«Il faut une job steady pis un bon boss»

Envoyer à un ami

Envoyer cet article à un ami.

Par Claude BÉRUBÉ, collaboration spéciale

Le personnage a tout raté dans sa vie, même sa mort. Le BOSS EST MORT est l’histoire d’un gars de «shop», un dépendant pathologique de son boss exploiteur, un «looser». Il s’agit d’un recueil des monologues d’Yvon Deschamps. Certains ont été écrits, il y a quarante ans. D’autres plus récemment.

La Maison des arts Desjardins de Drummondville a récemment présenté la pièce Le Boss est mort. Notre collaborateur, Claude Bérubé, y a assisté.

Regroupés, les nombreux monologues sont devenus une pièce de théâtre à un personnage interprété magistralement par Benoit Brière. Satires de la société, autant la tragédie des monologues de Deschamps fut enrobée dans son humour, autant, regroupés, ils deviennent une représentation théâtrale où la tragédie, la tristesse et le rire deviennent la performance du comédien Benoit Brière. Petit de taille, il devient un grand parmi nos grands. Il sait passer d’une émotion à l’autre, à nous entraîner avec lui, du comique aux larmes. Parfois, on reconnaît le cabotin qu’il est.

Bien sûr qu’on rit souvent, mais pas tout le temps. On écoute. Et on se laisse transporter dans son monde à lui à travers toutes les émotions. Comme toute la pièce se déroule au bas d’un escalier, sans grands déplacements, les mots prennent toute la place. Une dimension tout autre pour ceux qui connaissent par cœur les célèbres répliques, comme «Vaut mieux être riche et en santé que pauvre et malade» ou encore «Y a ça avec le bonheur, sans lui on n’est pas heureux», le célèbre «Les unions, qu’ossa donne» et son père qui lui répète sur son lit de mort «Dans la vie, il faut une job steady et un bon boss». La pièce LE BOSS EST MORT inclut les célèbres monologues: «Dans ma cour; Pépère; Le bonheur; Les unions, qu’ossa donne; La violence; La sexualité; L’éternité; Le câble; L’argent; Les nouvelles à la télé américaine».

C’est avec la nostalgie d’une période de ma tendre enfance que j’ai revécu les lieux, les propos et les situations. Même la langue joualisante m’était familière. Sans le savoir, Deschamps a écrit une leçon de notre histoire. Je me demande comment a été la réaction des jeunes qui sont nés avec le numérique. Est-ce une façon amusante d’apprendre une époque ou trouvent-ils le temps long? Pourtant, je reconnais des situations proches de notre actualité, dans un environnement différent. L’Homme dans ses émotions et travers ne change pas au cours des siècles. Mêmes émotions, mêmes grandeurs et mêmes bassesses. Au cours de l’automne, j’ai assisté à deux pièces de Molière qui ne vieillissent jamais. J’ai aussi assisté à une pièce de Michel Tremblay où j’y ai reconnu mon époque, mais qui est aussi actuel. Je crois qu’on jouera encore cette pièce de Deschamps dans quarante ans. Toujours avec des larmes de joie et des larmes de peines. Il y a encore des employés qui se conduisent de la même façon avec leur boss qui les exploite.

Quand j’ai vu la structure du décor simpliste, mais efficace, j’ai revu des scènes de ma plus tendre en enfance. Derrière nos maisons à appartements, il y avait toujours cette structure qu’on appelait hangar, genre de remise ou pièce de débarras, avec un escalier qui descendait dans la cour, puis qui s’ouvrait sur la ruelle, notre terrain de jeux. Ruelle qu’empruntait le livreur des blocs de glace, puisque le réfrigérateur n’existait pas encore, et aussi le «guenilloux» qui ramassait le linge à recycler.

Une belle soirée intense où Benoit Brière nous raconte les textes de Deschamps pendant deux segments d’une heure. Quelle performance!

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5

Merci d'avoir voté

Haut de page

Commentaires

Commentaires