Je n’ai jamais vu ni lu la pièce originale. Je n’ai pas de repères pour comparer. C’est aussi bien. Est-ce un théâtre musical, une comédie musicale, un opéra populaire dans la lignée des Filles de Caleb, de Starmania ou Notre-Dame de Paris? Peu importe. René Richard Cyr, pour les textes et la mise en scène, et Daniel Bélanger pour la musique, se sont emparés de l’œuvre de Michel Tremblay pour lui donner une autre vie et en faire leur œuvre. Une mise en scène réglée au quart de tour pour permettre à 15 artistes de se mouvoir sans cesse dans ce décor de cuisine. Un jeu d’ensemble impeccable. Je ne trouve rien à redire, sinon que je suis reparti heureux. Un grand moment théâtral. Il n’y avait que du talent sur la scène. Une histoire qui se passe dans les années 1950 de ma jeunesse. Ma mère aussi collait ses timbres pour acquérir les items du catalogue. Bien avant l’arrivée des cartes comme les Air Miles. J’ai aimé ces personnages bien campés grâce à la caricature. Ces «madame» trouvent la vie plate, mais fustigeront celles qui osent sortir du rang. ne pièce amusante sur un fond de tristesse, des destins sans ambitions, une histoire de commères dans le décor d’une certaine époque, peinte sur toile. Quoique cette histoire peut se raconter encore aujourd’hui dans une situation contemporaine.
Germaine Lauzon vient de gagner un gros lot : un million de timbres qu’elle doit coller dans des carnets. Elles invitent ses belles sœurs, ses sœurs et ses voisines à un «party» de femmes pour les coller. Un beau prétexte pour raconter ces histoires de femmes. En chanson svp! Évidemment tout se termine dans la confiscation du trésor comme des vautours, dans l’abandon des amis et dans le rejet de l’enfant prodigue, la sœur qui est sortie du rang. La nature humaine étant ce qu’elle est, je présume qu’elles se retrouveront à nouveau pour colporter d’autres ragots.
Quelle belle distribution en soulignant quelques comédiennes de haut calibre comme Marie-Thérèse Fortin, Guylaine Tremblay et Maude Guérin. Elles chantent et jouent toutes très bien. Le son est impeccable grâce à des micros-oreillettes presque invisibles. Je ne les ai remarqués qu’à la fin. Quatre musiciens indispensables donnent le ton tout en étant discrets derrière un pan du décor.
Les mélodies sont jolies, entrainantes, dignes du grand talent de Daniel Bélanger, mais aucune que l’on fredonne en sortant. Tout comme pour les Filles de Caleb. Les textes criants de vérité de René Richard Cyr ont une couleur qui respecte intelligemment l’écriture de Tremblay.
La troupe ira célébrer le 40e anniversaire à Paris pendant plus d’un mois. Quand on sait le succès passé, je me demande encore comment les Français arrivent à saisir cet accent et ce vocabulaire dignes d’une anthologie. En lisant les documents remis, on y apprend que la pièce Les Belles Sœurs a été jouée dans 25 pays, en plus de 20 langues lors de 425 productions. Il faut certes des subventions et bien des commandites pour payer cette imposante troupe.
Trois représentations de cette nouvelle version sont présentées à Drummondville.