Gros Bouddha

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Septième chronique en direct de l'Asie

La nature au cœur de l'île de Hong Kong

De l'eau, des collines. Quand on veut échapper à la grisaille de la ville, on saute dans le premier bateau ou le premier métro. Nous voilà en quelques minutes dans un autre monde, où le gris fait place au vert. Au loin, les tours de Hong Kong nous rappellent la proximité de cette vibrante métropole. Mais le concert des klaxons fait place à celui des grillons.

Il y a tant à faire à Hong Kong que je ne sais pas par où commencer. Je veux bien tout vous raconter, mais je viens de me faire interrompre par un vieux papi, heureux de me parler en replaçant son dentier. Il me complimente sur mon sourire. Oui, je souris, et pas de ce sourire niais dont je gratifie les Chinois quand ils m'abordent dans leur langue. Je souris d'être ici, dans cette ville qui nous séduit. Plus que toutes les autres à présent.

Bouddha aussi aime Hong Kong. Bien assis sur l'île de Lantau, il arrive à dissimuler son imposante stature dans les collines environnantes. Visage souriant, la main levée comme s'il voulait saluer la ville au loin, il figure parmi les joyaux de Hong Kong. Du haut de ses 34 mètres, il est l'un des plus gros bouddhas assis au monde. Imaginez s'il se levait!

Mais un gros bouddha, ça ne vient pas tout seul. Pour lui rendre visite, il faut passer par les vendeurs du temple. Un mini Mont-Tremblant, avec ses jolies boutiques de part et d'autre d'une rue commerciale piétonnière. Là, au milieu de nulle part. Car pour saluer Bouddha, il faut prendre un traversier, puis un bus qui emprunte une route en lacets vertigineuse, en s'arrêtant pour céder le passage à quelques vaches qui bloquent la route. Quelle surprise, arrivés à destination, de constater que des commerçants ont flairé la manne touristique. Les moines se sont mis de la partie. On les voit attablés sur les terrasses des cafés. J'ai même pu suivre une leçon de kung-fu en plein air, donnée par trois jeunes moines fringants.

Pour rendre visite à cet imposant bouddha, il faut monter 250 marches, précisément. Je les ai comptées lors d'un défi que nous nous sommes lancés Frédéric et moi: descendre et remonter un à un, le plus rapidement possible, les escaliers menant à la gigantesque statue de bronze reposant sur une fleur de lotus. Mon musclé de mari a remporté l'épreuve haut le pied. J'ai dû changer la couche de Louka. Merde! Heureusement, Bouddha me souriait et me saluait.

Il a raison de sourire, Bouddha. Et pas de ce sourire niais dont il pourrait gratifier les nombreux visiteurs qui le prennent en photo. Non. Il sourit d'être là, d'avoir une vue imprenable sur les collines tout autour et sur cet océan d'où émergent des îles verdoyantes. Il sourit aussi au monastère Po Lin et à l'artère commerciale. Il a parfois la tête dans les nuages, qui déversent une brève averse puis se dispersent.

Nous étions si près de la ville et à la fois si loin. Du moins, c'est ce que nous croyions. Tiens, un téléphérique! Comme à Tremblant... Où mène-t-il? À Tung Chung. Ah bon! Et c'est où, ça? L'employé nous toise, médusé. Après avoir pris le téléphérique, on peut revenir à pied? L'employé, qui se méduse davantage, nous interroge à son tour. Pourquoi voulez-vous revenir alors que vous pouvez prendre le métro là-bas? Je m'exclame: wow! Le métro se rend jusqu'à cette île perdue... Après tout, il a fallu prendre un ferry à travers les flots puis un bus à travers les monts. Je confirme l'information auprès de l'employé, qui ne s'en peut plus d'être médusé.

Nous montons à bord du téléphérique, qui traverse un premier col et poursuit sa course à travers les collines. Bouddha nous dit au revoir de la main. Notre cabine passe à côté de l'aéroport, bifurque à droite en direction des immenses tours d'habitations et nous débarque dans un grand centre commercial. De là, nous prenons le métro, cherchant à comprendre comment nous avons pu passer d'une île isolée où seules les vaches provoquent des embouteillages, à une banlieue de Hong Kong où il fait bon magasiner. Si Bouddha voyait ça...

