Si la Table a retenu ce thème, tabou s’il en est un, c’est parce que la situation est alarmante. En effet, le Centre-du-Québec affichait, en 2004, le 2e nombre de suicides le plus élevés chez les 50 ans et plus de la province, derrière la région Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. Sur 46 suicides qui ont fait l’objet d’une enquête du coroner, 26 concernaient des Centricois âgés de 50 ans et plus (17 hommes).
Selon la directrice du Centre d’écoute et de prévention suicide (CEPS) Drummond, Sylvie Allard, il ne s’agit que de la pointe de l’iceberg, car dans la majorité des cas, la cause exacte du décès demeure nébuleuse.
«La détresse psychologique est peu reconnue chez les aînés, a-t-elle soutenu. Parce qu’ils ont moins de responsabilités, parce qu’ils sont «pris en charge», on a l’impression qu’ils n’ont pas de problèmes. Ils vivent pourtant, eux aussi, des émotions, mais ils ne trouvent pas toujours une oreille attentive pour les écouter.»
D’ailleurs, des 2715 appels logés au CEPS Drummond en 2006-2007, 1122 provenaient de personnes âgées de 50 ans et plus.
C’est avec ce constat peu reluisant en poche que la Table régionale de concertation des aînés du Centre-du-Québec a décidé d’initier un projet qui sensibilisera la population à l’ampleur de la problématique de la détresse psychologique et du suicide chez les aînés et mieux comprendre ses particularités, les étapes du processus suicidaire et la reconnaissance des signes précurseurs.
Il faut dire qu’une concertation de tous les intervenants régionaux en la matière était nécessaire pour démarrer un tel projet, a lancé la coordonnatrice de la Table, Marie-Marthe Lespinay.
«C’est complexe comme problématique. Chaque organisme a ses priorités, son plan d’action. Il fallait donc trouver un projet rassembleur. Celui-ci a obtenu l’assentiment de tout le monde», a-t-elle indiqué.
«Ce n’est pas encore ouvert facilement; il faut convaincre les gens qu’il y a là une réelle problématique, a renchéri le président de la Table, Roch Perreault. Les chiffres sont là pour le prouver. Les aînés apportent quelque chose à la société. Ils valent la peine qu’on se préoccupe de leur sort. Il faut comprendre qu’ils ont besoin de notre aide.»
Pour ce faire, un comité-conseil a été formé spécialement pour soutenir l’initiative. Celui-ci est formé d’une représentante des trois organismes de prévention suicide de la région (Mme Allard); d’une représentante de la Table de concertation du mouvement des femmes Centre-du-Québec (Francyne Ducharme); de trois membres du conseil d’administration de la Table régionale de concertation des aînés du Centre-du-Québec; du président de cet organisme (Roch Perreault); de la coordonnatrice du projet (Mme Lespinay); d’une chercheuse au Laboratoire de gérontologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (Sylvie Lapierre), et d’un représentant de l’Agence de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec.
D’ici le temps des Fêtes, tout ce beau monde s’activera afin d’abord d’inventorier ce qui existe comme outils à travers la province. Le comité verra ensuite à les bonifier et à les adapter à la réalité des aînés pour en faciliter la diffusion.
Une boîte à outils sera ainsi développée. Elle servira aux tables locales et aux associations pour réaliser des activités en lien avec la détresse et le suicide. Son lancement devrait avoir lieu en février, lors de la Semaine de prévention du suicide.
«Ça va nous permettre d’avoir un regard objectif. On va pouvoir arrêter de faire des essais-erreurs pour plutôt miser sur une méthode éprouvée», a indiqué Sylvie Allard, du CEPS Drummond.
Le plan d’action de l’initiative se décline en trois volets : sensibilisation, formation et pérennité. La Table compte sur une subvention de 30 000 $ provenant du Comité régional en développement social pour mener à bien son projet. Elle est également en attente d’une contribution financière du gouvernement fédéral.
Parmi les autres actions, notons la formation de personnes ressources sur le terrain (clubs de l’âge d’or, résidences pour personnes âgées, etc.) afin de reconnaître à temps les signes précurseurs de quelqu’un en crise suicidaire.
«Le nombre de suicides est révélateur d’une profonde détresse vécue souvent dans l’anonymat et la solitude. Personne ne s’inquiète quand une personne âgée parle de la mort. Pourtant, le message devrait être pris au sérieux. La famille et les amis ont un important rôle à jouer quand il y a des signes. Ils doivent encourager leur proche à en parler, à discuter de leurs pensées suicidaires», a précisé Marie-Marthe Lespinay.
La Table régionale de concertation des aînés aimerait bien que le Centre-du-Québec soit désigné comme une région pilote en la matière par le gouvernement du Québec. Ainsi, tout le travail qui aura été accompli ici profiterait éventuellement aux aînés des autres régions de la province.
«Si on peut exporter le projet, ça va permettre de sauver un plus grand nombre d’aînés», a indiqué Roch Perreault.
Formée en 1999, la mission de la Table régionale de concertation des aînés du Centre-du-Québec est d’améliorer et de protéger les conditions de vie, la qualité et le niveau de vie des aînés centricois. Elle travaille en étroite collaboration avec le Conseil des aînés du Québec.




