Ce potager dit urbain, qui contrevenait aux règlements du nouveau plan d’urbanisme municipal, pourra non seulement poursuivre sa production jusqu’à la fin de la présente saison, mais les élus, après une longue discussion en atelier lundi après-midi, ont accepté de revoir la réglementation contestée pour la bonifier en faveur de cette initiative unique en matière d’agriculture urbaine. C’est ce que la mairesse Francine Ruest Jutras a fait savoir à Michel Beauchamp qui s’était avancé au micro à la période des questions au terme de l’assemblée municipale lundi soir.
«À la suite de la conversation que nous avons eue vous et moi au mois de juillet, a expliqué la mairesse à son interlocuteur, j’ai transmis votre demande à mes collègues et, après discussions, nous avons convenu que vous pourrez terminer votre saison sans problème et que nous allons préparer un nouveau règlement pour permettre ce type de potager en cour avant tout en encadrant leur réalisation en milieu urbain. Je crois même que le dépôt de ce prochain règlement, auquel vous êtes invité à vous associer, pourra faire école. Nous croyons que le tout sera prêt pour mars prochain».
M. Beauchamp, qui était accompagné de sa conjointe Josée Landry et de plusieurs citoyens venus appuyer sa démarche, s’est dit heureux et soulagé d’entendre cette décision de la Ville. Il n’aura donc pas à payer l’amende qui était prévue à compter du premier septembre.
«C’est un grand soulagement. Je ne m’attendais pas à ça. Je savais que j’avais un droit acquis, mais je ne voulais pas être marginalisé dans cette affaire. Je tenais à ce que d’autres citoyens puissent profiter des bienfaits d’un tel potager. J’ai mené cette bataille pour tout le monde et j’ai été encouragé par de nombreuses personnes à travers le monde via le web. J’ai même une pétition électronique de plus de 35 000 noms», a révélé M. Beauchamp qui a été applaudi à la fin de son intervention.
Un guide à venir
M. Beauchamp a ajouté qu’il prévoit rédiger bientôt un guide pour instruire les jardiniers en herbe qui voudraient se lancer dans ce genre d’entreprise. «Au cours des derniers mois, j’ai été en contact avec plusieurs spécialistes qui ont accepté de collaborer à ce guide qui montrera comment faire un potager propre et efficace. Je vous inviterais même madame la mairesse à écrire la préface», a-t-il lancé, ce à quoi Mme Ruest Jutras ne semble pas s’être objectée.
Josée Landry ne voit pas cette décision comme un recul de la Ville. «Au contraire, c’est un avancement extraordinaire. Et bien sûr qu’il faut prévoir un encadrement dans le règlement à venir», a-t-elle commenté, contente de ce dénouement.
Cette victoire citoyenne, le couple de jardiniers la doit en partie à la médiatisation quasi incomparable de cette histoire qui, depuis que L’Express en a fait état au début du mois de juillet, a fait le tour du monde sur Internet, non seulement sur les réseaux sociaux, mais également dans les grands médias, dont France 24, qui a publié la photo de Ghyslain Bergeron. À preuve, lundi soir, de nombreux médias, incluant Radio-Canada, TVA et La Tribune, étaient représentés à l’hôtel de ville.
«Je sais que bien des commentateurs ont traité cette histoire de façon virulente, a reconnu la mairesse, mais le débat entourant ce potager urbain nous a fait avancer. Nous allons voir le rayonnement de notre règlement et nous entendons mettre sur papier une règlementation qui fera école. Nous allons nous renseigner auprès de certaines villes qui permettent cette cohabitation de l’agriculture urbaine. C’est le pari que nous faisons».
Seule ombre au tableau, la fameuse emprise de la rue ne semble pas claire aux yeux de Michel Beauchamp qui demande aux autorités municipales d’y apporter des précisions. Il a aussi fait remarquer que le mois de mars est un peu tard pour déposer la nouvelle réglementation. «Il faudrait que les jardiniers sachent à quoi s’en tenir dès le mois de février, et même janvier», a-t-il soumis. Là aussi, le conseil municipal s’est montré ouvert. «Effectivement, nous ne voulons pas étirer la sauce», a convenu Mme Ruest Jutras.

