Molière a écrit l’École des Femmes en 1662, l’histoire d’un homme d’âge mur, égocentrique et ignoble, Arnolphe, qui s’assurera de cloîtrer, de cacher pendant 13 ans, sa toute jeune et future épouse maintenant âgée de seize ans, la belle Agnès, loin de toute instruction, pour qu’elle soit moins instruite, moins informée, ignorante et qu’elle lui soit soumise, et docile. Il a la hantise d’être cocu. «Épouser une sotte pour n’être point sot» dira-t-il. Incroyable que ce raisonnement moyenâgeux soit encore si actuel en cette période d’émancipation de la femme. Il est grandement question d’amour excessif, de jalousie, du pouvoir des hommes sur les femmes et de vouloir posséder celle que l’on aime. Même en 2010, une troupe de la ville de Québec l’a interprété en situant l’action dans l’univers musulman à la sauce orientale. Yves Desgagnés, qui a signé la présente mise en scène pour les 60 ans du TNM et qui a la réputation de surprendre les spectateurs, a décidé de jouer sur plusieurs plans. Un personnage contemporain, pieds nus, fera ouvrir le rideau par un régisseur pour dévoiler une autre scène avec son rideau aussi. On se retrouvera dans les coulisses d’une scène. Notre personnage mettra la main sur le texte de la pièce et en la lisant deviendra le personnage Arnolphe. Le metteur en scène introduira une troisième scène avec aussi un rideau dans la deuxième partie pour y inclure des personnages dignes de la Commedia del Arte. L’intrigue est mince et aura une fin heureuse sans surprise pour les habitués de Molière. Mais le texte a une profondeur qui engendre inévitablement la réflexion.
Mon interrogation! Comment expliquer une salle à moitié remplie à la Maison des arts Desjardins. Et la moitié de cette assistance était constituée de cégépiens venus en groupe en autobus. Grâce à une subvention gouvernementale. Il m’a fallu au moins 20 minutes pour m’adapter à l’écriture de cette pièce de théâtre toute en vers alexandrins qui comportent 12 syllabes. Ce qui donne un débit spécial au rythme des répliques du texte. Je me suis donc inquiété de la réaction des jeunes et à leur compréhension. Ils ont ri et réagi aux bons endroits et ont acclamé passionnément la troupe à la fin. Mon inquiétude était donc vaine. En septembre un autre Molière avait attiré une plus grosse audience, mais il y avait le nom de Denise Filiatrault sur la marquise. Que faudra-t-il dans le futur pour justifier la présentation des grands classiques du théâtre à Drummondville ?
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