Au tour des maires ruraux de monter aux barricades pour le transport scolaire

Gérard
Gérard Martin
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Mais se font remettre à leurs responsabilités par les commissaires

Les parents mécontents de la nouvelle politique de transport scolaire adoptée par la Commission scolaire des Chênes (CSDC) ont rempli à nouveau la place réservée à l'assistance, mardi soir dernier, lors de la séance ordinaire du Conseil des commissaires, sauf que cette fois ils étaient accompagnés de leurs représentants municipaux.

La nouvelle politique de transport scolaire de la CSDC crée des remous dans plusieurs municipalités rurales de la MRC de Drummond.(Photo : Ghyslain Bergeron)

Du jamais vu à la CSDC, six maires et mairesses et une conseillère municipale porteuse d'une résolution ont pris la parole à tour de rôle pour se montrer solidaires des parents et dénoncer certains aspects de cette politique, tout en se dissociant de ce que certains ont qualifié de consultation avec les municipalités.

«On n'est pas venu nous consulter, on est venu nous informer», a nuancé sous les applaudissements de l'assistance, la mairesse de Saint-Lucien, Suzanne Lebeau Pinard, au sujet des échanges ayant eu lieu entre les émissaires de la Commission scolaire et sa municipalité quant à des solutions à apporter pour rendre plus sécuritaire la marche des écoliers vers les écoles.

Les doléances

Dès l'ouverture de la période mise à l'assistance, des porte-parole du Comité de parents contre la nouvelle politique de transport scolaire sont revenus à la charge pour une troisième séance consécutive.

Pour une, Annie Provençal a repris l'essentiel des doléances formulées par les parents depuis que la CSDC, par sa nouvelle politique, a pour ainsi dire mis fin aux exceptions de transport pour les élèves du primaire résidant à l'intérieur du 1,6 kilomètre de l'école et du 0,8 kilomètre pour les enfants du préscolaire.

Cette mère de famille de Saint-Bonaventure a livré aux commissaires, article par article, le fruit des recherches de son groupe concernant ce qu'on croit être les obligations d'une commission scolaire en matière de transport scolaire, plus particulièrement en ce qui a trait aux zones de risque situées dans les zones de marche.

Mme Provençal a également fait le même exercice en ce qui concerne les frais maintenant réclamés par la CSDC pour les parents demandant le droit à une 2e adresse, un aspect qui a toutefois été très peu débattu par la suite.

Sur la foi des affirmations de leur porte-parole, trois autres parents se sont présentés au micro pour exhorter les commissaires à revoir leur politique sous prétexte qu'ils auraient été mal informés par les «fonctionnaires» de la CSDC.

Puis ce fut par la suite la parade des maires en commençant par Michel Bourgeois, de Notre-Dame-du-Bon-Conseil paroisse, qui est venu faire un plaidoyer au nom de la sécurité des élèves, exposant que l'on ne peut se permettre de jouer avec leur avenir pour des motifs d'ordre pécuniaire.

Yvon Nault, de Saint-Germain, a quant à lui fait un bilan des rencontres avec la CSDC pour expliquer que les changements proposés coûteraient 63 000 $ à sa municipalité, alors qu'il aurait moyen de les diminuer sans doute en transportant les élèves des zones à risque, ceux devant circuler ou traverser les routes numérotées.

M. Nault s'est dit d'accord à une rencontre avec les autorités de la CSDC pour débattre de solutions durables.

Du côté de Lefebvre, le maire Claude Bahl n'a pas été sans faire l'historique des relations entre sa municipalité et la CSDC ayant conduit à la mise en place de l'école du ministre et tous les coûts que cela nécessite pour une organisation municipale de 800 habitants.

M. Bahl a parlé d'économie de bouts de chandelle le fait de ne pas accorder le transport à des élèves en situation de risque alors qu'un autobus à moitié plein passe déjà par là.

Le maire de Saint-Bonaventure, Félicien Cardin, en est un autre qui a dénoncé le recours au mot «consultation», alors que selon lui, sa municipalité a davantage été placée devant le fait accompli, même si des propositions ont émané à la suite de la visite du directeur du Service du transport, Claude Marchand.

De son côté, outre l'aspect consultation, la mairesse de Saint-Lucien, Suzanne Lebeau Pinard, a également tenu à porter à l'attention des commissaires que dans le partage des responsabilités quant à la sécurisation des circuits de marche, les routes numérotées dont il est souventes fois question comme des éléments de zone à risque sont sous la juridiction du ministère des transports et non des municipalités.

Tout en se montrant solidaire des propos des autres maires et mairesses, Joëlle Cardonne, de Saint-Félix-de-Kingsey, a déploré pour sa part ne pas ressentir une volonté réelle de la commissions scolaire de trouver une solution durable et réaliste tenant compte des particularités du milieu rural.

