Il faut dire cependant que bien que l'invitation était adressée aux parents des élèves de la CSDC, bon nombre d'intervenants de l'extérieur, dont des représentants de la Coalition pour la liberté en éducation (CLÉ), ont profité de cette deuxième et vraisemblablement dernière opportunité pour entendre les deux émissaires du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) et probablement davantage pour leur adresser leurs nombreuses doléances.
La veille, Pierre Bergevin, ex-sous-ministre adjoint et maintenant porte-parole du MELS dans ce dossier, et Jacques Pettigrew, responsable du contenu du programme éthique et culture religieuse, avaient fait le même exercice à Valcourt, cette fois à la demande de la Commission scolaire des Sommets.
MM Bergevin et Pettigrew ont indiqué qu'à leur connaissance, ces commissions scolaires étaient jusqu'ici les deux seules à devoir composer avec une opposition aussi sentie à l'égard du programme ECR à travers le Québec.
Cela se traduit, entre autres, par le boycott annoncé et/ou exercé par bon nombre de parents sous la forme du retrait de la classe de leur enfant lors de ce cours dont on questionne la légitimité.
Les deux représentants du MELS ont d'ailleurs confirmé que leur mandat était d'abord de donner l'information nécessaire sur ce nouveau cours et peut-être et surtout d'écouter ce que les parents ont à dire pour le transmettre aux autorités ministérielles.
Ainsi donc, dans la première partie de cette rencontre, Pierre Bergevin et Jacques Pettigrew ont d'abord voulu faire une mise en contexte ayant conduit à l'avènement cette année du cours d'éthique et de culture religieuse dans les écoles du Québec.
Ils ont indiqué qu'il s'agissait de l'aboutissement d'un long processus de près de 40 ans au cours duquel le système scolaire québécois est passé de structures et d'orientations essentiellement confessionnelles, catholiques et protestantes, à des structures laïques.
Dans ce processus, ils ont élaboré plusieurs dates et faits dont, pour n'en nommer que quelques-uns dans le désordre, l'avènement des écoles linguistiques à la place des écoles confessionnelles, le rôle de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, l'amendement à la Charte canadienne des droits de la personne, l'exercice du droit de dérogation du Québec, puis la décision en 2005 de l'Assemblée nationale du Québec d'y mettre fin dans trois ans, donc en 2008.
Ils ont en conséquence parlé de l'adoption du projet de loi no 95 qui est venu modifier la Loi sur l'instruction publique, ce qui a eu pour effet, depuis le 1er juillet dernier, de supprimer, pour les parents, le droit de choisir, chaque année, entre l'enseignement moral et religieux, catholique ou protestant.
Ce projet de loi, on le sait, modifie également l'article 41 de la Charte des droits et libertés de la personne concernant le droit des parents d'assurer l'éducation morale et religieuse de leurs enfants.
Ce dernier aspect constitue d'ailleurs la pierre angulaire des griefs de ceux et celles qui contestent le caractère obligatoire du nouveau cours d'éthique et de culture religieuse.
Plusieurs parents l'ont évidemment invoqué abondamment durant cette soirée.
Pour en revenir à la partie information, MM Pettigrew et Bergevin ont profité de l'occasion pour donner les grandes lignes de ce cours qui confie à l'école la mission d'ouvrir des horizons, de développer des talents et de donner les outils nécessaires à chaque individu pour vivre avec les autres en tant qu'être accompli, libre et responsable, dans une société québécoise en changement.
Pour le bénéfices des parents, les deux responsables du MELS ont énuméré et commenté brièvement les thèmes que les élèves auront à développer lors de chacun des cycles du primaire et du secondaire, et ce tant pour le volet éthique (qui semble causer moins problème) que pour le volet culture religieuse.
En dépit de quelques rares murmures, les personnes présentes à Saint-Cyrille ont été attentives aux explications apportées par MM Pettigrew et Bergevin, le seul élément désagréable étant la qualité du son.
La période de questions et d'échanges qui a suivi a cependant été beaucoup plus animée et le moins que l'on puisse dire, c'est que personne ne pourra reprocher au modérateur de la soirée, en l'occurrence Yvan Aubé, directeur général de la CSDC, de ne pas avoir laissé la parole aux parents.
Certains d'entre eux y sont allés de très longs préambules et leurs interventions visaient davantage à dénoncer la situation plutôt qu'à obtenir des réponses sur des éléments précis du programme.
D'ailleurs, bon nombre d'autres parents ayant manifestement obtenu satisfaction dans les exposés de MM Pettigrew et Bergevin et las des interventions à n'en plus finir de certains ont commencé à quitter graduellement la salle.
Toutefois, ceux et celles qui en avaient à redire n'ont pas lâché le morceau, de telle sorte que la rencontre a duré trois heures.
Si quelques interventions ont pris parfois l'allure de celles entendues lors de la Commission Bouchard et Taylor, la majorité de celles adressées aux deux intervenants traduisait bien les inquiétudes.
Sans toutes les énumérer, la question de la formation des enseignants est revenue souvent sur le tapis, mais autant du côté de la CSDC que du MELS, on a voulu se montrer rassurant devant des parents difficiles à convaincre.
Il y a aussi les éventuelles conséquences pour l'élève du boycott des cours qui ont été abordées, et cette fois, on a davantage fait appel à la prudence.
Pour un, Yvan Aubé a indiqué que la CSDC suivra évidemment l'évolution de la situation, mais qu'il n'est pas question de faire preuve d'une approche drastique.
Certains parents n'ont pas manqué d'invoquer que la veille, à Valcourt, l'intervention ultime de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) avait été mentionnée, ce qui ne sera manifestement pas le cas à des Chênes.
Sur le fond, les opposants ont formulé plusieurs craintes dont celles que ce nouveau cours banalisait la religion, la représentait faussement, ne permettait pas de comprendre chacune des religions, créait une interférence avec l'autorité parentale, n'apprenait pas ce qui est bien et mal et pouvait même encourager l'enfant à rejeter les positions reçues de ses parents, de son Église et de sa culture.
Bref, les deux porte-parole du MELS sont repartis de Saint-Cyrille avec une liste bien garnie de griefs dont le plus significatif étant ce caractère obligatoire du cours ECR.
Jacques Pettigrew et Pierre Bergevin verront donc à faire rapport au sous-ministre qui, selon la hiérarchie, le transmettra à la ministre.
Il y a tout lieu de croire, à la lumière des commentaires glanés ici et là chez les opposants, qu'il en faudra davantage pour qu'ils renoncent à l'idée du boycott ou, comme ils aiment mieux le dire, à l'exercice du droit de retrait de leur enfant durant ces cours.
