Le milieu de la mode québécoise en pleine évolution

MODE. Le milieu de la mode a bien changé au cours des dernières années. Maintenant entrepreneure, Marie-Claude Garneau en a vu de toutes les couleurs.

La passionnée, qui a résidé à Drummondville pendant plus de dix ans et qui habite maintenant près de Thetford Mines, fabrique des vêtements à partir de tissus recyclés, qu’elle va généralement chercher dans les usines. Robes, jupes, foulards, tout y passe.

Avant de lancer son entreprise en 2012, elle a revêtu plusieurs chapeaux : vendeuse, couturière, patronniste, designer…

Diplômée au début des années 2000 en conception et technique vestimentaire à Sherbrooke, Marie-Claude Garneau a vu le monde de la mode québécoise se transformer considérablement. «Quand j’ai commencé dans le milieu, beaucoup de vêtements étaient encore faits au Canada. Petit à petit, les entreprises ont délocalisé leur production vers l’Asie», raconte-t-elle.

Elle a même été témoin de techniques plus ou moins honnêtes… «Les compagnies allaient dans les défilés des grandes marques américaines et copiaient le logo, à quelques détails près, remplaçaient l’étiquette et mettaient leur propre nom. On m’a aussi déjà demandé de couper les étiquettes d’un chandail fait en Chine et de la remplacer par une affirmant que le chandail avait été fabriqué au Canada, explique-t-elle avec un petit rire. On les vendait le même prix. Ça n’a aucun sens.»

Gracieuseté

Si elle voit encore ce genre de pratiques, c’est beaucoup plus rare aujourd’hui qu’il y a quinze ans. «Les compagnies québécoises qui restent se sont spécialisées et innovent. Ils s’inspirent des tendances, mais ne copieront pas. Ils conservent l’étiquette des vêtements originaux, et ils vont spécifier si le mor

ceau a été cousu à l’étranger», explique la professionnelle.

Elle précise qu’il existe une plus grande sensibilité à cet égard chez les jeunes consommateurs.

«Au lieu d’acheter un vêtement dans un magasin et que trois semaines après, il n’est plus à la mode, les gens vont acheter des morceaux de qualité plus classiques pour les avoir longtemps», estime Marie-Claude Garneau. D’après elle, c’est une tendance durable qui donne une place de choix aux artisans d’ici.

«Les gens posent énormément de questions. On me demande d’où je viens, avec quels matériaux sont fabriqués mes produits, et lorsque j’organise des portes ouvertes quelques fois par an, mon atelier est plein de curieux», rigole la créatrice.

Moins de couturières

La créative entrepreneure a été à l’emploi de Créations Morin, une entreprise de Drummondville spécialisée dans la production de housses de protection, pendant 12 ans.

«En l’espace de dix ans, nous sommes passés d’une centaine de couturières à cinq», dévoile Mme Garneau. Elle a même dû partir à quelques reprises en Asie, afin de superviser la fabrication des produits. Une employée a finalement été assignée uniquement à cette tâche, au fil du temps.

Photo gracieuseté

Maintenant, de l’avis de Marie-Claude Garneau, un espèce de retour aux sources s’opère. Nombreuses sont les compagnies qui rapatrient leur production au Canada.

«La qualité n’est pas la même, c’est certain. Certaines entreprises ont eu des difficultés financières à cause de ça. Je pense que les créateurs de mode aussi se conscientisent de plus en plus sur cet aspect, et tiennent à confectionner des vêtements de qualité.»

Aujourd’hui, les emplois de couturiers sont souvent occupés par des nouveaux arrivants, qui n’ont pas peur de la mauvaise réputation du métier. Marie-Claude Garneau a d’ailleurs donné un cours de couture pendant quelques semaines au Centre professionnel Paul-Rousseau, et la grande majorité de ses élèves étaient originaires d’autres pays.

«Je pense qu’il s’agit d’une bonne solution au manque de main-d’œuvre dans le domaine», estime-t-elle.