Informer la population coûte que coûte (photos)

Informer la population coûte que coûte (photos)

Jean-Claude Bonneau (debout) dirige les opérations de la salle de rédaction à Québec.

Crédit photo : Archives L'Express

Lors de la crise du verglas en 1998, les journaux L’Express (dimanche) et La Parole (mercredi) ont pu être publiés et distribués grâce au travail d’équipe et à la débrouillardise des dirigeants en place. Témoins du travail qui a été effectué, Jean-Claude Bonneau et Jacques Marchesseault racontent comment ils y sont parvenus.

À l’époque, les publications appartenaient aux Hebdos Unimédia. Jean-Claude Bonneau était le directeur de l’information quand la tempête de verglas a frappé la ville. «La panne a touché les bureaux de la rue Cormier assez rapidement. Nous avions une génératrice pour alimenter le bâtiment, mais pas assez forte pour fournir toutes les zones de travail. Comme il y avait de l’électricité chez moi, on a déménagé une partie de la salle de rédaction (qui à l’époque contenait de gros ordinateurs) dans mon sous-sol, alors que d’autres journalistes ont pu travailler à partir de leur maison, car ils avaient du courant», a-t-il raconté.
Pendant que les défunts photographes Jean-Guy Fréchette et Claude Deschênes étaient sur le terrain afin d’immortaliser ce moment tristement historique, la pagination s’effectuait au domicile de Lyne et Michel Mélançon, deux autres employés des journaux. Par la suite, le montage se faisait par M. Bonneau et son équipe. Le tout était enregistré sur des disquettes de 3 pouces et demi.
«On devait descendre à Québec faire préparer le journal avec Guillaume Bédard qui était le directeur de la production, un autre ancien des journaux locaux. Par la suite, le produit final était amené chez l’imprimeur avant d’être livré au centre de distribution de la rue Cormier», a ajouté le directeur de l’information de l’époque qui fait toujours partie de la grande équipe de L’Express.

Le verglas a fait crouler les pylônes électriques.

Malgré la glace, les branches au travers des routes et le mauvais temps, les journaux ont été distribués, tant bien que mal, aux portes des lecteurs. Jacques Marchesseault était à la tête de ce secteur. «La crise a débuté dans la journée de mardi. Le soir même, on avait déjà commencé à livrer l’édition du mercredi, ça quand même bien été. Quand on a manqué d’électricité, il a fallu se débrouiller. On a fermé une partie de l’entrepôt afin de contenir la chaleur des chauffages d’appoint. Le chauffage était au minimum dans les bureaux et c’était assez frais. Ce n’était pas drôle. Quand les camelots partaient, on leur demandait d’être prudents et d’user de leur bon jugement. C’est certain qu’il y a des secteurs qui n’étaient pas accessibles du tout, mais on a vraiment fait tout ce qu’il fallait pour desservir le lecteur», a raconté M. Marchesseault. Le réseau de distribution à même soutenu d’autres organismes qui avaient besoin que leurs circulaires soient distribués.
«Ça duré une dizaine de jours. C’était exigeant, ça a demandé toute une logistique, on ne dormait pas beaucoup, mais c’était beau à voir», a ajouté M. Marchesseault.

Ils travaillent aussi pour L’Express et La Parole

Gérard Martin, journaliste à la retraite, était aux premières loges lors de la crise. «Ça a été une bonne occasion de voir que nous étions une équipe soudée. À travers ma fonction de journaliste, j’ai pu voir beaucoup de gestes de solidarité. Les gens ont développé leurs sens d’initiative et de débrouillardise et en tant que groupe, on a jamais laissé tomber nos lecteurs», a exprimé M. Martin.
Yves Chabot, qui agissait comme conseiller publicitaire, garde un bon souvenir de cette crise. «J’ai su tirer le positif de cet épreuve. En tant que vendeur, je me suis tourné vers les compagnies qui pouvaient aider les gens, comme les vendeurs de génératrices et de foyers. Ça m’a fait quelques nouveaux clients», a-t-il raconté.

Dans l’ordre, Yves Chabot, Henri Desaulniers et feu Denise Perreault, travaillaient comme conseillers publicitaires.

La journaliste Marie-Pierre Simoneau, qui était assignée à la couverture des nouvelles en arts et spectacles à ce moment, a dû radicalement changer de fonctions. «On m’a tout simplement catapulté aux faits divers pendant plusieurs semaines. Mon premier réflexe de chroniqueuse culturelle était de trouver que le verglas nous conviait à un spectacle visuel magnifique et merveilleux, mais il y avait de la matière plus sérieuse à couvrir quand même. Nous étions débordés et les journées s’étiraient jusqu’aux petites heures», a raconté Mme Simoneau qui est maintenant à la tête de la Maison des arts de Drummondville.
Pour sa part, le journaliste Bernard Gauthier, maintenant à l’emploi de la Commission scolaire des Chênes, parle d’un bon «mauvais souvenir».
«Nous sommes soudainement devenus des artisans de première ligne. On a rapidement mis en place un plan B afin de ne jamais dévier de notre mission première, informer la population. Pour une rarissime fois, nous n’avons pas pu publier l’édition du 14 janvier 1998, mais les lecteurs n’ont pas été affectés. Ça nous a permis d’être des témoins privilégiés d’une épreuve collective qui, au bout du compte, aura fait sortir le meilleur de nous-mêmes», a raconté M. Gauthier.

Anecdotes

– Jean-Claude Bonneau a manqué les 10 dernières minutes du film Titanic en raison de la panne d’électricité causée par le verglas.
– Le journaliste Ghislain Allard s’était mis dans la peau d’un sinistré en allant dormir dans un centre d’hébergement temporaire.
– Le photographe Ghyslain Bergeron a probablement pris ses premières photos de faits divers à cette période.
– Stéphane Bélanger, conseiller publicitaire, avait aussi participé à la prise de photos pendant la crise.
– Des livraisons de bois, de chandelles et de combustible se faisaient par le biais du transporteur qui arrivait des secteurs qui n’avaient pas été touchés par la crise.
– L’actuelle table de conférence de L’Express provient du journal Le Soleil de Québec. Elle ne servait plus, alors elle a été rapatriée à Drummondville après une journée dans les bureaux du quotidien.