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L'Express debout face à l'intimidation


Publié le 11 avril 2017

COMMENTAIRE. L'appel est entré vers les 8 h 18, le 7 avril. J'étais au volant. On m'annonçait qu'un colis suspect avait été déposé devant la porte du journal et qu'une opération policière était en cours. L'enquête permettra certainement d'identifier le responsable et ses réelles motivations d'ici quelques jours, mais d'ici là, une réalité me trouble et trouble mes collègues : la multiplication des messages haineux sur les réseaux sociaux.

L'alerte à la bombe du journal L'Express Drummondville, le 7 avril dernier.
TC Media - Archives Ghyslain Bergeron

L'Express est présent dans la communauté depuis 1973. Au fil de ces ans, d'innombrables textes ont été publiés toujours dans l'unique but d'informer nos lecteurs. Bien que nous couvrons l'actualité dans un sens large, nous ne faisons pas toujours dans la dentelle. Notamment, nous rapportons des histoires que nous entendons au palais de justice. Et on s'entend, dans ce type de couverture, ce ne sont généralement pas des anges qui défraient les manchettes.

Si les réseaux sociaux facilitent les contacts, ils ouvrent aussi la porte toute grande aux jugements éclairs et sans fondements

Il y a quelques années à peine, lorsqu'un citoyen était vexé par un article, le téléphone sonnait au pupitre et il était souvent possible de terminer l'échange d'une façon correcte avec une petite explication. Les choses ne sont plus les mêmes maintenant. Téléphone intelligent en main, sous le coup de l'émotion, les gens nous rejoignent en quelques secondes sur les réseaux sociaux et nous menacent, parfois en privé, parfois sur la page du journal, parfois même sur d'autres pages.

Le danger des médias sociaux est qu'un commentaire, même anodin, en entraîne d'autres. Des gens qui croient tout savoir à la lecture d'un titre ajoutent un grain de sel et ce grain devient ensuite un morceau de béton que tout le monde croit. Mais sans analyse.

Une journaliste de L'Express, fraîchement diplômée et grandement talentueuse, a reçu en l'espace de quelques mois une vingtaine de messages haineux de lecteurs lui recommandant expressément de changer de carrière. Facile de démolir une personne sur les médias sociaux… C'est pourtant ce qui se passe ici et dans d'autres entreprises de presse.

La semaine dernière, un photographe de presse oeuvrant pour une autre entreprise s'est fait voler son appareil-photo au palais de justice. Le Journal de Montréal a d'ailleurs publié un article sur le sujet. Sur les médias sociaux, il y en a eu de toutes les couleurs. Une internaute a même accusé L'Express. Toujours sans analyse. Gratuitement.

Si les réseaux sociaux facilitent les contacts, ils ouvrent aussi la porte toute grande aux jugements éclairs et sans fondements.

Pour une raison qui nous échappe, l'appareil-photo de ce photographe s'est retrouvé dans une boîte, vendredi matin, devant la porte d'entrée du journal. Sur la boîte, le mot «explosif» y était noté et c'est ce qui a causé l'émoi et qui a obligé les policiers à ériger un large périmètre de sécurité sur la rue Cormier.

Il y a deux semaines, nous avons reçu des menaces (au téléphone celles-là) d'un homme qui n'avait pas apprécié se voir dans un article de journal. Il a dit : «Je reçois plein de commentaires sur mon Facebook et je n'aime pas ça. Je veux que ça arrête…». Encore les médias sociaux.  Trop facile de joindre les gens, d'écrire sans réfléchir des commentaires blessants, haineux et discriminatoires lesquels entraînent une escalade de la violence.

Qui a eu l'idée de faire peur à L'Express? Qui a déposé l'appareil-photo du photographe compétiteur devant le journal? L'enquête le dira, mais il ne fait nul doute qu'une personne a souffert fort probablement des commentaires gratuits sur les médias sociaux ou a tout simplement manqué de jugement en passant de son clavier… au pas de notre porte.