L’avortement, un droit à questionner

Dans notre société québécoise qui s’est détachée de l’entière vérité, des femmes et des hommes célèbrent le 20e anniversaire de la décriminalisation de l’avortement qui banalise, généralise l’avortement au point d’en dénombrer 30 000 par an. Ces personnes s’inquiètent que le Gouvernement conservateur vienne à accorder des droits au fœtus!

Devant ce fait, en tant que professionnelle de la santé, je ne puis taire ce questionnement : «Que faudra–t-il à notre peuple pour en arriver à plus de respect de l’enfant à tous les stades de son développement intra-utérin?»

La défense de la vie, dès sa conception, est pourtant la base de tous les autres droits fondamentaux. Mépriser cette vérité ayant valeur universelle de principe, c’est acheminer notre peuple vers la déshumanisation. C’est «dé-goûter» d’être véritablement homme ou femme en s’arrogeant le droit divin entendu au plus intime de soi : «Ne tue pas! Respecte la vie!» C’est une des lois immuables de la Charte divine que nous avons tous – croyants ou non – la responsabilité d’assumer pour être et aimer dignement.

Nous reconnaissons, aujourd’hui, que 36,9 avortements pour 100 naissantes vivantes au Québec signifie un réel et grave échec de la Santé publique qui n’a su faire découvrir aux adultes et aux jeunes comment respecter leur intégrité sexuelle et s’acheminer vers la maturité de l’amour.

On s’est limité à transmettre l’héritage des contraceptifs et des abortifs. La philosophie du temps proposait que l’on rejette toutes limites aux droits sexuels et que l’on propose le paradigme de la réduction des méfaits qui déresponsabilise nos leaders (professionnels de la santé, juges, politiciens, etc.). Quels graves enjeux pour notre société?

La solution à la prévention de l’avortement n’est pas la contraception offerte par les infirmières comme le suggère Lysiane Gagnon, auteure de l’article : Du fœtus au bébé, paru dans le Journal de la Presse de Montréal, le 29 janvier 2008. La contraception et l’avortement relèvent de la même logique d’une liberté erronée. Les faits ne cessent de nous le démontrer.

Les professionnels de la santé ont mieux qu’à être des dépanneurs sexuels. Pour protéger et la santé de la femme et la vie de l’enfant, ils ont, à mon avis, à éduquer hommes et femmes, adultes et jeunes, au respect de l’intégrité de leur corps, à leur apprendre à gérer leur fertilité par la découverte de leurs périodes de fertilité et d’infertilité et à les soutenir dans le difficile apprentissage de l’amour vrai.

Contrairement à l’opinion générale, les jeunes sont ouverts à une éducation de la maîtrise de la fécondité. C’est ce qui m’a été donné de constater pendant 10 ans, en milieu collégial, dans le cadre du cours Fécondité, santé et autonomie. Les jeunes, en grand nombre, ont exprimé à plusieurs reprises ceci : «Pourquoi nous a-t-on parlé que de contraception, d’avortement et de MTS, au moment où nous étions adolescents? Pourquoi nous a-t-on fait peur face à notre fertilité au lieu de nous apprendre à apprécier sa richesse et à bien la gérer? Aujourd’hui, nous sommes appelés à nous reconstruire de A à Z».

Pour que vienne le jour où nous respecterons l’intégrité de l’homme et de la femme et le droit de l’enfant à naître, nous avons d’urgence à favoriser un véritable débat sur les droits sexuels énoncés par la Charte des droits et libertés derrière laquelle se protège notre société permissive. Et encore, nous avons à découvrir ou redécouvrir ce qu’est une véritable éducation à l’amour et à la sexualité favorisant chez l’homme et la femme, une démarche d’intégration.

Solange Lefebvre-Pageau, inf. M.Sc

Directrice du Centre de recherche et d’éducation à la vie familiale