«C’est dangereux vivre ici»

«C’est dangereux vivre ici»

Guy Drouin réside sur le chemin Longue-Pointe depuis 40 ans.

Crédit photo : Jean-Pierre Boisvert

DRUMMONDVILLE. «C’est rendu dangereux de vivre ici».

Le soupir de Martin Trahan, qui vit depuis une dizaine d’années au 1280 chemin Longue-Pointe, tombe dans la conversation comme un bloc de glace dans un café.

Il est parmi les résidents qui ont eu l’autorisation hier de réintégrer leur domicile après avoir été contraints à l’évacuation samedi en raison des inondations survenues dans ce secteur névralgique de la rivière Saint-François.

«J’étais chez ma copine à l’extérieur et je n’ai pas eu besoin d’évacuer comme tel. Mais il a fallu que j’appelle souvent à la Ville de Drummondville pour avoir des nouvelles. Quand j’ai finalement pu revenir, il y avait deux pieds d’eau et de glace sur ma propriété. Un gros tracteur de la Ville est venu casser la glace autour de la maison. Évidemment, l’eau s’est infiltrée au sous-sol. Il ne devrait pas avoir de sous-sol ici. Pour le moment les pompes suffisent. Mais je crains le redoux des prochains jours», a-t-il confié ce matin, un peu découragé.

«Ça se produit chaque année et même deux fois par année. C’est dur à chaque fois. On dit que c’est inondable 20 ans (NDLR : une expression qui indique que les inondations sont risquées une fois sur cinq), mais moi je dirais que c’est carrément une zone inondable. Même après trois ou quatre grosses journées de pluie, l’eau monte et c’est inquiétant. C’est même dangereux de vivre ici. Je ne suis pas non plus dédommagé. Mes outils, surtout ceux qui fonctionnent avec une batterie, sont perdus à jamais. On m’a offert un tournevis pour les remplacer… Oui je vais vendre. Les prix ne sont pas élevés mais j’ignore qui pourrait être intéressé après ce qu’on vient de connaître. La vue sur la rivière est très belle l’été mais ça ne vaut pas la peine», tranche Martin Trahan.

Le boulevard Allard bientôt?

Guy Drouin, qui réside sur le chemin Longue-Pointe depuis 40 ans (sa maison est heureusement surélevée et n’est jamais menacée), connaît bien la rivière Saint-François. «Quand j’ai appris qu’il y avait un problème à Sherbrooke et qu’un pont avait cédé à Bromptonville, j’avais une idée de ce qui s’en venait. Je suis venu aider le vieux couple (98 et 80 ans) qui habite au 1290 chemin Longue-Pointe. Je savais que ces deux personnes étaient en danger. Je les ai hébergées pendant deux jours. Ils ont été transportées à Montréal où ils seront plus confortables (…) Samedi matin, il y a des pompiers qui sont passés et je leur ai dit que ça va être plus grave que l’an dernier, ils n’avaient pas l’air de me croire. Je ne sais pas pourquoi Bromptonville n’a pas alerté Drummondville. Les gens ne le savent peut-être pas mais les glaces se déplacent assez rapidement, des fois ça peut même aller très vite. Des fois, t’as juste le temps de prendre tes affaires et quitter ta maison. Il faut véritablement réviser la définition de secteur inondable, ici ça ne fait pas de doute. Et on est juste en janvier. Je sais que ça peut avoir une incidence sur le taux de taxe mais il faudra se pencher là-dessus».

M. Drouin explique que l’embâcle est actuellement situé à la hauteur de Turtle Creek (un peu dépassé l’aéroport en partant de la ville). «Je ne sais pas comment ni quand il y aura débâcle, mais si ça se produit rapidement, c’est le secteur du boulevard Allard qui va y goûter. Il pourra y avoir un amoncellement de glaces le long des rives. Ce sera à surveiller», d’avertir M. Drouin.

La Ville a effectivement émis un communiqué ce matin pour indiquer que la rivière demeure sous haute surveillance.

Selon les prévisions de Météomédia, la température sera au-dessus de zéro en fin de semaine.