L’Annedda, l’arbre de paix

Publié le 1 mai 2012

À l’hiver 1536, une « Grosse maladie » (le scorbut) frappe cruellement l’équipage de Jacques Cartier. Des cent dix hommes cantonnés sur les rives de la rivière Sainte-Croix (aujourd’hui rivière Saint-Charles) à Stadaconé, vingt-cinq sont déjà décédés et le sort des survivants est pratiquement désespéré. Au hasard d’une promenade sur la glace, le capitaine rencontre Domagaya qui lui apprend comment, avec les feuilles et l’écorce d’un arbre, il s’en est lui-même guéri. En sa langue, cet arbre se nomme « annedda ». Un miracle, « un vrai et évident miracle » se produit ! En quelques jours, les moribonds recouvrent la santé; l’un des compagnons atteint de grosse vérole (syphilis) en aurait même été soulagé. Depuis près de cinq siècles, cette plante miraculeuse hante notre imaginaire québécois et se dérobe à l’investigation des chercheurs. Historiens, botanistes et ethnologues en débattent encore de nos jours.

Alors que Marie-Victorin opte pour l’épinette blanche (Picea glauca (Moench) Voss), l’ethnobotaniste Jacques Rousseau, en 1954, publie la première étude (L’annedda et l’arbre de vie) minutieusement documentée sur le sujet. Divers aspects sont pris en considération : linguistique, historique, folklorique… Au terme de son analyse, le thuya occidental (Thuja occidentalis L.), affublé du nom d’arbre de vie dès le XVIe siècle par les botanistes français, retient son attention. De nos jours, cette interprétation fait toujours autorité.

En 2009, M. Jacques Mathieu, historien spécialiste de la Nouvelle-France, reprend le bâton de pèlerin et avance une nouvelle hypothèse : le sapin baumier (Abies balsamea L.Mill.) reçoit le titre prestigieux d’annedda. Intitulé L’annedda, l’arbre de vie, l’ouvrage connaît un succès retentissant et suscite un vif intérêt pour cette fabuleuse histoire qui célèbre la rencontre de deux peuples.

Le débat ne faisait cependant que commencer. En mars dernier, la Société d’histoire forestière du Québec (http://shfq.ca/) publie un numéro spécial dont la thématique est La Nation huronne-wendat et la forêt. Sous la plume de Berthier Plante, le thuya occidental (communément appelé cèdre) y tient toujours un rôle, mais le pin blanc se taille une place honorable au soleil. Quel est donc ce mystérieux conifère que Jacques Cartier rapporta en France et qui fut introduit au Jardin de Fontainebleau ? Les paris sont ouverts, la lecture des documents cités qui prend la forme d’une saga historique peut s’avérer passionnante. Participer à la résolution de cette énigme, c’est faire acte de mémoire et reconnaître la richesse de notre patrimoine historique.

L’Annedda, l’arbre de paix

Publié le 1 mai 2012

À l’hiver 1536, une « Grosse maladie » (le scorbut) frappe cruellement l’équipage de Jacques Cartier. Des cent dix hommes cantonnés sur les rives de la rivière Sainte-Croix (aujourd’hui rivière Saint-Charles) à Stadaconé, vingt-cinq sont déjà décédés et le sort des survivants est pratiquement désespéré. Au hasard d’une promenade sur la glace, le capitaine rencontre Domagaya qui lui apprend comment, avec les feuilles et l’écorce d’un arbre, il s’en est lui-même guéri. En sa langue, cet arbre se nomme « annedda ». Un miracle, « un vrai et évident miracle » se produit ! En quelques jours, les moribonds recouvrent la santé; l’un des compagnons atteint de grosse vérole (syphilis) en aurait même été soulagé. Depuis près de cinq siècles, cette plante miraculeuse hante notre imaginaire québécois et se dérobe à l’investigation des chercheurs. Historiens, botanistes et ethnologues en débattent encore de nos jours.

Alors que Marie-Victorin opte pour l’épinette blanche (Picea glauca (Moench) Voss), l’ethnobotaniste Jacques Rousseau, en 1954, publie la première étude (L’annedda et l’arbre de vie) minutieusement documentée sur le sujet. Divers aspects sont pris en considération : linguistique, historique, folklorique… Au terme de son analyse, le thuya occidental (Thuja occidentalis L.), affublé du nom d’arbre de vie dès le XVIe siècle par les botanistes français, retient son attention. De nos jours, cette interprétation fait toujours autorité.

En 2009, M. Jacques Mathieu, historien spécialiste de la Nouvelle-France, reprend le bâton de pèlerin et avance une nouvelle hypothèse : le sapin baumier (Abies balsamea L.Mill.) reçoit le titre prestigieux d’annedda. Intitulé L’annedda, l’arbre de vie, l’ouvrage connaît un succès retentissant et suscite un vif intérêt pour cette fabuleuse histoire qui célèbre la rencontre de deux peuples.

Le débat ne faisait cependant que commencer. En mars dernier, la Société d’histoire forestière du Québec (http://shfq.ca/) publie un numéro spécial dont la thématique est La Nation huronne-wendat et la forêt. Sous la plume de Berthier Plante, le thuya occidental (communément appelé cèdre) y tient toujours un rôle, mais le pin blanc se taille une place honorable au soleil. Quel est donc ce mystérieux conifère que Jacques Cartier rapporta en France et qui fut introduit au Jardin de Fontainebleau ? Les paris sont ouverts, la lecture des documents cités qui prend la forme d’une saga historique peut s’avérer passionnante. Participer à la résolution de cette énigme, c’est faire acte de mémoire et reconnaître la richesse de notre patrimoine historique.

0 Comment(s)

Sign in or Create a profile to write a comment