Tout comme son frère Fred, Nicolas Pellerin donne des lettres de noblesse à la tradition

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Collaboration spéciale : Claude Bérubé

De la musique traditionnelle dépoussiérée à laquelle on ajoute un zeste d’une talentueuse influence, voilà le copieux buffet musical qu’offre, pendant 90 minutes, Nicolas Pellerin en compagnie de ses deux comparses Simon Marion et Simon Lepage : les Grands Hurleurs.

Voilà une belle découverte que j’ai faite au Mondial des Cultures. Encore faut-il fouiner dans une programmation très dense. Tous les ans, j’inscris à mon agenda tous les « 5 à 7 » qui se déroulent sous le chapiteau de la Folklothèque.

On y présente toujours des ensembles, des musiciens, des danseurs qui n’ont peut-être pas atteint la notoriété pour être présentés sur la grande scène SAQ, mais dont le talent est surtout original et unique. Certaines présentations m’ont déçu au point de vouloir quitter la salle en compagnie de nombreux spectateurs. Mais la majorité m’a séduite, m’a fait pénétrer dans des univers inédits et fait connaître des artistes créatifs et des œuvres dont je n’aurais même pas soupçonné l’existence. Sans esquiver le plaisir dont j’ai profité. Que de beaux moments j’ai passés à me laisser séduire, à me nourrir de rythmes, de mélodies, de fredonnements, d’histoires qui ont su nourrir mon imaginaire. À défaut d’une notoriété, je doute que j’aurais acheté des billets pour aller les voir. Mon macaron du Mondial suffit chaque jour pour y diriger mes pas et renifler l’odeur d’une découverte.

Tout ce préambule pour introduire Nicolas Pellerin et les Grands hurleurs. Parce qu’ils ont fait partie de ces belles rencontres des « 5 à 7 » vendredi soir dernier. Parfois la musique traditionnelle laisse échapper des odeurs de musiques latines, africaines, puis de jazz, puis de blues et mêmes classiques. J’ai été estomaqué par les effluves des harmonies et des arrangements ingénieux qui se sont échappés avec l’apport du violoncelle de Simon Lepage et de la guitare mandoliniste de Simon Marion. Une approche exploratrice. Une nouvelle musique traditionnelle qui s’insinue dans le décor québécois.

L’âme de Nicolas enrobe cet ensemble et sa musique. La sympathie qu’il dégage et sa bonne humeur colorent son sourire fréquent. Un violoniste qui donne des lettres de noblesse aux violoneux. Un violon qu’il utilise parfois comme un banjo. Pas besoin de batterie, son tapage de pieds résonne tellement qu’il a suffi de regarder les pieds de l’assistance pour réaliser l’intensité de la communication rythmique. Peu de gens sont sortis. Le public était connecté, aimanté. Jusqu’à hurler certains refrains.

Son frère Fred racontait dans des entrevues qu’il passait de si nombreuses heures dans les archives des universités pour dénicher les fondements de ses contes. Elles sont si nombreuses, disait-il, qu’il pourrait y passer sa vie entière sans jamais réussir à en faire le tour. Un trésor national. Nicolas nous confiait suivre le même cheminement pour nous faire connaitre la mémoire musicale de notre nation. Une histoire de famille.

En auditionnant la chanson Les Marches du Palais, il découvrit qu’il y avait une version différente par région. Que ce soit le Lac St-Jean, la Gaspésie, la Beauce ou l’Abitibi. Plus d’une quinzaine. C’est là où le talent du p’tit gars de St-Élie-de-Caxton et de ses compères intervient. Ils choisirent les cinq versions les plus intéressantes. Avec des coupures et des collages, ils en firent une version exclusive tant pour les paroles que pour la musique dont le résultat a conquis tout l’auditoire et moi-même.

Ce n’est pas le fruit du hasard si leur premier album a gagné le Félix 2010 pour le meilleur album « trad ». Ils viennent de lancer leur deuxième album : Petit grain d’or. Ce n’est pas le fruit du hasard s’ils ont donné 200 spectacles tout autour de la planète l’année dernière.

J’apporte un petit bémol. Dans le cadre du Mondial, tout est coloré en s’inspirant des costumes folkloriques. Mais se présenter devant un auditoire d’adultes, vêtu comme celui qui vient de finir son changement d’huile, avec des jeans délavés et troués, enlève tout le cachet personnel du groupe. La totalité des « bands » suivent cette avenue avec pour décor tous ces fils qui serpentent la scène. Pas très original. Les grands artistes ont tous une marque de commerce qui les différencie. Ce que je leur souhaite.

Organisations: SAQ, Palais

Lieux géographiques: Les Marches, Lac St-Jean, Beauce Abitibi

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