Hong Kong sous les feux

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Sixième chronique en direct de l'Asie

Hong Kong vu du Star Ferry dans Victoria Harbour

Il faisait noir lorsque nous sommes revenus sur terre, à la sortie du métro. Les rues autour de notre hôtel, en plein cœur de Hong Kong, étaient plus animées qu'à l'habitude, comme si c'était possible. Les piétons n'envahissaient plus seulement les trottoirs, mais la chaussée aussi. Tout un périmètre était bloqué à la circulation. Un flux migratoire se dirigeait vers le sud.

Curieux, nous avons suivi le troupeau. Des policiers avaient dressé des cordons de sécurité. À chaque pas, la foule devenait plus dense. Nous sommes arrivés près du bord de l'eau au moment où tout a explosé. Bang! Bang! Re-bang! Le ciel s'est illuminé. Rouge. Vert. Re-blanc. Hong Kong brillait de mille feux d'artifice.

Tiens, ils célèbrent la fête du Canada ici aussi? Nous étions le 1er juillet. Allons, un peu de culture générale! Nous avions assisté à la commémoration d'un événement historique: le 15e anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Et ça pétait fort pour l'occasion.

Hong Kong, ce n'est pas tout à fait la Chine. Colonie britannique de 1841 à 1997, la ville s'est occidentalisée. L'influence de l'Angleterre se reflète notamment dans l'architecture, dans l'anglais largement répandu et dans l'offre alimentaire. Aussi, dans la proportion impressionnante de Blancs dans les rues. C'est visiblement plus riche, plus moderne. Un pays, deux systèmes. C'est ainsi que la Chine gère Hong Kong, pour encore 35 ans. Car Hong Kong, ce n'est pas tout à fait la Chine. Pas encore.

Placard à louer

Pour voyager pendant près de cinq mois, il faut savoir être économe. Nous ne nous privons d'aucune activité sous prétexte que c'est trop cher. Mais nous sauvons sur le prix de l'hébergement et de la bouffe. Nous mangeons sur le pouce ce que nous achetons à l'épicerie pour éviter de trop fréquenter les restos. Nous optons pour des hôtels ou des appartements bien situés, mais à bas prix.

À Hong Kong, nous logeons dans la chambre la plus dispendieuse jusqu'à présent... la plus poche, aussi! Les hôtels sont ici hors de prix. Pour être au cœur de l'action, nous avons dû faire des concessions. Notre chambre - un placard avec toilette - est plus spacieuse que les autres qui correspondaient à notre budget. Elle figure parmi les Chungking Mansions, réputés à Hong Kong. Pas pour leur qualité, mais pour leur prix. Nous avons une vue sur l'intersection la plus achalandée de la péninsule de Kowloon, dans Tsim Sha Tsui.

Pour entrer dans l'édifice où flotte une vague odeur de curry et de pieds, il faut d'abord contourner les rabatteurs. Montres? Vêtements sur mesure? Chambre pas chère? Juste pour toi mon ami! Au premier étage, les Nations-Unies sont représentées, avec une forte proportion d'Indiens. Nous nous régalons de chai, de pain naan et de samosas, achetés dans le bazar où les téléphones cellulaires côtoient la pornographie et les boutiques de souvenirs cheaps. Dans les immeubles avoisinants, pourtant, on retrouve des joailleries aux côtés des boutiques Prada et Louis Vuitton.

Pour monter à notre chambre au troisième étage, ça se complique. Il faut d'abord trouver le bon ascenseur. Et ensuite sélectionner celui de droite, qui monte aux étages impairs! Puis attendre. Encore et encore. Car ce minuscule ascenseur est particulièrement lent et bondé. Un garde de sécurité doit assurer l'ordre. Redescendre est presque impossible, puisqu'après de longues minutes, lorsque l'ascenseur arrive enfin à notre étage, il est généralement plein à craquer. Nous plions la poussette et entamons la descente dans l'escalier de secours qui embaume l'urine, lieu parfait pour un crime.

Notre hôtel me rappelle notre voyage de noces, il y a une décennie déjà. Nous étions partis pendant près d'un an, sans un rond ou presque. Nos standards ont légèrement évolué depuis. Nos deux garçons nous incitent à plus de précautions. À Hong Kong, la chambre est minuscule, mais propre. Et c'est pas cher. Juste pour toi mon ami!

