèmes de santé mentale ou d’autres malheurs.
Cependant, les ressources n’augmentent pas. Signalons que, au départ, 70 % des organismes ne reçoivent pas le montant prévu dans le cadre de financement minimal des organismes communautaires de l’Agence régionale, qui existe pourtant depuis 10 ans. Certes, le communautaire est connu pour sa capacité à faire des miracles avec peu, mais tout ce qui est humain a des limites. La ministre essaie-t-elle de tester les limites des travailleuses, des travailleurs et des bénévoles? Attend-t-on que l’élastique casse pour se réveiller?
Si c’est le cas, il faut se souvenir qu’au-delà des chiffres et des questions d’argent, ce sont des êtres humains en difficulté qui seront pénalisés par la rigidité de la ministre et de ses fonctionnaires.
Alors vraiment, où est la faute?
André Pelchat, agent de développement et de communication à la CDC Drummond