Petits pas sur le sentier

L'endroit le plus isolé, c'est en plein cœur de Hong Kong que nous l'avons trouvé. Olivier, un bon ami, a grandi ici. Il nous a chaudement recommandé la Tai Tam Family Trail pour une randonnée en famille. Sans poussette. Oui, Manu et Louka sont âgés de 4 et 2 ans. Ils sont assez grands pour marcher. Mais quand leurs petites papattes n'en peuvent plus, nous pouvons continuer. La poussette est comme un bus touristique «hop on, hop off», où nos enfants montent et descendent à leur guise. Une journée entière sans poussette, c'était une première.

Il faut d'abord trouver le sentier, dont l'entrée est dissimulée derrière un complexe résidentiel. La distance à parcourir, 3,2 kilomètres aller-retour, peut sembler minime, mais le léger dénivelé, la forte humidité, le soleil qui plombe et le plomb dans les jambes de Louka à la toute fin nous ont permis d'établir les limites à ne pas franchir lors de nos prochaines randonnées.

Le sentier serpente à travers les collines qui rivalisent de végétation, de touffeur, de luxuriance. Et que dire de la vue! Quand on émerge de la forêt, nos efforts sont gratifiés par la vision des environs, la ville en moins. Du vert à perte de vue. Comme si nous avions parcouru des kilomètres pour échapper au bitume, alors que nous sommes en plein cœur de l'île de Hong Kong. L'estomac dans les talons, nous avons improvisé un pique-nique tout au bout du sentier, avant de revenir sur nos pas. À la fin de la journée, les enfants étaient brûlés. Et ce n'était pas à cause du soleil.

Pattes de poulet, souris et coquerelles

Nous avons beaucoup marché à Hong Kong. Comme partout ailleurs, d'ailleurs. Nous nous plaisons à découvrir les environs à pied. La péninsule de Kowloon et sa frénésie commerciale, ce royaume du luxe cachant des palais de la contrefaçon, ces gens sur les trottoirs qui vous abordent ou veulent vous remettre leur prospectus, ces néons et ces sons, tout pour attirer le passant. Ces parcs, aussi, qui nous attirent davantage. Sur l'île de Hong Kong, à l'ombre du quartier des affaires, Sheung Wan et Wan Chai, deux secteurs qui ont traversé les époques, se modernisent tout en conservant cet air défraîchi. Ça pue parfois le poisson ou l'huile à cuisson. Les marchands sont regroupés par spécialités, les pommes avec les bananes, les quartiers de bœuf suspendus en plein air avec les pattes de poulet.

Loin des quartiers historiques, nous avons vu une souris. La plus célèbre au monde. Celle de Disneyland, qui a aussi ses quartiers à Hong Kong. En plus de Mickey Mouse, on y retrouve les attractions classiques, comme le célèbre château en version moins spectaculaire, It's a Small World, avec ses poupées de tous les continents, Space Mountain, des montagnes russes dans le noir, ou Jungle Cruise, une balade en bateau pour voir de faux animaux qui ont l'air vrai.

Les enfants ont adoré, sauf leurs premières montagnes russes qui ont reçu un accueil mitigé. Ça ne les a pas empêchés de tous deux s'endormir dans la poussette en après-midi. Nous sommes arrivés à l'ouverture et après les feux d'artifice clôturant la journée, nous avions largement fait le tour du site. Car aux États-Unis, comme pour tout, Disney est beaucoup plus gros. À Hong Kong, le train fait lentement le tour du site en une dizaine de minutes. La Floride, c'est moins loin et c'est bien mieux.

Dans notre chambre, ce n'est pas avec une souris que nous avons fait connaissance. Pire. Nous avons réalisé le dernier jour que l'immeuble abritant les Chunking Mansions était infesté de coquerelles. Des grosses. Bien nourries dans les étals de bouffe indienne au rez-de-chaussée. Et comme elles recherchent un minimum de confort, elles viennent passer la nuit dans notre chambre.

Une chronique en deux temps

Nous sommes maintenant à Macao. Dans un cinq-étoiles où les coquerelles ne sont pas les bienvenues. Frédéric, qui travaille dans l'hôtellerie, peut obtenir des rabais substantiels sur les chambres appartenant à son groupe. Et après dix nuits à partager notre minuscule pension de Hong Kong avec des bibittes, sur des lits à peine plus confortables que le plancher, nous avions envie d'un peu de luxe. De retour en Chine, la transition du Sofitel à nos hôtels habituels sera cruelle.

