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Quand la langue devient l'arme des ambitieux

Quand la langue devient l'arme des ambitieux

Quand la langue devient l'arme des ambitieux

Caroline Lepage
Publié le Mars 11 2010
Publié le Juin 10 2010
Caroline Lepage

La difficulté des jeunes, et des moins jeunes, à bien écrire le français existait bien avant le clavardage. L'enseignante Madelaine Rouleau le sait bien. Mais cela ne l'empêche pas d'être en mode solution, en classe, pour améliorer la situation. Toutefois, elle admet parfois manquer d'arguments pour «vendre» cette langue pourtant réputée pour sa beauté.

Sujets :
Cégep de Trois-Rivières , Drummondville

«Pour des jeunes, j'ai l'impression qu'un message n'a pas besoin d'être bien écrit pour être compris», fait remarquer cette Drummondvilloise qui enseigne les sciences humaines au Cégep de Trois-Rivières.

D'ailleurs, cet établissement d'enseignement la dégage de certaines charges de cours pour lui permettre de mener, avec un collègue, un projet de recherche qui s'intéresse à la rigueur scientifique, la méthodologie et la capacité d'écrire des jeunes. Étant présentement à la phase de documentation, ils ne savent pas encore l'aboutissement de ce projet : cours, ouvrage de référence, etc.

Mais à ce jour, Mme Rouleau identifie que moins de 5 % de ses étudiants perdent un maximum de 1 % de points pour des fautes de français et que 20 % d'entre eux les perdent tous de façon systématique. À noter que la pondération accordée à la qualité de la langue varie selon les établissements.

Elle se nourrit donc des travaux d'étudiants pour comprendre le problème qui n'est pas, à son avis, uniquement lié à des difficultés de français. «Je pense qu'il y a un problème lié aux facteurs sociaux. Maintenant, tout est rapide et ça se reflète dans la manière d'écrire vite, au son par exemple. Le moyen d'information qu'est Internet rend aussi toutes les informations accessibles très rapidement. C'est comme si on n'a plus besoin de vérifier pour savoir s'il y a des fautes ou non. Pourtant, tous ces outils informatiques devraient faciliter le processus», enchaîne l'enseignante.

Manque d'intérêt ou difficultés réelles?

Lorsqu'elle dénote une capacité d'écrire insuffisante chez un élève, Mme Rouleau interpelle l'étudiant, à savoir si un manque d'intérêt est en cause ou si la personne éprouve réellement des difficultés. Le cas échéant, elle n'hésite pas à s'investir pour l'aider et le réfère vers le centre d'aide en français (CAF).

Tantôt, elle assiste à des résultats encourageants, tantôt elle a l'impression de manquer d'arguments pour transmettre son amour de la langue aux jeunes. «On dirait que de leur parler de cette langue belle, ça ne marche plus tellement…», constate cette femme, en faisant référence aux élans nationalistes des années 1970.

Des étudiants au Cégep de Drummondville qui agissent comme tuteurs et tutrices au CAF considèrent que la beauté de la langue comporte les avantages de ses inconvénients. «C'est une langue riche et, en même temps, tellement complexe. C'est un peu ce que les gens lui reprochent aussi…», évalue Émilie Deshaies. «On a plusieurs mots pour exprimer la même chose. Le français est important parce que c'est une langue qu'on utilise dans toutes les matières», renchérit Émilie Béchard.

Mais plus encore, Catherine Saint-Yves estime qu'une bonne qualité de français est un signe de politesse, de respect et de crédibilité, surtout pour se présenter à un employeur.

Finalement, pour Ariel Bélisle, le fait de bien maîtriser la langue devient aussi une question de fierté. «Le français, c'est une langue qui a de la classe», est-elle d'avis.

L'arme du pouvoir

L'auteur Christian Dufour était récemment de passage à Drummondville pour livrer une conférence sur son plus récent ouvrage : Les Québécois et l'anglais - le retour du mouton.

Comme ce dernier fait aussi la tournée des écoles, il a l'occasion de «vendre» aux jeunes la langue française, qu'il compare à l'arme du pouvoir. «Le français est une langue agréable à entendre. Sans nier sa beauté, je ne crois pas que ce soit une question d'amour, même si l'attachement au français est important chez beaucoup de gens. Moi, j'insiste sur la question du pouvoir et de l'ambition. Une langue, c'est une norme et je ne crois pas que le français soit si difficile. Il y a un tas de langues beaucoup plus complexes», expose-t-il.

Pour lui, les jeunes ambitieux s'organisent pour écrire de façon correcte parce qu'ils savent que c'est un mode qui amène à sélectionner les gens. «Si tu es ambitieux dans une société, il faut que tu t'organises pour maîtriser la langue écrite traditionnelle», communique-t-il.

Et d'après ce spécialiste, cette dernière n'est pas prête à disparaître, considérant que la majeure partie des activités, que ce soit la publicité ou les articles de journaux, ne sont pas écrites en langue de clavardage. «Donc je ne peux pas dire que ça m'inquiète…», exprime-t-il.

L'argument porteur, selon cet homme, c'est de dire aux jeunes intéressés à faire de l'argent ou à réussir que s'ils ne savent pas bien écrire la langue, ils vont en payer le prix… et peut-être même risquer d'être regardés de haut par ceux qui la maîtrisent. «Si tu n'es pas capable d'écrire un tant soit peu correctement, tu es handicapé», conclut-il.

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