Des profs du Cégep de Drummondville expriment leurs inquiétudes face aux gaz de schiste

«Rien ne nous indique que cela pourrait se faire de façon sécuritaire»

Jean-Pierre Boisvert jean-pierre.boisvert@tc.tc Publié le 17 juin 2013
On aperçoit ici la machinerie nécessaire à l'exploitation des gaz de schiste telle qu'elle est utilisée en Pennsylvanie, aux États-Unis.
Courtoisie

Une douzaine d'enseignants actuels et retraités du Département des Sciences de la Nature du Cégep de Drummondville ont exprimé leurs vives inquiétudes en regard du projet de Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection présenté par Yves-François Blanchet, ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs.

À la section du projet de règlement où il est question d’encadrer les installations destinées à rechercher ou à exploiter du pétrole ou du gaz naturel, ces enseignants affirment, par voie de communiqué, qu'ils ont été surpris de constater que le procédé de fracturation pourrait être autorisé selon certaines conditions.

«Nous avons étudié les conditions décrites dans le projet pour réaliser des opérations de fracturation et rien ne nous indique que cela pourrait se faire de façon sécuritaire» d’exposer Jean-Marie Desroches, enseignant en physique.

Permettre de forer à 400 mètres sous une nappe phréatique est extrêmement hasardeux, écrivent les professeurs. Beaucoup de questions et d’incertitudes sont encore liées à cette technique de fracturation de la roche pour libérer du gaz et du pétrole. «Si on considère que l’industrie ne peut absolument pas prévoir l’étendue des portions verticales des fractures induites et qu’il est bien documenté que les dites portions verticales des fractures peuvent s’étendre à l’occasion sur plus de 550 mètres, l’application de cette norme de 400 mètres sous la base d’un aquifère nous mène directement dans la nappe phréatique. Et comment déterminer où se trouve exactement la base d’un aquifère? Et quelle industrie contrôle réellement le trajet du forage horizontal?» de renchérir Nicolas Parent, enseignant en biologie.

Le projet de règlement parle des analyses hydrogéologiques que l’industrie serait tenue de réaliser avant de procéder à des forages. Guy Desgranges, enseignant en physique, est d’avis «que ces études ne garantissent pas la sécurité du procédé de fracturation car elles ne traitent que de mesures prises en surface et à 200 mètres de profondeur au maximum. Aucun protocole scientifique n’existe actuellement qui pourrait permettre d’obtenir des informations sur ce qui se passe réellement à plus grande profondeur». Il demande: «Les entreprises qui n’auront pas su prédire correctement la fracturation auront-elles à répondre de leurs actes? L’histoire nous apprend qu’il est fort peu probable qu’elles soient réprimandées, sans compter que les dommages à l’aquifère seront irréversibles».

Les enseignants du cégep font remarquer que le Groupe de recherche interuniversitaire sur les eaux souterraines a tenu les propos suivants au BAPE en février 2011: «Les échanges dans le socle rocheux entre les eaux souterraines superficielles et les eaux plus profondes, soit dans la zone d’exploitation des gaz de shale, sont des éléments pour lesquels très peu de données sont disponibles».

Selon les profs, une récente étude américaine a mis en évidence qu’en Pennsylvanie, des puits d’eau potable situés à moins de 1 km de puits de gaz de schiste contiennent 17 fois plus de méthane que des puits situés à plus de 1 km. L’eau des puits situés à moins de 1 km des forages contenaient aussi d’autres hydrocarbures toxiques (éthane, butane et propane).

Selon eux, la distance séparatrice de 300 mètres prévue dans le projet de règlement provincial n’est donc pas suffisante pour protéger adéquatement les puits d’eau potable qui alimentent la majorité des citoyens des campagnes québécoises.

Le communiqué conclut qu'il faudra attendre les résultats des nombreuses études entreprises par l’Agence de protection de l’Environnement des États-Unis (EPA), et aussi celles en cours au BAPE, avant d’autoriser toute exploration et exploitation de gaz ou de pétrole non conventionnels sur tout le territoire du Québec.

Les enseignants qui ont signé le communiqué sont Guy Desgranges, Jean-Marie Desroches, Mathieu Desrosiers, Paul-André Girouard, Raymond Lutz, Céline Marier, Geneviève Martin, Richard Mathieu, Caroline Nappert, Nicolas Parent et Henri Tourigny.

