Certains éléments d'ordre environnemental négligés par le ministre Blanchet

Gérard
Gérard Martin
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Dans sa réponse en lien avec la mini-centrale de Sainte-Brigitte-des-Saults

Accompagné de Jacques-Laurent Lampron, Pierre Leclerc (à gauche), de la Fondation Rivières, a fait un arrêt à L'Express pour commenter, entre autres, la réponse du ministre Blanchet dans le dossier de la mini-centrale de Sainte-Brigitte-des-Saults.(Photo : Ghyslain Bergeron)

 

De passage à nos bureaux en compagnie de Jacques-Laurent Lampron, un citoyen de Sainte-Brigitte-des-Saults qui se bat pour le démantèlement de la petite centrale hydroélectrique de Sainte-Brigitte-des-Saults, Pierre Leclerc, porte-parole de la Fondation Rivières, a voulu réagir à la réponse du ministre Yves-François Blanchet dans le dossier entourant le renouvellement du contrat d'électricité par Hydro-Québec avec la compagnie ontarienne Algonquin Power.

M. Leclerc s'est attardé principalement à deux aspects de la réponse du ministre Blanchet, à savoir pourquoi d'abord le ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) ne voit pas la nécessité de greffer une passe migratoire à poissons à ce barrage prenant place sur la rivière Nicolet Sud-Ouest.

L'autre volet qui chatouille toujours la Fondation Rivières porte sur la méthode de calcul utilisée pour arriver à établir qu'on y respecte ou non le débit écohydrologique requis.

Passe migratoire

D'entrée de jeu, Pierre Leclerc n'est pas sans déplorer, même si l'actuel ministre n'y est pour rien, que le projet de Sainte-Brigitte-des-Saults s'est réalisé sans une étude d'impacts et sans offrir aux citoyens la possibilité d'aller en audiences publiques, et ce, contrairement à la Loi de l'environnement.

Il met ensuite en lumière le fait que le premier certificat d'autorisation environnementale, émis en 1992 à Hydro P-1 dans le cadre des travaux de construction, fait spécifiquement état de l'obligation de créer et d'exploiter une passe migratoire à poissons, et de respecter un débit réservé minimal de un (1) mètre cube à la seconde.

«Le ministère reconnaissait donc la nécessité de la passe afin de permettre la circulation de l'ichtyofaune, mais elle n'a jamais été construite puisque Hydro P-1 a déclaré faillite. Le rapport de la Commission d'enquête Doyon, qui s'est penché sur le cas de cette centrale, mentionne d'ailleurs clairement que l'exigence de respecter un débit réservé devenait extrêmement importante pour protéger le milieu aquatique», met-il en perspective.

Ce qui étonne davantage M. Leclerc, c'est qu'en décembre 1997, le certificat accordé à Algonquin Power comprend les mêmes exigences, sauf que l'installation de la passe migratoire devient soudainement conditionnelle à une demande du ministère.

«La passe aurait donc été nécessaire, mais temporairement? Comment expliquer que, cinq ans plus tard, cela ne soit plus nécessaire pour les poissons de migrer. Qu'est ce qui justifie ce changement? Des considérations économiques ou environnementales ?», questionne ce porte-parole de la Fondation Rivières demeuré manifestement sur son appétit avec les explications d'Yves-François Blanchet.

«Le ministre mentionne que l'état de la rivière ne requiert pas une passe migratoire. Encore là, il n'explique pas ce qu'il entend : la rivière est-elle déjà si mal en point, sans poisson, qu'il n'en vaut pas la peine de la restaurer? La situation lui est-elle acceptable, et sur quelles données scientifiques ou relevés se basent-ils?», rajoute-t-il à son questionnement.

À cet égard, Pierre Leclerc demande que le MDDEFP rende publics les études de caractérisation biophysique ayant conduit à l'émission du certificat d'autorisation et les permis attestant la conformité des installations d'Algonquin Power avec les exigences prévues dans la Loi sur les eaux navigables, gérée par Pêches et Océans Canada.

Et, dans ce dernier cas, il souhaite savoir si le ministre responsable de POC, en vertu de la Loi 20 sur les pêches, a déjà recommandé une passe migratoire sur cette rivière.

