Selon Jean-Guy Dubé, directeur général de cette unique entreprise acheteuse de vaches de réforme au Québec, le projet est à l'étape du plan d'affaires et est évalué avec beaucoup de sérieux.
«Nous travaillons avec l'Union des producteurs agricoles pour ce dossier. S'il se réalise, ce sera la première fois au Québec et au Canada qu'une entreprise se lance dans le biodiésel. C'est un projet majeur pour la Municipalité de Saint-Cyrille puisque nous parlons d'un investissement de 70 millions $, lequel permettra l'embauche d'une vingtaine de personnes», a expliqué M. Dubé.
Déjà , l'entreprise réfléchit à l'hypothèse de construire un vaste bâtiment spécialisé, unique en son genre.
Si l'abattoir cherche tant bien que mal à trouver une solution «originale et rentable» pour revaloriser les déchets de nature animale, c'est que l'Agence canadienne d'inspection des aliments a instauré un nouveau règlement (en vigueur le 12 juillet 2007) qui obligera les abattoirs à retirer de la chaîne alimentaire animale, de même que dans les engrais, les matières à risque spécifiés (MRS). Elles comprennent notamment le crane, le cerveau, la moelle épinière, les yeux, les amygdales, certains nerfs et les ganglions des bovins. L'objectif est important : éviter d'autres cas de vache folle au Canada.
«À cause de ce nouveau règlement, les MRS ont perdu beaucoup de valeur sur le marché et nous devons trouver d'autres façons de les éliminer. Cela oblige aussi les abattoirs à mettre sur pied une deuxième ligne de production et à embaucher du personnel supplémentaire pour séparer ces matières des autres sous-produits. Il importe que nous trouvions des solutions pour demeurer compétitif, puisque l'industrie de l'abattage américaine n'a pas à vivre avec cette réglementation. C'est un règlement typiquement canadien», a mis en contexte Sonia Dumont, agente de communication de la Fédération des producteurs de bovins du Québec.
Jusqu'à maintenant, l'usine de biodiésel constituerait la meilleure des solutions pour les producteurs de bovins. Malgré le montant de l'investissement, elle permettrait aux producteurs de se prendre en main et, surtout, de maximiser la rentabilité de l'abattoir.
«L'idée est de construire cette usine-là à proximité de l'abattoir pour minimiser aussi les coûts de transport, a précisé Mme Dumont. Ça fait plusieurs mois que les producteurs de bovins discutent de ce projet. Différentes instances pourraient y participer, soit les gouvernements provincial et fédéral, des entreprises privées, l'Union des producteurs agricoles, etc. Nous ne faisons pas cavalier seul dans ce projet. Nous nous sommes entourés de gens qui vont nous aider à trouver la meilleure technologie possible. Si nous y allons avec une usine de biodiésel, nous allons devoir importer une expertise des États-Unis, puisque ce genre d'entreprise existe là -bas».
D'ici à ce que tous les fils soient attachés, l'abattoir Colbex Levinoff a adressé récemment une demande au gouvernement fédéral pour l'aider à couvrir les pertes encourues entre l'entrée en vigueur du nouveau règlement et le jour où les producteurs auront décidé de procéder à une première pelletée de terre.