28 heures de train

Monter à notre chambre n'a toutefois rien d'un défi quand je repense au trajet Shanghai - Hong Kong que nous nous sommes tapés. Il n'y avait de pas couchette disponible avant le... 25 juillet! Le 29 juin, nous avons donc monté à bord d'un train pour Guangzhou, en désespoir de cause. De là, nous avons pris un taxi de la gare centrale à celle de l'est, d'où partent les trains pour Hong Kong. Après 28 heures de voyagement, nous avons finalement posé nos bagages!

Nous avons payé une fortune pour des couchettes en classe «couché mou», la seule disponible. Ce n'était même pas mou pour vrai! Et ce n'est qu'à notre arrivée dans le train que nous avons réalisé que nous avions non seulement des cabines séparées, mais des wagons différents! Une bonne main d'applaudissement à la commis blasée qui nous a vendu les billets!

Étonnamment, le trajet s'est bien déroulé, sans crise mémorable. Les films que nous avons fait jouer sur mon ordi pour tous les enfants du train y étaient sûrement pour quelque chose. Manu et Louka se sont liés d'amitié avec Ti-Cul, un gamin turbulent exclusivement nourri aux bonbons. Il avait le cœur sur la main et les sucreries dedans, prêt à partager avec nos rejetons. Nous avons survécu!

Avant de quitter Shanghai, nous avons fait une dernière escapade dans une petite ville voisine. Réputée pour ses jardins et ses canaux, Suzhou nous a charmés. Parmi les nombreux espaces verts à découvrir, nous avons opté pour le Jardin de l'humble administrateur. C'est son nom! Et il n'avait rien d'humble, avec ses magnifiques sentiers de pierre traversant des bassins regorgeant de lotus et de poissons bien dodus.

Nous nous sommes offert notre première randonnée en cyclo-pousse. Un incontournable en Chine. Notre chauffeur maigrichon a pédalé pour la peine, avec à bord deux adultes, deux enfants, une poussette et un sac bien rempli. Zigzaguant dans le trafic, les autos d'un côté et les motos de l'autre, il nous a menés à bon port, une charmante petite rue ancienne au bord d'un canal. Nous y avons marché, jusqu'à ce que nous ayons l'estomac dans les talons. C'est là que nous avons fait une pause dans une maison qui sert des dim sums depuis 130 ans. Je dis une maison, car chaque table est disposée dans une pièce séparée. Pour une bouchée de pain, nous avons commandé des bouchées plus succulentes les unes que les autres. J'y ai savouré ma première soupe won-ton et siroté mon premier véritable thé, au jasmin à la «perle de dragon».

Pour notre ultime journée à Shanghai, j'ai traitreusement abandonné mes hommes pour retrouver Valérie, une Québécoise en Chine pour six mois. Nous avons longuement marché, jusqu'à un musée bien caché d'affiches de propagande. À l'entrée du complexe résidentiel, le gardien de sécurité, habitué aux étrangers, nous a remis sans mot dire un plan des immeubles, afin que nous puissions nous repérer. C'est au sous-sol de l'un d'entre eux que se cache le petit musée, aux multiples posters exposant la propagande chinoise des cent dernières années. Les paysans sont glorifiés, les Américains sont écrasés, Mao est un héros... Même Fidel Castro y est dépeint, aux côtés d'autres figures emblématiques du communisme. Malgré les explications en anglais et en français, j'aurais aimé pouvoir lire le Chinois, afin de déchiffrer les messages probablement croustillants sur les images. La propagande chinoise n'est pas subtile pour deux yuans!

Mer et montagnes

Nous sommes à Hong Kong pour dix jours. Nous nous y plaisons déjà. Je suis assise au parc Kowloon, à deux pas de notre hôtel. Manu et Louka s'amusent depuis des heures dans l'aire de jeux pour enfants, qui me donne envie à moi aussi de courir et de grimper partout. En face de nous, une piscine invitante aux multiples bassins étagés. Nous y ferons saucette un peu plus tard pour nous rafraîchir, car à Hong Kong, la météo est de 32 degrés chaque jour et l'air est saturé d'humidité. Une véritable fournaise à ciel ouvert! Nous sommes au sud de la Chine, en plein été, et ça paraît.

Hier, nous avons fait escapade dans les environs de Stanley, à la pointe sud de l'île de Hong Kong. Nous avons pris le Star Ferry, traversier mythique offrant une vue imprenable sur les gratte-ciel qui concurrencent les collines verdoyantes. Un peu comme Rio de Janeiro, sans son Cristo Redentor ni ses favelas. Et beaucoup plus de fric.

