Site d’enfouissement : les citoyens désirent des services spécifiques à leurs besoins

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Cynthia Giguere-Martel
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L’importation de déchets, les conséquences environnementales et l’impact sur la qualité de vie et la santé de la population constituent encore les principales préoccupations des citoyens demeurant à proximité du lieu d’enfouissement technique (LET) du secteur Saint-Nicéphore.

La présidente de la commission d’enquête du BAPE, Anne-Marie Parent, et le commissaire Jean-François Longpré ont accueilli 11 mémoires, lundi soir, alors que reprenait la deuxième partie des audiences relativement au projet d’agrandissement du site d’enfouissement.

C’est ce qui a été ressorti à la suite de la lecture des 11 mémoires présentés lundi soir, au Centre communautaire de loisirs Claude-Nault, à l’occasion de la deuxième partie de l’audience du Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE) relativement au projet d’agrandissement de 48,6 hectares de l’aire d’exploitation du LET.

La plupart des personnes qui ont pris la parole ne sont pas nécessairement contre le projet dans son entier. Elles sont conscientes que le mode de vie des Québécois engendre inévitablement des déchets, mais admettent que le projet ne devrait toutefois pas être autorisé dans sa forme actuelle. En d’autres mots, il serait plus acceptable si d’autres solutions étaient proposées.

Selon Dominique Côté, citoyen de Saint-Nicéphore, le ratio d’une tonne de déchets en provenance de la MRC de Drummond pour environ dix tonnes importées de l’extérieur de la région ne lui apparaît pas très équitable.

«Par souci d’équité, l’importation de déchets devrait être directement proportionnelle à la quantité de matières générées par la MRC. Selon moi, fixer un ratio de 1 pour 1 serait faire preuve de solidarité pour des MRC dont la densité de population est plus élevée. Cela permettrait du même coup d’allonger la durée de vie du site à plus de 100 ans», a-t-il expliqué.

Son avis est partagé par d’autres citoyens. Ceux-ci croient que plus la vie active du site serait assurée pour une longue période, plus la gestion des déchets par le promoteur, en l’occurrence Waste Management (WM), serait faite de façon rigoureuse.

Selon plusieurs, en acceptant les déchets en provenance de

villes extérieures, rien ne les incitera à réduire leur production de matières résiduelles. Drummondville sera alors victime de ces citoyens qui ne prennent pas en charge leurs propres déchets si le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Pierre Arcand, donne le feu vert au promoteur.

«Il est frustrant de constater que les efforts effectués sur une dizaine d’années n’ont aucun impact sur notre milieu environnemental immédiat», a exposé Jean-Benjamin Milot, citoyen. Celui-ci croit que la solution passe par l’interdiction ou, du moins, la restriction du tonnage de matières résiduelles produites à l’extérieur de la MRC de Drummond.

Ce dernier soutient également ne pas avoir eu suffisamment de renseignements sur les mesures particulières prévues pour atténuer les différentes répercussions sur l’environnement.

«On nage dans l’incertitude. La présentation du promoteur n’est pas appropriée. C’est une opération marketing en bonne et due forme. Ce n’est pas avec quelques projets verts de concert avec la Ville qu’on peut faire avaler un projet imposant», a-t-il laissé tomber.

Le Conseil régional de l’environnement du Centre-du-Québec estime que ce projet ne s’inscrit pas dans la stratégie globale axée sur la hiérarchie des 3 RV-E, c’est-à-dire réduire à la source, réemployer, recycler, valoriser, puis éliminer en tout dernier recours.

«Il faut mettre fin à cette méthode d’élimination qui relève d’une autre époque», a affirmé le président de l’organisme, Gilles Brochu, en indiquant que le CRECQ s’oppose à la délivrance d’un certificat d’autorisation sur 20 ans. Un maximum de dix ans serait préférable, selon lui, ce qui permettrait de réévaluer la situation et d’ajuster les conditions d’autorisation en conséquence.

Pour sa part, Pierre Beaudoin de Saint-Lucien a remis en doute le système de contrôle des odeurs.

«WM ne semble pas mesurer les odeurs en permanence et parce qu’elles ne sont pas mesurées continuellement, le promoteur ne peut intervenir au moment de leurs émissions», a-t-il fait savoir, en ajoutant que le retour d’appel à la suite d’une plainte peut se faire le lendemain et même, quelques jours plus tard, les odeurs étant disparues.

Concernant les odeurs, Alexandre Cabral, ingénieur de formation et professeur titulaire à la Faculté de Génie de l’Université de Sherbrooke, a indiqué que depuis 2004, lui et son équipe cherchent des façons de concevoir des recouvrements permettant de réduire les émissions d’oxydation passive du méthane provenant du LET.

«Nos recherches m’ont permis d’identifier certaines combinaisons de matériaux qui, une fois réunis, diminuent de façon importante les émissions de méthane et de substances malodorantes», a-t-il spécifié, en précisant qu’ils ont construit une des plus importantes plateformes de recherche mondiale sur l’oxydation passive du méthane.

De son côté, le fondateur du Groupe d’action pour la recherche et l’aménagement de la faune (GARAF), Pablo Desfossés, recommande que les montants des redevances pourrait être utilisés afin de réduire l’impact de la MRC et de ses citoyens sur la qualité de l’eau de la rivière Saint-François, une des sources importantes de préoccupations. Ce dernier a affirmé que WM respectait les normes et qu’elle a pris des mesures pour diminuer encore davantage son apport en matières en suspension.

Au dire de Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, le projet d’agrandissement, s’il se concrétisait, «créerait une surcapacité de l’offre d’enfouissement au Québec, ce qui contribuerait à maintenir les tarifs d’élimination anormalement bas».

Bref, les Drummondvillois ont clairement exprimé le désir de vouloir des services qui répondent uniquement à leurs besoins, sans compromettre ceux des générations futures.

D'autres mémoires seront entendus dès 13 h aujourd'hui (mardi).

Organisations: Waste Management, MRC, Centre communautaire de loisirs Claude-Nault Bureau des audiences publiques BAPE Parcs Conseil régional de l’environnement du Centre-du-Québec Faculté de Génie Université de Sherbrooke Groupe d’action Front commun québécois

Lieux géographiques: MRC de Drummond, Drummondville, Saint-Lucien Rivière Saint-François Québec

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