Débit écologique

D'autre part, le porte-parole de la Fondation Rivières fait valoir que l'exploitation de centrales hydroélectriques ne peut qu'entraîner des modifications du régime d'écoulement qui, à leur tour, peuvent occasionner des effets négatifs sur les habitats du poisson et la libre circulation de ce dernier.

Il évoque qu'en avril 1999, le gouvernement du Québec a adopté la Politique des débits réservés écologiques pour la protection du poisson et de ses habitats afin de prévenir et minimiser les impacts négatifs associés à la réalisation de certains projets en milieu hydrique dont ceux concernant l'exploitation de toute centrale hydroélectrique.

D'ailleurs, le cas de la petite centrale de Sainte-Brigitte, analysé et critiqué par la Commission Doyon, n'aurait pas été étranger à cette nouvelle politique, celle-ci ayant établi dans son rapport final «l'insuffisance d'un débit réservé de 1 mètre cube à la seconde».

Le plus ironique dans l'affaire, c'est que le certificat d'autorisation pour la centrale de Sainte-Brigitte ayant été délivré avant la mise en place de cette politique, les installations actuelles ne tiennent donc pas compte d'un nouvel ensemble de mesures établies pour favoriser l'habitat du poisson.

«Le ministre peut prétendre que le certificat d'autorisation environnementale est conforme aux exigences initiales prévues en matière de débit minimal, mais il ne dit pas si ce débit correspond aux nouvelles exigences de la Politique», fait valoir M. Leclerc en alléguant de son côté que la centrale de Sainte-Brigitte n'y est malheureusement pas assujettie, puisque construite avant 1999.

Toutefois, celui-ci se questionne sur le fait que le ministre parle de façon spécifique du respect d'un débit «écohydrologique» à Sainte-Brigitte-des-Saults.

«Le choix des mots n'est pas neutre. Ce type de débit est justement calculé sur la méthode recommandée dans la Politique. Le rapport Doyon, et subséquemment le BAPE tenu en 2013 au canyon Sainte-Anne sur la Côte de Beaupré, ont remis en question les méthodes utilisées par les promoteurs et autorisés par le Ministère. La méthode que l'on juge appropriée d'utiliser, elle-même identifiée par le Ministère et que nous avons mentionnée dans notre rapport au BAPE sur le projet de la petite centrale de Val-Jalbert, consiste à prévoir un débit minimal de 40% du débit d'étiage de la rivière», expose M. Leclerc en réclamant du ministre qu'il dise comment est établi le débit sur le site de la centrale de Sainte-Brigitte, et sur quel mode de calcul.

En guise de conclusion, le porte-parole de la Fondation Rivières demande que soient rendus publics les rapports d'analyse ayant conduit à la détermination du débit réservé d'un mètre-cube/seconde pour l'opération de la centrale de Sainte-Brigitte-des-Saults.

M. Leclerc émet le souhait que soit révisé l'actuel débit minimal afin qu'il corresponde au débit écologique recommandé dans la Politique québécoise en matière de débits réservés écologiques.

Finalement, l'organisme de défense des cours d'eau réclame du titulaire du MDDEFP que ladite Politique soit incorporée dans le droit positif provincial et que les mesures qu'elle prévoit soient imposées à tous les barrages, sans égard à leur année de construction.

Organisations: Fondation Rivières, MDDEFP, Hydro-Québec Algonquin Power.M Parcs Commission d'enquête Doyon BAPE Commission Doyon

Lieux géographiques: Sainte-Brigitte-des-Saults, Rivière Nicolet Sud-Ouest, Sainte-Brigitte Québec Canyon Sainte-Anne

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  • Serge Girard
    22 mars 2014 - 09:48

    La réponse du Ministre Blanchet n'est pas surprenant, il est le champion de la manipulation. Aurait-il fait ses classes dans le monde du spectacle ? Il essaie de nous faire croire qu'il n'y a pas eu d'agrandissement au site d'enfouissement de St-Nicéphore. Ceci même si dans son décret le mot agrandissement est repris plus de 20 fois, même si dans la réglementation tout augmentation de tonnage est considérée comme un agrandissement. Comment penser qu'un ajout équivalent de plusieurs bâtiments de 10 étages n'est pas considéré un agrandissement ? Il y a de quoi se questionner sur son honnêteté intellectuelle.