Cette chronique, je l'ai donc rédigée en deux temps. À Hong Kong, d'abord, dans un parc où nos garçons jouaient dans les structures de jeu, pendant que mon mari s'amusait avec sa voiture téléguidée. Rapidement, les enfants du quartier ont déserté les glissoires pour assister au spectacle. J'étais assise sur un banc de parc, l'ordinateur sur les genoux. Autour de moi, des gouvernantes, qui s'occupent des gosses de riches. J'ai discuté avec elles, écouté leurs histoires. Elles parlent anglais et sont généralement éduquées.

Elles viennent pour plusieurs des Philippines, où elles n'arrivent pas à faire vivre leur famille. Elles ont abandonné leurs propres enfants pour s'occuper de ceux des autres. Elles préfèrent travailler pour les Occidentaux, moins exigeants que les Chinois. Leur situation est précaire, leur employeur pouvant mettre un terme à leur contrat en tout temps. Elles ne vivent pas dans des conditions enviables, mais elles ne se plaignent pas. Au contraire. C'est mieux qu'à la maison. Tiens, les Chunking Mansions, où nous logions à Hong Kong, sont souvent leur premier hébergement à leur arrivée. En jasant, les gouvernantes font des guili-guilis aux bambins sous leur responsabilité.

J'ai fermé mon ordinateur pour ouvrir la porte à la vie des gens d'ici. À ces femmes qui vivent dans l'ombre des gratte-ciel de la haute finance où œuvrent leurs employeurs. À la vie de ces mères sur lesquelles les néons de la ville ne jettent aucun éclairage. À ces travailleuses qui n'ont pas d'histoires à succès à raconter aux médias. Et je me suis dit que j'allais vous parler un peu d'elles. La prochaine fois, vous prendrez le bateau avec nous jusqu'à Macao.

 

L'ASIE EN BREF...

Tout est beaucoup plus cher à Hong Kong qu'en Chine. Les prix de plusieurs biens et services s'apparentent à ceux du Québec. Le reste est légèrement moins cher, mais on n'y fait pas d'aubaines.

Les automobilistes n'ont pas tendance à dépasser les limites de vitesse. Au contraire, règle générale, ils frôlent plutôt la limite inférieure autorisée sur les autoroutes. L'économie d'essence a raison des révolutions moteur.

Des sites comme Facebook et Youtube ne sont pas bloqués par la censure à Hong Kong et à Macao. Les manifestations publiques sont aussi tolérées, contrairement au reste de la Chine.

Quand un homme chinois a chaud, il roule son chandail, exposant sa bedaine. Pas très gracieux.

Les deux types de bus les plus communs à Hong Kong sont ceux à deux étages, comme les «double deckers» londoniens, mais avec l'étage supérieur fermé et climatisé, ainsi que les minibus pouvant transporter 16 passagers. Il y a peu d'entre-deux.

Dans un restaurant, après nous avoir remis le menu, les serveurs restent généralement plantés à côté de nous, attendant de prendre notre commande sur-le-champ. Ils sont décontenancés lorsque nous prenons plus d'une minute ou deux à faire nos choix.

À Hong Kong, il y a du wi-fi partout: dans les centres commerciaux, dans les parcs... Le gouvernement est directement responsable de l'offre d'internet sans fil dans certains lieux publics.

Les grues font partie du paysage urbain. Pas moyen d'admirer la vue sans apercevoir un, voire plusieurs chantiers de construction.

Dans les rues à sens unique de Hong Kong, des instructions sont peintes sur la chaussée pour indiquer aux piétons de quel côté regarder avant de traverser. Comme le volant est à droite et que les automobilistes conduisent donc «à l'envers», nous en aurions besoin partout!

Même les moines aiment la voiture téléguidée de Frédéric!

 

À lire...

Hong Kong sous les feux - 6e chronique

Sur le dos du dragon - 8e chronique

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Derniers commentaires

  • Geneviève
    17 juillet 2012 - 23:49

    J'ai beaucoup aimé la finale de ce texte (re: lumière sur les gouvernantes). Profitez pleinement de votre confortable séjour au Sofitel;-) G;-)

  • BEHANZIN
    10 juillet 2012 - 15:22

    Bonsoir, Je connais la Chine a travers tes chroniques. merci beaucoup et bon séjour. A bientôt.