Microbird : «Nous sommes en croissance, mais avec un pied sur le gaz et l’autre sur le frein»

Microbird : «Nous sommes en croissance, mais avec un pied sur le gaz et l’autre sur le frein»

Éric Savignac, directeur général de Microbird, et Frédéric Jeannotte, directeur des ressources humaines.

Crédit photo : (Photo Lise Tremblay)

DOSSIER. Ouvrant pour la première fois leurs portes à un média, les dirigeants de l’usine Microbird (Girardin) de Drummondville n’ont pas caché leurs inquiétudes quant à la pénurie de main-d’œuvre. «Comme d’autres entreprises de la région, nous avons une opportunité de croissance, mais nous avons un pied sur le gaz et l’autre sur le frein», a fait savoir Éric Savignac, directeur général.

Le recrutement de travailleurs fait clairement partie des discussions quotidiennes au sein de l’entreprise Microbird qui emploie exactement 535 employés, principalement de Drummondville.

C’est que l’entreprise ne minimise pas les efforts pour tenter de compléter ses équipes, tant du côté de l’administration que de la production. En plus d’avoir 1,5 employé attiré spécialement au recrutement, elle fait affaire avec quatre agences spécialisées.

«Nous faisons partie d’une table de concertation avec d’autres entreprises de la région et oui, nous avons tous les mêmes enjeux, a indiqué Éric Savignac, directeur général de Microbird. Il y a un problème de pénurie de main-d’œuvre, et ce, dans toutes les professions, que ce soit à la qualité, à l’amélioration continue et dans l’usine. On se demande tous comment faire pour gérer la croissance sans brûler notre monde.»

Photo : Ghyslain Bergeron

Actuellement, l’entreprise recherche 20 employés pour compléter son quart de travail de soir et quelques universitaires, comme des ingénieurs concepteurs, des ingénieurs industriels, etc.

«Nos besoins ont considérablement augmenté au cours des trois dernières années lorsque nous avons créé un deuxième quart de travail de soir», a précisé Frédéric Jeannotte, directeur des ressources humaines.

«Ce quart est responsable d’une ligne d’assemblage, a poursuivi M. Savignac. Le travail de l’un dépend donc du travail de celui d’avant et ainsi de suite. Il y a une séquence à suivre et quand il manque de travailleurs spécialisés, comme des peintres et des soudeurs, ça devient compliqué sur le plancher.»

Attirer et garder des employés, surtout de soir, n’est pas une mince affaire, cet horaire n’étant pas attrayant aux yeux des travailleurs.

«De trouver des gens le soir et les fins de semaine, c’est devenu atroce, informe Frédéric Jeannotte, le directeur des ressources humaines.

Il faut dire que les gens ont le choix aussi. Ils voient les affiches un peu partout sur les usines et ils se disent qu’ils peuvent très bien aller travailler ailleurs.»

Le manque de travailleurs ne manque pas de causer bien des maux de tête. Parmi les conséquences que cela entraîne, il y a la difficulté de maintenir la cadence de production et le ratio de véhicules assemblés parfaitement du premier coup.

«Parfois, des pièces ne sont pas installées. Parfois, on trouve des erreurs parce qu’il y a eu du roulement de personnel ou parce qu’il n’y avait pas de personnel du tout. Donc, on fait vite et on sort le véhicule, mais ils ne sont pas terminés. On doit donc les rentrer à nouveau dans l’usine et bien les compléter. L’efficacité en a donc pris un coup et ça cause des délais dans le marché», a indiqué le directeur général.

Questionné au sujet des coûts qu’engendre le problème de recrutement, M. Savignac n’a pas été en mesure de préciser un montant puisque la situation affecte l’entreprise au sens large.

«Je ne pourrais pas mettre de chiffre là-dessus. Je vois ça comme un iceberg : quand on parle de qualité, du fait qu’on doit embaucher des consultants, louer de la main-d’œuvre, qu’on ne peut pas profiter des opportunités de croissance… c’est énorme.»

Il y a le stress aussi, maintenant très présent au sein du plancher de production et de l’entreprise.

«Inévitablement, ça crée beaucoup de stress, a mis au fait M. Jeannotte. Si, sur une station de travail, il doit avoir trois employés, et qu’il en manque un, il est évident que la cadence devient difficile à suivre. C’est stressant pour les superviseurs, notamment.»

La tâche est d’autant plus difficile que chaque autobus est personnalisé selon la volonté du client et que sa fabrication est régie par de nombreuses règles de sécurité.

«Quand on regarde la cour de l’autoroute, nos autobus ont l’air tous pareils, mais ce n’est pas le cas, a fait observer M. Jeannotte. C’est très rare qu’on sorte un lot de véhicules identiques. Ils ont tous des options différentes, entre autres. Cette réalité fait en sorte que nous avons un défi de formation supplémentaire. Heureusement qu’on a des employés vraiment fiers de travailler pour Microbird et qu’ils ont à cœur le produit. Nous fabriquons des autobus scolaires. La sécurité est donc une variable importante et dans la tête de nos 535 employés, il s’agit d’une valeur clé».

Solutions

L’entreprise jongle avec plusieurs scénarios actuellement pour contrer le problème de main-d’œuvre. Entre autres, elle garde les yeux ouverts sur les initiatives de la région à recruter de la main-d’œuvre étrangère, collabore avec des écoles, notamment l’école professionnelle Paul-Rousseau et le campus universitaire de l’UQTR, participe à des foires de l’emploi, souvent avec des résultats mitigés, travaille à partir des médias sociaux, compte sur le référencement en plus de faire appel à des agences de recrutement.

Il n’est pas exclu aussi que Microbird regarde à l’horizon et évalue les possibilités à l’extérieur de Drummondville.

«Vu que le marché est là, c’est sûr qu’on regarde toutes les options. Ça va sûrement faire partie des discussions à l’interne, éventuellement. Nous avons une forte volonté de rester à Drummondville, mais pour l’excédent de notre production, on regarde différentes options», a terminé Éric Savignac.

Saviez-vous que?

-L’usine Microbird de Drummondville constitue le plus grand fabricant de minibus en Amérique du Nord. Elle est spécialisée dans la fabrication de minibus pouvant asseoir 36 passagers et moins.

-Autobus Girardin, un fleuron drummondvillois, se spécialise dans la vente de minibus produits chez Microbird, un partenaire de longue date, ainsi que dans la vente d’autobus scolaires et commerciaux.

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