«C'est l'indifférence qui est le plus grand danger en ce moment, sur la planète» - Jean-Denis Lampron


Publié le 20 mars 2017

Le président de Développement et Paix, Jean-Denis Lampron, est venu accueillir la Colombienne Luz Estella Cifuentes, que l'on voit accompagnée à sa droite de Liliana Moncada.

©Photo: TC Media - Reine Côté

Alors que bon nombre de Québécois se désintéressent de la politique, les paysans colombiens, eux, multiplient leurs efforts afin de s'outiller adéquatement pour comprendre les enjeux politiques derrière le conflit armé qui perdure dans leur pays.

Dans le cadre de la levée de fonds annuelle de Développement et Paix, la Colombienne Luz Estella Cifuentes était récemment de passage à Drummondville afin d'expliquer l'importante aide apportée par l'organisme de solidarité internationale aux paysans de son pays, surtout dans le contexte politique actuel.

Depuis 1998, des centaines de paysans ont dû se réfugier dans les villes, loin de leur terre ancestrale. Ils ont été harcelés, déplacés et persécutés par les industriels agricoles qui veulent prendre leurs terres afin d'y cultiver le palmier africain qui entre dans la production du biocarburant. Des milliers de civils faussement accusés d'être des guerillos ont aussi été tués par des paramilitaires.

En dépit du conflit armé qui perdure, des gens se regroupent malgré tout afin d'organiser leur retour dans leur communauté et se réapproprier leurs terres. Depuis 2005, les paysans s'y préparent et forment des associations. Au cours des dernières années, les paysannes et autochtones ont pu  suivre une formation en éducation politique, qui se promène d'une région à l'autre, afin d'être mieux outillées pour comprendre les enjeux politiques actuels et faire respecter leurs droits.

Éduquer les femmes

Durant sa visite d'une dizaine de jours en sol québécois, Mme Cifuentes souhaite sensibiliser les gens à l'importance de leurs actions et soutenir financièrement Développement et Paix, qui supporte le programme Les femmes au cœur du changement, qui propose la formation d'éducation populaire.

«Il y a une reconnaissance que les femmes sont une force de transformation sans lesquelles il n'y aurait pas de transformation durable», a laissé savoir la porte-parole colombienne.

Dans le même élan, les paysannes colombiennes peuvent s'inscrire au programme Formation et communication populaire qui leur donne l'occasion de récupérer leur savoir ancestral. Depuis trois ans, elles confectionnent des pièces en tissu chargées de messages leur permettant d'exprimer leur désarroi et leur servant parfois d'étendard politique. Mme Cifuentes a présenté quelques images des poupées de tissu en plus de montrer une courtepointe imagée de scènes de vie. «Point par point, bout de tissu par bout de tissu, on a rebâti notre histoire. On a développé la capacité de raconter ce qu'on a vécu et d'exprimer nos rêves», souligne-t-elle.

Non armées, ces femmes se mobilisent avec leurs créations artisanales. «La solidarité, c'est le moteur qui permet de guérir leurs blessures. Comme on est têtues, on cherche à continuer à vivre de façon digne et en paix», ajoute avec une pointe d'ironie Mme Cifuentes.

Ces exemples d'actions non-violentes ont suscité un grand intérêt dans l'assistance.

Éducation à la citoyenneté

Liliana Moncada, qui est la conjointe du député fédéral de Drummond François Choquette, assistait à la conférence de Luz Estella Cifuentes. Originaire de la Colombie, Mme Moncada ne croit pas que la formule d'éducation politique populaire soit envisageable au Québec, du moins pas de la même façon.

La formule de l'éducation à la citoyenneté serait davantage adaptée, selon elle. «Ici, les problématiques sont différentes. La pauvreté n'est pas la même. Ici, les gens ne s'intéressent pas à la politique parce qu'on ne vit pas en situation difficile», souligne-t-elle. Mme Moncada assure que son mari fait déjà de la sensibilisation à cet égard, en invitant des gens à venir lui parler de leurs problèmes.

Jean-Denis Lampron, le président national de Développement et Paix, aimerait que les actions de son organisation soient mieux comprises. C'est d'ailleurs pourquoi le propriétaire de Rose Drummond joint ses efforts depuis des années à cette organisation caritative, qui célébrera ses 50 ans d'existence l'automne prochain.

Le dernier programme soutenu par Développement et Paix, c'est Les femmes au cœur du changement. «Les femmes, c'est vital pour nous. Elles ont toujours été au  cœur de nos actions», indique M. Lampron, qui déplore que la population québécoise ne se préoccupe pas davantage de ce qui se passe ailleurs. «Un enfant qui meurt au Québec, c'est un drame. Ailleurs au monde, c'est une statistique», constate-t-il.

«C'est l'indifférence qui est le plus grand danger en ce moment, sur la planète», conclut-il