Du calme de Drummondville à la cohue de Tokyo


Publié le 17 mars 2017

VOYAGE. Jean-François Boilard est un Drummondvillois d'origine au destin particulier : il étudie et travaille dans le domaine des finances au sein des gratte-ciels de Tokyo depuis trois ans et demi, et ne compte pas quitter le Japon de sitôt.

Jean-François Boilard est un des seuls Québécois à vivre au Japon à temps plein. Il y termine actuellement son doctorat au Tokyo Institute of Technology et travaille chez le géant Sony à temps partiel. Et il a l'air de s'y plaire.

Après avoir terminé une technique en comptabilité au Cégep de Drummondville, il s'est tourné vers l'Université Laval pour un baccalauréat en finances. «On avait l'opportunité d'aller étudier quatre mois à l'étranger, mais je souhaitais améliorer autre chose que mes études. Je voulais me dépayser», s'est-il remémoré. Il a donc fait ses valises et a pris l'avion vers le Japon, un pays qui l'a toujours fasciné, pour une session universitaire. Une expérience enrichissante mais pas toujours évidente…

En arrivant au pays du Soleil levant, l'étudiant qu'il était alors ne parlait pas du tout japonais et baragouinait quelques mots d'anglais, sans plus. «L'adaptation a été complexe. J'ai dû apprendre mon japonais à partir de l'anglais, apprendre une troisième langue en même temps qu'une deuxième.»

«La première fois que je suis allé au restaurant, je ne comprenais même pas ce que je mangeais et je n'osais pas le demander. J'étais dans un restaurant dans une nouvelle ville, avec des gens que je ne connaissais pas, dans une langue que je ne comprenais pas.» 

Culturellement, tout est différent : tu vas avoir le réflexe de serrer la main, alors que les Japonais ne le feront pas. Tu fais des choses que tu ne devrais pas faire, sans le savoir. Jean-François Boilard

C'est dans ce contexte qu'il a goûté à des tentacules de pieuvre grillés pour la première… et la dernière fois. «J'avais un gros doute. Finalement, ça a adonné que je suis allergique. J'ai eu une excuse pour ne pas finir mon assiette», rigole-t-il.

Le barrage de la langue n'est pas le seul obstacle à franchir pour vivre avec aisance sur le sol nippon, les Japonais étant particulièrement reconnus pour être très portés sur l'étiquette. «Culturellement, tout est différent : tu vas avoir le réflexe de serrer la main, alors que les Japonais ne le feront pas. Tu fais des choses que tu ne devrais pas faire, sans le savoir. Après, tu t'aperçois que tu as créé un froid, raconte Jean-François Boilard avec l'air de quelqu'un qui a déjà créé son lot de malaises. Il faut avoir l'humilité flexible et accepter de faire des erreurs.»

Vivre dans ce pays a cependant bien des avantages pour un spécialiste de la finance comme Jean-François Boilard : en effet, il a l'opportunité de travailler au sein d'un des plus importants centres économiques au monde tout en ayant moins de compétition pour se trouver un emploi qu'à New York, par exemple. «Ici, la compétition se fait contre les Japonais et non contre le monde entier, puisque les opérations sont complexifiées à cause de la langue. Tant qu'à partir de Drummondville, je préférais partir à un endroit où la compétition entre les candidats serait moins grande et où il y a davantage de firmes. C'était plus avantageux pour moi», explique le professionnel.

Le contraste entre la calme Drummondville et Tokyo, avec ses plus de treize millions d'habitants, est assez frappant. Toutefois, on s'habitue. «Dans la vie de tous les jours, on ne s'en aperçoit pas vraiment. Oui, le centre commercial va être plus achalandé, mais il n'y a jamais toute la population réunie au même endroit», explique Jean-François Boilard.

A-t-il l'intention de revenir au Québec éventuellement? «Je ne me ferme pas de portes, puisqu'on ne sait jamais ce qui peut arriver, mais je me vois bien rester ici à moyen terme», sourit-il.