Devant une salle composée de jeunes, d'aînés, de parents, de représentants des organismes partenaires dont Didier Calvet, directeur de l'Association pour la création littéraire chez les jeunes, les élèves de «madame Joannie» ont donc livré de diverses façons les fruits de leur imagination fertile alimentée par une belle complicité avec leurs «vieux» amis.
Des jumelages
De fait, dans le cadre de ce projet intergénérationnel, les élèves de cette classe privilégiée ont été divisés en groupes de trois pour voir ensuite chaque groupe jumelé à un bénévole aîné de l'AQDR.
Le prétexte premier à tout cela était de créer des poèmes en vue de la publication d'un recueil, mais aussi et surtout, comme l'a bien exprimé Louise Rajotte, conceptrice du projet et intervenante sociale à l'AQDR, on voulait ainsi favoriser la transmission des valeurs de respect, d'entraide et de solidarité entre les individus de ces deux générations.
Kevin, un des jeunes participants, a fait preuve d'une franchise peu commune en avouant qu'au début, l'idée d'écrire des poèmes n'était pas très attirante, et qu'en plus, de le faire avec le support de vieilles personnes, n'était guère à première vue plus reluisante.
Mais après avoir bien écouté les motivations de madame Joannie et après avoir appris que certains des poèmes pourraient être transformés pour en faire un slam grâce à deux spécialistes du genre, Smike Fafard et Demsey Faille, la pilule a mieux passé.
Premier constat, le jeune homme retient que lorsque l'on veut, on peut réaliser bien des choses, y compris des poèmes, pourvu que l'on y mette les efforts.
Et s'il faut s'en remettre à l'autre conclusion qu'a livrée Kevin devant l'auditoire réuni pour le lancement du recueil, il y a tout lieu de croire que son opinion sur ces accompagnants d'un autre âge a beaucoup changé.
«Il faut savoir écouter ces personnes-là car ce sont elles qui peuvent nous aider à apprendre le plus de choses dans la vie», a exprimé Kevin avec toute sa belle franchise juvénile dans l'un des beaux témoignages de la journée.
Steven, un autre participant, n'a pas caché de son côté que ce projet en est un qui a non seulement rendu la classe fière, mais qui a permis à chaque participant de se rendre compte qu'il était capable de faire des choses qu'il aurait cru impossible au départ, comme composer un poème pour se libérer de choses difficiles à exprimer autrement, une façon de s'évader.
Andrès et Sabine ont fait à tour de rôle la démonstration que la chose était non seulement possible, mais souhaitable, en les écoutant livrer de vives voix leur poème respectif.
Comme un autre volet du projet consistait à mettre les jeunes poètes en contact avec des aînés vivant en résidence, des gens des Terrasses de la fonderie appartenant à un groupe de création littéraire ont spontanément répondu à l'appel.
L'idée était de susciter une réponse à chacun des poèmes, un exercice auquel une des leurs, Ghislaine, a fait verbalement pour en illustrer la teneur.
Se faisant le porte-parole de la quinzaine d'aînés ayant participé à cet exercice, Rémi Blanchard a avoué avoir constaté beaucoup de tristesse dans les textes des jeunes, d'où, de façon générale, des poèmes beaucoup plus tournés vers l'optimisme offerts en retour par les aînés dont celui rendu par Ghislaine devant l'audience.
Grâce à Smike et Demsey, qui ont réuni à l'avant de la salle quelques jeunes et aînés fort dynamiques dans un slam composé à partir des poèmes du recueil, le public a eu la démonstration que ces textes pouvaient également s'actualiser dans une forme différente, plus accessible à la jeunesse d'aujourd'hui, mais tout autant à la portée de ceux et de celles qui veulent s'ouvrir à cet art oratoire.
Bien sûr, le recueil de poésie qui a émergé de cet exercice se veut néanmoins la pièce maîtresse qui permettra aux œuvres des jeunes de l'école Duvernay et à leurs précieux collaborateurs de perdurer dans le temps.
Tout comme l'an dernier, avec les œuvres des élèves de 5e année de l'école Saint-Pie X de l'enseignante Lucie Rajotte, celles réalisées cette année seront également acheminées au Festival francophone de la poésie des jeunes.
Mme Rajotte a mis de nouveau à profit son expérience à contribution, cette fois à titre de chargée de projet.
Pour mieux faire comprendre à nos jeunes poètes l'importance de ce concours, Didier Calvet leur a expliqué que leurs œuvres se retrouveront en vedette avec celles d'une vingtaine de pays dont le Bénin, la Roumanie, la France, le Mali, etc., dans le cadre du 3e Festival francophone de la poésie des jeunes.
Il est d'ailleurs possible de prendre connaissance de ces poèmes en consultant le site de l'ACLJ.
Des partenaires
Bien sûr, un tel projet nécessite la collaboration de nombreux partenaires.
Le projet a pu être réalisé, entre autres, grâce à une contribution financière du Fonds régional d'investissement jeunesse du Centre-du-Québec, gérée conjointement par le Forum jeunesse et la Conférence régionale des élus du Centre-du-Québec.
Porte-parole du Forum jeunesse, Julie Provencher a vanté les mérites de ce projet intergénérationnel pour ce qu'il est et pour avoir été l'occasion pour les participants de faire la démonstration qu'ils sont capables d'aller jusqu'au bout de leur rêve.
Très émue par la prestation et le talent des poètes, et elle n'était pas la seule, Annick Bellavance, conseillère municipale à la Ville de Drummondville, n'a pas caché qu'elle a non seulement senti la passion chez ces créateurs des deux générations, mais encore le respect, l'entraide, la solidarité, voire l'amitié.
François Gardner, directeur général de la Société Saint-Jean-Baptiste-du-Centre-du-Québec, a lui aussi fait le même constat que Mmes Provencher et Bellavance.
M. Gardner a beaucoup insisté dans son message sur l'importance d'accorder une place de choix à la langue française, celui-ci exprimant que les plus vieux qui ont beaucoup fait pour la défendre comptent maintenant sur les gens de leur génération pour prendre le relais.
Cela rejoint très bien incidemment la mission de l'Association pour la création littéraire chez les jeunes qui souhaite donner à ces derniers le goût de lire et d'écrire par la promotion de la qualité de la langue et par la mise en valeur des créations littéraires de ces jeunes.
À la lecture du recueil et de la qualité des poèmes que l'on y retrouve et après avoir entendu les jeunes créateurs de la classe de madame Joannie s'exprimer, M. Gardner, M. Calvet et les autres partenaires ont sans doute de bons motifs d'être optimistes.
