«À 70 ans, on n’est pas fini» – Jean-Guy Moreau, proche aidant

«À 70 ans, on n’est pas fini» – Jean-Guy Moreau, proche aidant

Retraite n’est pas un mot qui figure dans le dictionnaire de Jean-Guy Moreau. Sportif comme personne, ce citoyen de Drummondville âgé de 71 ans ne calcule plus le temps qu’il passe à se déplacer quotidiennement pour prendre soin de ses parents, qui ont plus de 90 ans. Être proche aidant, c’est aussi une chance de refaire l’histoire d’amour filiale, pense-t-il.

Depuis qu’il a pris sa retraite, Jean-Guy Moreau n’a jamais laissé d’espace blanc dans son agenda. L’homme à la chevelure grisonnante joue au tennis deux fois par semaine, marche quotidiennement, sans parler de sa nouvelle passion : le pickleball, une activité parente du ping pong et qui se pratique sur un cours de tennis avec une balle trouée.

Jean-Guy Moreau fait partie de l’équipe d’élite de la Fédération québécoise de pickleball. Il est aussi instructeur.

En août dernier, lui et son frère Jean-Marc ont remporté la médaille d’argent dans cette discipline aux Canada 55 + Games, qui se tenaient en à Brampton, en Ontario. Il espère également participer aux prochains qui auront lieu cette fois au Nouveau-Brunswick en 2018. 

Actif un jour, actif toujours

Ces dernières années, il a travaillé avec le groupe Accès travail et la coalition à l’emploi, qui tentaient de trouver des avenues intéressantes pour les aînés désirant se sentir encore utiles à leur communauté. L’an dernier, on lui a offert d’occuper un poste d’une journée par semaine comme huissier audiencier au Palais de justice de Drummondville.

Jeudi dernier, il a assisté à la conférence d’une gérontopsychiatre, qui avait bien des choses à dire sur les besoins des personnes vieillissantes, comme ses parents. Il est également membre du conseil consultatif d’expertise en gérontologie et membre de l’Association des retraités de la Ville de Drummondville.

«J’essaie de trouver positif le fait d’être encore utile à 71 ans. La situation familiale veut que je sois proche aidant et ce n’est pas toujours facile. C’est un couraillage continuel», confie le Drummondvillois.

En alerte continuelle

C’est qu’à chaque jour Jean-Guy est aux aguets, prêt à intervenir si on l’appelle au sujet de l’un de ses parents. Son père séjourne au Centre d’hébergement Frédérick-George-Hériot tandis que sa mère, moins malade, vit aux Résidences René Léosa, une ressource intermédiaire. Le couple doit vivre séparé.

Chaque matin, il les appelle afin de savoir si tout va bien. La réponse n’est pas toujours positive, loin de là.

Samedi dernier, il a passé toute la matinée avec sa mère à l’hôpital pour des examens. Vendredi matin, les deux parents avaient besoin d’aide pour aller faire réajuster leur appareil auditif. Jean-Guy et son frère les ont donc amené chez l’audioprothésiste, chacun dans son fauteuil, pour effectuer les empreintes. À 13h, il n’avait pas encore dîner.

Sa vie quotidienne ressemble un peu à cela. D’une semaine à l’autre, il ne sait jamais ce qui l’attend avec ses parents dont l’état de santé régresse. Sa conjointe donne elle-même beaucoup de son temps à ses parents.

Lorsqu’il voit l’état de santé de ses parents régresser, il se dit qu’il a tout intérêt à se garder en forme. Pour l’heure, ses parents ont besoin de lui.

«Si je suis en pleine forme, je peux être un proche aidant. C’est important, car il faut reprendre la responsabilité de nos parents. Puis, le sport est une formidable source d’encouragement quand on vieillit. Ça permet de se défouler, d’oublier. À 70 ans, on n’est pas fini.»

Resserrement des liens

Placé pensionnaire tôt, le temps de la scolarité, Jean-Guy perçoit son implication auprès de ses parents comme une belle opportunité de reprendre le lien affectif qui avait été quelque peu cassé. Il dit avoir souffert de l’absence de ses parents, à l’époque.

Être proche aidant lui permet donc de «guérir» de son enfance, laisse-t-il entendre. «Même si je n’ai pas été gâté par mes parents, ce n’est pas une raison pour ne pas les gâter. Moi, j’ai de l’amour pour mes parents», souligne-t-il.

Plutôt que de percevoir cette responsabilité comme un fardeau, il la considère ainsi comme un cadeau de la vie. «Il y a des avantages humains à s’occuper de ses parents, car ça se passe au niveau du cœur. Moi, qui suis super actif, je suis en train d’apprendre le savoir-être. Je suis obligé d’apprendre la patience, la compréhension, l’écoute, le toucher», note le septuagénaire.

C’est le retour aux valeurs humaines, à la simplicité de la vie, ajoute-t-il. «Avec le grand âge, le rapport à l’autre devient une affaire de silences et de cœur. La présence est la seule chose qui reste. Qu’est-ce que tu peux faire de plus avec quelqu’un en perte d’autonomie ?», fait remarquer Jean-Guy.

Les échanges affectifs qu’il partage avec ses parents lui sont précieux. Dernièrement, il a amené son père sur une terrasse.

«Mon père m’a dit : «c’est beau dehors ; ça ressemble au ciel». Je lui ai répondu : «vous voyez papa, c’est ça qui vous attend.» À ses funérailles, je vais raconter cette anecdote, car c’est un beau moment avec lui. Ça m’a touché.»