Examen ministériel : «deux poids deux mesures?»

Examen ministériel : «deux poids deux mesures?»

Rosalie Proulx et Lise D'Amours

ÉDUCATION. Deux enseignantes de français de 5e secondaire à l’école Marie-Rivier dénoncent l’iniquité dans l’utilisation d’outils permis à l’épreuve écrite du Ministère alors que des dictionnaires numériques ont été autorisés dans certaines institutions scolaires, dont le Collège Saint-Bernard.

Le ministère de l’Éducation accorde depuis 2011 des autorisations permettant à des élèves d’utiliser pendant leur examen une tablette dont l’accès à internet est verrouillé et sur laquelle est installée, par exemple, l’application Antidote Ardoise.

Cette année, 68 écoles (publiques et privées) ont d’ailleurs eu l’autorisation d’utiliser des outils numériques (huit sont autorisés). Ces organismes scolaires en ont fait la demande à la Direction de la sanction des études. Parmi ceux-ci, le Collège Saint-Bernard. Ainsi, le 4 mai dernier, les élèves de 5e secondaire ont pu rédiger leur épreuve écrite avec l’aide du dictionnaire numérique Usito, ce qui a pris par surprise les enseignantes de Marie-Rivier Lise D’Amours et Rosalie Proulx.

«Nous ne voulons pas faire le procès du Collège Saint-Bernard. Au contraire, nous les trouvons bien chanceux d’être en mesure d’offrir un iPad à chaque élève, ce qui n’est pas envisageable au public, faute de budget et de disponibilité. Ce qui nous dérange, ce n’est pas l’autorisation que le Collège a obtenue, mais le fait que le Ministère ne permette pas un tel outil d’emblée à toutes les écoles», expliquent-elles.

«Ce qui me met en colère, c’est que le Ministère écrit dans le guide de passation de l’épreuve que tous les élèves de la province sont soumis aux mêmes conditions de passation. Ce n’est pas du tout ce qui se passe. Il y a là une injustice», poursuit Mme D’Amours qui cumule 35 ans de carrière.

Du côté du Ministère, on assure que tout est mis en place pour «garantir la qualité et l’équité des évaluations ministérielles».

«Le Ministère est conscient de l’utilisation croissante des technologies en salle de classe et il est ouvert à leur usage en situation d’épreuves ministérielles. Toutefois, le contexte des évaluations à enjeux critiques appelle la mise en place d’environnements sécurisés et équitables pour les élèves. (…) la Direction de la sanction des études continue de baliser l’usage des outils numériques pour la passation des épreuves ministérielles dans le cadre d’autorisations qui prévoient la mise en place de dispositions techniques dans les milieux afin de garantir un environnement informatique privé, sécurisé et contrôlé», précise Esther Chouinard, responsable des relations de presse.

Vitesse et meilleure réussite

Selon Mmes D’Amours et Proulx, Usito est un outil hyper «perfectionné» et est beaucoup plus efficace que les dictionnaires, grammaires et Bescherelle dont disposent leurs élèves et ceux de l’ensemble de la Commission scolaire des Chênes (CSDC). Cette grammaire en ligne a sans aucun doute grandement favorisé les jeunes du collège, estiment-elles.

«En l’utilisant, les élèves gagnent de la vitesse», laisse entendre Mme D’Amours.

«Lorsque tu dois feuilleter les pages d’un dictionnaire ou bien d’un Bescherelle, ça nécessite de la recherche et du temps. En plus, certains tableaux et graphiques laissent à désirer et peuvent donc induire en erreur», renchérit Mme Proulx, en ajoutant d’un ton désolé que certains de ses élèves n’ont même pas réussi à retranscrire au propre leur brouillon lors de la dernière épreuve.

Elles croient également que l’accès à cet outil garantit une meilleure réussite de l’examen.

«On ne joue vraiment pas à la même partie. C’est comme si une équipe de hockey avait des bâtons en bois et l’autre qui l’affronte, des bâtons en aluminium», image Mme D’Amours.

«Est-ce qu’il y a deux poids deux mesures? Il y a beaucoup de questions à se poser et pour le moment, on est dans un flou», ajoute Mme Proulx.

Les deux dames ont rédigé une lettre adressée au ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, dans laquelle elles dénoncent cette injustice et se questionnent sur différents points. En voici un extrait :

«Peut-on tirer comme conclusion que le Ministère privilégie l’école privée au détriment du secteur public ? Est-on en droit de se demander combien d’écoles de la province obtiennent chaque année de telles dérogations? Et cela, dans quel but? De façon plus globale, si l’accès à ces outils informatiques n’est pas possible pour tous les élèves de la province, ne crée-t-on pas inévitablement une injustice, un double standard? Enfin, si le Ministère envisage le libre accès à ces outils, est-il capable d’assumer financièrement cette décision?»

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