La présidente de l'Aféas de l'endroit, Jocelyne Fontaine, a apporté de l'eau au moulin aux propos de sa mairesse en déposant une pétition comprenant 486 signatures, cette dernière annonçant que les doléances des Kingséens avaient été transmises aux députés Yvon Vallières et Claude Bachand.

Il y a aussi la conseillère municipale de Notre-Dame-du-Bon-Conseil Village, Louise Leblanc, qui a transmis aux commissaires le contenu d'une résolution de son conseil appuyant la position des parents pour trouver des solutions pour contrer les zones à risque.

Mme Leblanc a conclu son intervention en rappelant qu'elle a été témoin d'un accident alors qu'elle a vu un enfant passer sous les roues d'un camion, un souvenir, a-t-elle dit, qui va la hanter jusqu'à la fin de ses jours.

Comme tout ne peut être sombre, un parent de Durham-Sud, Mme Ratthé a indiqué qu'à la suite d'une visite de M. Marchand, une entente de principe a pu être négociée pour la reconnaissance d'une zone à risque, tout en demandant à la présidente de la CSDC, Jeanne-Mance Paul, s'il lui était possible d'en faire part.

Des protocoles d'entente

Il va sans dire que Mme Paul a saisi la balle au bond pour donner son accord à la divulgation de cette entente qui fera éventuellement l'objet de la signature d'un protocole d'entente.

La présidente de la CSDC a indiqué que dans ce long processus suivant l'adoption de la nouvelle politique de transport, une dizaine de municipalités ont été visitées et d'autres le seront au fur et à mesure qu'il sera possible de le faire.

Sans le dire aussi ouvertement, on a pu comprendre des propos de Mme Paul que la CSDC est à la recherche de protocoles d'entente semblables à celui négocié à Durham-Sud, celle-ci indiquant que d'autres municipalités ont également accepté de se mettre en mode solution afin de favoriser la sécurité des élèves.

À cet égard, la directrice générale de la CSDC, Christiane Desbiens, s'est fait un devoir de rappeler aux élus municipaux et aux parents que la sécurité sur la voie publique est une responsabilité municipale, une question de fait qui n'empêchera pas pour autant son organisme d'appliquer la nouvelle politique avec jugement.

Comme il l'avait lors de la séance précédente, le commissaire Jean-François Houle s'est à nouveau présenté au bâton en invitant les municipalités qui ne l'ont pas fait à prendre leurs responsabilités en se posant la question fondamentale: à qui appartient la sécurité sur la voie publique ?

Sa collègue Isabelle Marquis a également porté à l'attention des maires contestataires que la responsabilité du déneigement des routes et des trottoirs, tout comme l'engagement de brigadiers, sont de responsabilités municipales.

M. Houle, qui siège à titre vice-président de la CSDC, ne s'est pas gêné pour exprimer sa déception de voir les maires se présenter à cette façon à cette tribune pour venir déverser tout le blâme sur la commission scolaire, alors qu'il leur aurait été possible de prendre le téléphone et de communiquer d'élu à élu dans une quête de solutions.

«Mais je comprends que cela n'aurait pas fait le coup d'éclat obtenu ce soir», leur a-t-il dit en les invitant néanmoins à reprendre le dialogue en vue de s'assurer de la sécurité des enfants dans un souci de partage.

Une séance extraordinaire

Le commissaire Bernard Nault, qui avait fait part au terme de la période mise à la disposition de l'assistance, de son intention de demander à ses confrères et consoeurs la possibilité de débattre d'une résolution pour exclure temporairement le milieu rural de l'application de la nouvelle politique de transport, est revenu à la charge avec un autre recours à la fin de l'assemblée.

À la surprise des autres commissaires qui se préparaient à quitter pour la pause estivale, M. Naud a émis le souhait que l'on tienne une séance extraordinaire pour prendre connaissance des nouvelles données apportées par les parents et pour reconsidérer en sous-entendu cette politique.

La présidente Jeanne-Mance Paul a pris note de la suggestion de son collègue, tout en lui laissant entendre qu'une telle rencontre, si rencontre il y aura, n'est pas pour la semaine prochaine en raison du travail qui reste à accomplir.

Organisations: Commission scolaire, Comité de parents contre la nouvelle politique de transport scolaire, Service du transport Claude Marchand Ministère des transports

Lieux géographiques: Saint-Lucien, Saint-Bonaventure, Notre-Dame-du-Bon-Conseil Saint-Germain Durham-Sud

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Derniers commentaires

  • Doris
    03 juillet 2012 - 07:34

    Depuis le temps qu'il en est question, M. Houle n'a pas tout à fait tors.