Des profs du Cégep de Drummondville expriment leurs inquiétudes face aux gaz de schiste

«Rien ne nous indique que cela pourrait se faire de façon sécuritaire»

Jean-Pierre Boisvert jean-pierre.boisvert@tc.tc Publié le 17 juin 2013
On aperçoit ici la machinerie nécessaire à l'exploitation des gaz de schiste telle qu'elle est utilisée en Pennsylvanie, aux États-Unis.
Courtoisie

Une douzaine d'enseignants actuels et retraités du Département des Sciences de la Nature du Cégep de Drummondville ont exprimé leurs vives inquiétudes en regard du projet de Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection présenté par Yves-François Blanchet, ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs.

À la section du projet de règlement où il est question d’encadrer les installations destinées à rechercher ou à exploiter du pétrole ou du gaz naturel, ces enseignants affirment, par voie de communiqué, qu'ils ont été surpris de constater que le procédé de fracturation pourrait être autorisé selon certaines conditions.

«Nous avons étudié les conditions décrites dans le projet pour réaliser des opérations de fracturation et rien ne nous indique que cela pourrait se faire de façon sécuritaire» d’exposer Jean-Marie Desroches, enseignant en physique.

Permettre de forer à 400 mètres sous une nappe phréatique est extrêmement hasardeux, écrivent les professeurs. Beaucoup de questions et d’incertitudes sont encore liées à cette technique de fracturation de la roche pour libérer du gaz et du pétrole. «Si on considère que l’industrie ne peut absolument pas prévoir l’étendue des portions verticales des fractures induites et qu’il est bien documenté que les dites portions verticales des fractures peuvent s’étendre à l’occasion sur plus de 550 mètres, l’application de cette norme de 400 mètres sous la base d’un aquifère nous mène directement dans la nappe phréatique. Et comment déterminer où se trouve exactement la base d’un aquifère? Et quelle industrie contrôle réellement le trajet du forage horizontal?» de renchérir Nicolas Parent, enseignant en biologie.

Le projet de règlement parle des analyses hydrogéologiques que l’industrie serait tenue de réaliser avant de procéder à des forages. Guy Desgranges, enseignant en physique, est d’avis «que ces études ne garantissent pas la sécurité du procédé de fracturation car elles ne traitent que de mesures prises en surface et à 200 mètres de profondeur au maximum. Aucun protocole scientifique n’existe actuellement qui pourrait permettre d’obtenir des informations sur ce qui se passe réellement à plus grande profondeur». Il demande: «Les entreprises qui n’auront pas su prédire correctement la fracturation auront-elles à répondre de leurs actes? L’histoire nous apprend qu’il est fort peu probable qu’elles soient réprimandées, sans compter que les dommages à l’aquifère seront irréversibles».

Les enseignants du cégep font remarquer que le Groupe de recherche interuniversitaire sur les eaux souterraines a tenu les propos suivants au BAPE en février 2011: «Les échanges dans le socle rocheux entre les eaux souterraines superficielles et les eaux plus profondes, soit dans la zone d’exploitation des gaz de shale, sont des éléments pour lesquels très peu de données sont disponibles».

Selon les profs, une récente étude américaine a mis en évidence qu’en Pennsylvanie, des puits d’eau potable situés à moins de 1 km de puits de gaz de schiste contiennent 17 fois plus de méthane que des puits situés à plus de 1 km. L’eau des puits situés à moins de 1 km des forages contenaient aussi d’autres hydrocarbures toxiques (éthane, butane et propane).

Selon eux, la distance séparatrice de 300 mètres prévue dans le projet de règlement provincial n’est donc pas suffisante pour protéger adéquatement les puits d’eau potable qui alimentent la majorité des citoyens des campagnes québécoises.

Le communiqué conclut qu'il faudra attendre les résultats des nombreuses études entreprises par l’Agence de protection de l’Environnement des États-Unis (EPA), et aussi celles en cours au BAPE, avant d’autoriser toute exploration et exploitation de gaz ou de pétrole non conventionnels sur tout le territoire du Québec.

Les enseignants qui ont signé le communiqué sont Guy Desgranges, Jean-Marie Desroches, Mathieu Desrosiers, Paul-André Girouard, Raymond Lutz, Céline Marier, Geneviève Martin, Richard Mathieu, Caroline Nappert, Nicolas Parent et Henri Tourigny.

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