La plage publique de Stanley était bondée en ce lundi férié. L'eau du Pacifique, plus précisément de la mer de Chine méridionale, y est particulièrement chaude. Les familles se baignent à l'intérieur des limites du filet anti-requins. Les amateurs de voile s'exercent dans un paysage de carte postale. Nous avons conclu la journée par une promenade en bord de mer. Une promenade huppée, pour riches expatriés promenant leur enfant et leur chien habillés de vêtements griffés.

La plus célèbre colline de Hong Kong, coiffée du pic Victoria qui s'élève à un gros 552 mètres au-dessus du niveau de la mer, est un lieu de prédilection pour prendre de fantastiques photos de voyage. Nous avons atteint le sommet en tramway bondé, qui gravit la colline dans un angle qui défie les lois de la physique. Après la séance de photos d'usage, nous avons redescendu par un sentier particulièrement escarpé, que nos mollets endoloris se plaisent à nous remémorer. Le mot «luxuriant» est faible pour décrire la végétation environnante.

De retour dans le béton, éreintés, dégoulinants, nous avons pris la direction des célèbres escaliers roulants à 20 niveaux qui permettent de regagner le niveau de la mer, ou presque, en gardant ses aisselles au sec. Mauvaise nouvelle arrivés à destination: ils roulaient du mauvais bord! Le matin, ils descendent; le reste du temps, ils montent. Nous avons donc descendu les marches une à une, encore et encore. Puis, arrivés tout en bas, nous avons réalisé que c'était plus chouette au milieu. Nous avons donc rebroussé chemin en empruntant ces fameux escaliers roulants, avant de prendre une pause bien méritée.

C'est maintenant l'heure d'une pause piscine. À Hong Kong, les possibilités d'activités en famille sont multiples. Et nous comptons bien en profiter. Plus que de notre chambre d'hôtel...

 

L'ASIE EN BREF...

Mon royaume pour un lit mou!

Vous vous rappelez de la crainte d'une pandémie de grippe aviaire? Les autorités de Hong Kong sont encore sur les nerfs. À la douane, on ne passe pas une fois, mais bien à deux reprises devant des capteurs de température, pour s'assurer que toute personne pénétrant sur le territoire n'est pas fiévreux. Des messages de santé publique sont diffusés un peu partout, invitant à porter un masque au moindre symptôme de rhume ou de grippe.

À Hong Kong, ancienne concession britannique, le volant est à droite. Les autos roulent donc à l'envers, ce qui augmente le niveau de difficulté quand vient le temps de ne pas se faire frapper!

Les Chinois sont fous de leur cellulaire. Partout, ils pitonnent. Dans le train, ils reçoivent des messages et des appels à toute heure du jour ou de la nuit. Dans certaines toilettes, des filets pour déposer le téléphone sont même aménagés!

Les usagers des trains de Hong Kong peuvent parfois opter pour des «wagons tranquilles», ou «quiet cars». C'est quoi exactement? On n'a pas pu les expérimenter, parce que Manu et Louka entrent plutôt dans la catégorie «wagon en folie».

Personne ne s'attend à recevoir du pourboire. Sauf les personnes oeuvrant dans le tourisme de luxe.

La propreté est de rigueur à Hong Kong. Un peu partout, que ce soit dans les toilettes publiques ou sur les boutons d'un ascenseur, une affiche précise le nombre de fois où un lieu ou une surface fait l'objet de désinfection chaque jour.

Les prises électriques chinoises peuvent accommoder presque tous les types de fils. Il en existe deux sortes, dont une offrant une panoplie d'options. Pratique... quand elles fonctionnent!

Certains taxis sont équipés de portières à ouverture automatique. Parfait pour les paresseux!

Que ce soit sur le bord de la mer ou à côté d'un McDo, nous n'avons pas encore aperçu de mouettes. Peut-être dans nos assiettes? (Mes excuses au peuple chinois; elle était facile...)

 

À lire...

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Derniers commentaires

  • BEHANZIN
    03 juillet 2012 - 14:43

    Bonsoir, Je vous souhaite beaucoup de courage et bon séjour, je suis fier de toi.

  • BEHANZIN
    03 juillet 2012 - 14:40

    Bonsoir, Je vous souhaite beaucoup de courage , et très fier de ton courage, bon séjour.